• Mona Hatoum, Hot Spot (stand) (détail), 2018 © Mona Hatoum. Courtesy Galerie Chantal Crousel, Paris (photo : Florian Kleinefenn)
    Mona Hatoum, Hot Spot (stand) (détail), 2018 © Mona Hatoum. Courtesy Galerie Chantal Crousel, Paris (photo : Florian Kleinefenn)

Voyage Voyages


Mucem, J4— niveau 2
| Du mercredi 22 janvier 2020 au lundi 4 mai 2020

  • Avec Henri Matisse, Marcel Duchamp, Andy Warhol, Richard Baquié… Un voyage à la découverte de nouveaux mondes artistiques !

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Avec Henri Matisse, Marcel Duchamp, Andy Warhol, Richard Baquié… Un voyage à la découverte de nouveaux mondes artistiques !

Quelle qu’en soit l’idée (ou le point) de départ – une envie de soleil ou un désir d’évasion, la fuite, l’errance ou l’exil –, le voyage a toujours été pour les artistes source d’inspiration, d’influences et d’échanges. L’exposition « Voyage Voyages » propose un parcours à travers ces mouvements et leurs histoires au fil d’une centaine d’œuvres (peintures, sculptures, installations, dessins, photographies, vidéos) nous menant vers autant d’horizons réels ou imaginaires.

Ainsi, suivant les pas de Paul Gauguin qui, poussé par un terrible besoin d’inconnu, s’embarque en 1891 pour Tahiti, on découvre les inspirations que tant d’artistes – de Kandinsky à Warhol, de Duchamp à Gursky – ont retirées de cet attrait pour un ailleurs qui les entraîne à renouveler leur manière de percevoir l’autre et de représenter le monde.

Frontières, migrations, tourisme de masse… La question du voyage, de l’exil et des circulations est aujourd’hui récurrente dans le geste artistique.

L’exposition « Voyage Voyages » nous invite à en ressentir l’immensité créative, qui trouve un port d’attache naturel au Mucem qui privilégie depuis son ouverture le dialogue entre les cultures.L’exposition présente une centaine d’oeuvres (peintures, sculptures, installations, dessins, photographies, vidéos) issues de collections publiques et privées, plus particulièrement des fonds du Centre Pompidou / Musée national d’art moderne et des collections modernes et contemporaines des musées de Marseille.

 

Le titre de l’exposition est librement inspiré de la chanson « Voyage, Voyage » (interprétée par Desireless en 1986).
Que son auteur, Jean-Michel Rivat, qui a bien voulu accepter son utilisation, en soit remercié.
 

—Commissariat :
Christine Poullain, directrice honoraire des musées de Marseille
Pierre-Nicolas Bounakoff, historien d’art et commissaire d’exposition

—Scénographie : 
Floriane Pic et Joris Lipsch—Studio Matters

Entretien avec Christine Poullain et Pierre-Nicolas Bounakoff, commissaires de l'exposition

 
Mucem (M.)

Pourquoi avoir choisi de parcourir l’histoire de l’art à travers la thématique du voyage ?

 

Christine Poullain (C.P.)

Il est passionnant de montrer comment un thème a inspiré les artistes, et quelles formes et interprétations ce sujet leur a offertes. Le voyage a toujours été source d’influences, d’échanges et d’évolutions artistiques. Le premier d’entre eux et le plus déterminant dans l’art occidental est, dès le XVIe siècle, le Grand Tour en Italie des Nordiques, des Français et des Espagnols, qui a profondément marqué les mouvements artistiques dans toute l’Europe. Au XXe siècle, le développement considérable des moyens de communication, les deux guerres mondiales, les phénomènes migratoires et la mondialisation ont transformé la notion de voyage et de déplacement qui sont par là même devenus une question centrale dans le geste artistique.
Notre propos est d’étudier comment, depuis la traversée de la Méditerranée vers l’Afrique du Nord au début du siècle dernier par Matisse, Klee, Kandinsky et tant d’autres, jusqu’aux phénomènes migratoires récents, le XXe siècle et le début du XXIe siècle ont été jalonnés de multiples déplacements induits par des motifs très divers. Ils ont conduit les artistes à inventer une conception nouvelle de l’art, une vision autre du monde, à explorer toutes les techniques possibles et à métamorphoser le paysage artistique.

 

Pierre-Nicolas Bounakoff (P.-N. B.)

Il existe aujourd’hui nombre de manières de voyager, du voyage d’affaires au tourisme pur et simple, et ces déplacements sont vus comme un des éléments importants de la mondialisation. Dans ce contexte, il nous a semblé pertinent de nous arrêter un instant pour regarder ce que les artistes du siècle dernier ont pu raconter du voyage, et ce que les artistes contemporains en disent aujourd’hui. Dans l’image collective que l’on en a, il est assez courant d’associer un artiste à un atelier, dans lequel on l’imagine travaillant seul et enfermé. Notre exposition se propose de montrer une réalité bien différente. 
Lorsque Matisse part découvrir la Polynésie, c’est avant tout avec le besoin de renouveler son œuvre en allant chercher de nouvelles sources d’inspiration. L’idée d’une exposition sur le voyage provient de cette histoire, parmi tant d’autres. Nous avons voulu rechercher et montrer ce qui raconte le voyage au-delà de la simple biographie des artistes. S’il est intéressant de savoir que Marcel Duchamp est parti pour New York en 1915, et que On Kawara y était en 1972, ce que nous avons voulu reprendre ici, ce sont surtout les œuvres tangibles qui résultent de ces voyages : pour On Kawara, des cartes postales quotidiennes qui suivent le rythme d’une vie, pour Marcel Duchamp des œuvres provocantes pour les milieux américains. 
En suivant ces œuvres, il apparaît clairement que les voyages qui inspirent les artistes sont à l’origine de grandes avancées dans l’art moderne et contemporain, qui n’auraient jamais eu lieu si les artistes étaient restés tranquillement chez eux.

 

M.

De Matisse à Zineb Sedira, l’exposition présente des œuvres réalisées de la fin du XIXe siècle à nos jours. Comment la perception du voyage a-t-elle évolué durant toute cette période ?   

 

C.P.

Est-ce une question d’évolution ? Ou plutôt de transformation, liée à des réflexions très diverses et aux bouleversements historiques que le XXe siècle a pu traverser ? Gauguin, dans sa fascination pour la Polynésie, puis les artistes fauves français et les Allemands fondateurs du Blaue Reiter (Klee, Kandinsky, Macke…), qui ont traversé la Méditerranée en quête d’autres formes et d’une lumière différente, étaient animés par leur désir de bouleverser les codes picturaux classiques et d’inventer une représentation autre. Le voyage en miroir à la fin du siècle dernier de l’Afrique du Nord vers la France répond quant à lui à un besoin de fuir la misère, la pauvreté, l’absence de liberté, l’instabilité politique, dans l’espoir de rencontrer un ailleurs, un avenir possible, une vie nouvelle et acceptable.
 
Alors que la Deuxième Guerre mondiale a contraint nombre d’artistes et d’intellectuels, réfugiés dans le sud de la France, à fuir l’invasion allemande pour gagner les États-Unis, où les influences partagées des surréalistes et de la jeune peinture américaine ont joué un rôle déterminant des deux côtés de l’Atlantique, le thème de la valise, attribut symbolique du voyage, est devenu source d’inspiration métaphorique pour certains artistes tels que Marcel Duchamp et sa Boîte-en-valise, conçue comme un musée portatif autour de l’univers condensé de la boîte surréaliste ou d’un cabinet de curiosités. La Japonaise Chiharu Shiota, quant à elle, s’est emparée de ce matériau banal pour créer une vague mouvante et poétique composée d’une centaine de valises d’occasion suspendues dans l’espace, qui pose une question récurrente dans son œuvre : les souvenirs que l’on conserve du passé nous construisent-ils ou nous empêchent-ils d’avancer (From where we come and what we are) ?
L’errance devenue une posture artistique de quête d’un « nulle part » (« Toujours aller là où les routes s’arrêtent sur les cartes, là où il n’y a plus rien », Bernard Plossu) dans les années 1960-1970, probablement destinée à trouver d’autres voies que celles de l’utilitarisme, a incité nombre d’artistes à défendre un art où le concept de déplacement sans but ni destination précis était à lui seul synonyme d’une liberté affirmée de l’expression artistique.
 
Plus tardivement, et motivés par des raisons migratoires liées à la situation politique et économique de leurs pays d’origine, certains artistes comme Barthélémy Toguo se sont réfugiés dans un exil sans fin fondé sur l’idée de transit, de mouvement incessant, ouverte et altruiste sur le destin de l’homme et la marche du monde. 

 

P.-N. B.

Pour les artistes comme pour nous tous, il me semble que la perception du voyage a évolué parallèlement à la perception de la planète en général. Et cette évolution suit deux directions opposées. D’une part la possibilité de découvrir le monde s’est agrandie, à travers les transports qui peuvent atteindre quotidiennement n’importe quel point du globe, à travers les informations qui nous racontent à la fois les incendies en Amazonie et les problèmes diplomatiques en Corée, et d’autre part les nombreuses distances se sont rétrécies, avec les réseaux Internet qui peuvent faire instantanément le tour du monde. C’est l’ambiguïté d’un monde qui devient en même temps plus grand et plus petit.
 
Umberto Eco disait à ses étudiants que si les recherches du début du siècle consistaient à fouiller les bibliothèques pour trouver les textes qui leur seraient utiles, aujourd’hui les textes sont disponibles partout en grande quantité et la recherche consiste surtout à en faire le tri. Il me semble que ce conseil correspond assez bien à l’évolution du travail des artistes. Alors qu’au début du siècle, voyager revenait à explorer d’autres lieux, d’autres cultures, et que les œuvres de Klee ou de Kandinsky faisaient part de leurs découvertes, aujourd’hui, les vidéos de Camille Henrot montrent l’afflux énorme d’informations disponibles partout, et témoignent de sa manière de les trier et de les associer pour en tirer sa propre vision de notre époque.
Ce qui inspire les artistes et nourrit leurs œuvres est devenu un mélange de regards, de personnes et de lieux de plus en plus complexe, notamment grâce au voyage.

 

M.

Qu’est-ce qui vous a le plus étonnés, questionnés, durant vos recherches sur cette exposition ?

 

C.P.

Le plus étonnant dans cette exposition, et même si c’est souvent le cas au cours des recherches menées autour d’un thème, c’est l’incroyable diversité du parcours et des œuvres exposées. Il est vrai que le sujet et la période ouvrent des perspectives historiques, géographiques et artistiques particulièrement riches et offrent une abondance d’évocations métaphoriques qui nous montrent à quel point le voyage, dans toutes les formes qu’il a pu prendre, est devenu une question centrale dans notre civilisation. Les artistes l’ont interprété de mille manières : quel rapport existe-t-il entre Air de Paris de Marcel Duchamp et Polynésie d’Henri Matisse – soit entre une ampoule pharmaceutique vidée de son contenu et remplie de l’air léger et joyeux de la capitale française, et ces tapisseries où de grands oiseaux blancs environnés d’algues et de coraux symbolisent la poésie de l’archipel du Pacifique –, si ce n’est deux visions, deux versions du concept de déplacement et de voyage ?
Ce sont ces symbolisations et ces inspirations si différentes qui ont porté notre intérêt et souvent suscité nos questions. Notre idée, dès le départ, a été de faire voyager les visiteurs dans le temps et dans l’espace à travers la création artistique. La position géographique du Mucem à Marseille, édifié à l’entrée de l’un des plus grands ports de la Méditerranée, n’a pas été sans jouer un rôle déterminant dans notre propos.

 

P.-N. B.

Plus qu’un étonnement à proprement parler, la mise en place de cette importante suite d’œuvres qui traverse plus d’un siècle à travers les mers et les continents fait apparaître une forme d’observation du monde qu’il est désormais possible d’étudier rétrospectivement. À l’heure où la réflexion sur l’appropriation culturelle fait largement débat, le mouvement du voyage permet d’ajouter de nombreux éléments à cette large question. Par exemple, comment définir la culture d’un personnage comme Kandinsky, issu de la faculté de droit de Moscou, devenu artiste engagé dans le Bauhaus en Allemagne et ayant produit ses œuvres tardives à Paris ? Son travail réalisé en Tunisie montre un artiste aux yeux grands ouverts, inspiré et influencé par tout ce qu’il découvre, partout où il se rend.
 
Et Kandinsky n’est en rien le seul parmi les artistes représentés dans cette exposition à avoir mêlé plusieurs bases à sa culture artistique. Avant la Polynésie, Gauguin a été largement inspiré par la découverte de la Bretagne puis de la Martinique. Barthélémy Toguo, qui a fait ses études entre Abidjan, Grenoble et Düsseldorf, travaille maintenant avec un pied à Paris et l’autre à Bandjoun. Plutôt que d’appropriation, qui se trouve désormais violemment critiquée, il me semble qu’il s’agit là d’une forme de partage ouvert entre tous ceux qui habitent la même planète.

 

M.

Quelles sont les œuvres les plus remarquables parmi la centaine de pièces présentées ?

 

C.P.

La réunion des deux tapisseries d’Henri Matisse Polynésie le ciel et Polynésie la mer, qui n’a jamais eu lieu à ma connaissance, est l’un des événements remarquables que nous nous réjouissons d’offrir aux visiteurs de l’exposition. Les cartons de ces œuvres tissées tardivement ont été inspirés à l’artiste 18 ans après son voyage à Tahiti, et révèlent la liberté de pure fantaisie et le bonheur de vivre que Matisse a toujours tenté de transmettre.
Les tableaux de Vassily Kandinsky (Arabische Stadt), de Paul Klee (Kairouan devant la porte, Dünenlandschaft) et d’Henri Matisse (La Baie de Tanger) montrent la formidable inspiration que le voyage en Afrique du Nord a pu apporter à ces artistes, en enrichissant leur vocabulaire pictural.
Citons enfin l’œuvre impressionnante et théâtrale de l’artiste japonaise Chiharu Shiota (Accumulation Searching for Destination), qui habite un espace du Mucem grâce à un réseau de fils rouges entrecroisés auxquels elle suspend une centaine de valises animées d’une vague houleuse.

 

P.-N. B.

Toutes ces œuvres sont remarquables ! Elles correspondent toutes à de vraies réflexions qui les rassemblent sous le thème du voyage. Ensuite, il y a des attirances plus personnelles, propres à chacun. L’œuvre de Victor Brauner, Le Dernier Voyage, malgré ses petites dimensions, me laisse par exemple profondément pensif. Brauner a souvent travaillé l’image de l’œil isolé ou déformé – que l’on retrouve ici –, avant de perdre réellement son œil gauche dans une bagarre en 1938. Il a de ce fait été considéré comme un artiste prémonitoire et Le Dernier Voyage, réalisé juste avant la Deuxième Guerre mondiale, semble confirmer cette idée. On y trouve une route droite vers un coucher de soleil incertain, une terre stérile où ne reste qu’une cheminée d’usine, un voyageur ne sachant plus où aller. Brauner produit là une image dure, mais lucide, de ce qui menace le monde à son époque. À l’heure du dérèglement climatique, elle semble d’ailleurs trouver un sens nouveau.
 
Mais il ne faut pas toujours être pessimiste, et il y a heureusement des œuvres beaucoup plus souriantes dans cette exposition, comme le Cockpit de Richard Baquié, qui nous invite à laisser voler notre pensée dans les airs, ou Le Retour d’Ulysse, de Giorgio De Chirico, qui semble se moquer gentiment à la fois de l’Odyssée d’Homère et de son propre parcours d’artiste, les deux semblant stagner sur le tapis du salon.

 

 

 


Parcours de l'exposition

En valise

Chiharu Shiota, Accumulation - Searching for the Destination, 2014-2019. Fils, moteurs, valises, dimensions variables. Galerie Templon, Paris-Bruxelles © Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Galerie Templon, Paris-Bruxelles, photo : Bertrand Huet/Tutti © Adagp, Paris, 2019
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L’artiste en voyage ne peut se promener les mains dans les poches. Il conserve, où qu’il soit, son dialogue ininterrompu avec les objets dont il a besoin, ceux qu’il trouve comme ceux qu’il produit. Or s’il existe tant de contenu, il doit nécessairement exister un contenant.

C’est ainsi que naît la préséance ambiguë de la valise. L’apparition récurrente de cet outil de voyage ne pouvait pas laisser ses utilisateurs indifférents. Lorsque sur une initiative inspirée, la Boîte-en-valise permet à Marcel Duchamp de transporter l’ensemble de son oeuvre, le bagage-cabine lui-même acquiert un nouveau statut. C’est un modèle réduit de la pensée de l’artiste qui se trouve rangé, emballé et transportable.

Sur l'autre rive

Vassily Kandinsky, Arabische Stadt [Ville arabe], 1905. Tempera sur carton, 67,3 × 99,5 cm. Centre Pompidou - Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI
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Du nord au sud de la Méditerranée, les rives se font face et dialoguent. Leur histoire vit d’ententes et d’oppositions, et l’art n’y fait bien sûr pas exception.

Dans les années 1910, les artistes européens qui cherchent des lumières fortes et inhabituelles les trouvent loin de leurs propres origines, attirés vers le sud par un éblouissement. Albert Marquet y expérimente la forme et les lignes des villes. Vassily Kandinsky y laisse la blancheur de la lumière simplifier l’image des rues, silencieuse et sans heurt. Paul Klee s’y nourrit d’une palette de couleurs qui avance vers l’abstraction.

La planète affolée

Victor Brauner, Le Dernier Voyage, 1937. Huile sur bois (chêne), 13,9 × 18 cm. Centre Pompidou - Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI © Adagp, Paris, 2019
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Voyager, c’est aussi traverser le temps, sans retour possible. Regarder en avant, c’est regarder l’avenir. Le Dernier Voyage de Victor Brauner n’élude ainsi aucune intention divinatoire, même sombre. Sa réalisation en 1937, à l’aube du gouffre historique qui s’apprête à avaler l’humanité, en fait aujourd’hui un instant visionnaire palpable, symboliquement étendu sur un panneau de bois comme l’étaient les peintures religieuses du Moyen Âge.

Sur la route

Andy Warhol, Car Crash, 1963. Sérigraphie sur toile, 71 × 136,5 cm. Lieu d’Art et d’Action Contemporaine (LAAC), donation de l’association L’Art contemporain, Dunkerque © The Andy Warhol Foundation
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La grande époque de la route en a fait le signe visible de la modernité des voitures, une voie sans barrière vers un avenir qu’elle promet heureux, un moyen de se détacher de tout, de se perdre volontairement. La route est partout mais personne n’y habite.

Pour On Kawara, ce déplacement est un atelier itinérant. Ses cartes postales expédiées depuis les endroits distendus où il se trouve en sont le journal de bord, alors que Martin Kippenberger déstabilise la géographie en utilisant le papier à lettres d’un hôtel, jamais le même, au fil d’un déplacement plus imaginaire que réel.

Cartes et traces

Mona Hatoum, Hot Spot (stand) (détail), 2018. Tube néon et acier, 172 × 83 × 80 cm © Mona Hatoum. Courtoisie Galerie Chantal Crousel, Paris (Photo : Florian Kleinefenn)
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En observant la terre, le besoin pour le voyageur de la toucher, de la manipuler, devient lentement envahissant. C’est de cette pensée que découle le land art, et la Spiral Jetty de Smithson en symbolise l’abstraction, puisque aucun bateau n’y accostera jamais et que la suivre jusqu’au bout ne mène nulle part. Comme dans l’art pariétal préhistorique, ici se trouve la marque que ceux qui ne font que passer ont su laisser.

Sea and Sun

Martin Parr, ITALY, Venice, 2015. Impression pigmentaire contrecollée sur aluminium, 60 × 86 cm. Magnum Photos, Paris © Martin Parr / Magnum Photos
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Dans leur migration annuelle vers la mer et le soleil, les touristes de masse et les artistes qui en font leurs modèles sont bien loin de l’éternité de Rimbaud. Et les artistes peuvent être moqueurs, à leurs heures. Comme Duane Hanson, ornant des personnages artificiels d’un imprimé exotique : les vacanciers deviennent des présences sans vie. Ou Martin Parr, qui note la même attitude partout, celle de voyageurs réagissant de manière exactement identique à Venise, à Cuba ou en Inde.

Exil

Barthélémy  Toguo, Road to exile, 2007. Technique mixte, 220 × 260 × 135 cm. Paris, Collection du Musée national de l’histoire de l’immigration © Adagp, Paris, 2019 ; photo Courtoisie Galerie Lelong Paris
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L’exil est un grand flux du mouvement du monde. Il représente le courant de nombreux fleuves humains qui tâchent de trouver de nouvelles terres où se poser quand celles où ils prennent leur source sont devenues trop sèches, qu’il s’agisse de fuir l’aridité du sol qui ne veut plus nourrir, ou celle des esprits qui ne veulent plus laisser de vie aux autres. Né au Cameroun, Barthélémy Toguo connaît ces questions de la manière la plus immédiate qui soit.

Matisse

Henri Matisse, Polynésie, la mer, 1959. Tapisserie en laine, 196 × 314 cm. Mobilier national, Paris © Succession Henri Matisse ; image © Mobilier national, Paris / I. Bideau
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Les souvenirs d’un voyage peuvent être tout aussi marquants que le voyage lui-même. Ainsi, alors que son séjour en Polynésie en 1930 ne semble pas lui avoir procuré une grande satisfaction, Henri Matisse y revient en pensée plus d’une quinzaine d’années plus tard. Polynésie, la mer et Polynésie, le ciel, qui découlent de ses souvenirs lointains, évoquent les éléments entre lesquels les îles du Pacifique se tiennent en équilibre, mais aussi les espaces infinis qui s’offrent à qui veut bien s’y lancer


Activités et événements associés

  • Mona Hatoum, Hot Spot (stand) (détail), 2018. Tube néon et acier, 172 × 83 × 80 © Julie Cohen, Mucem

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    Samedi 25 janvier 2020 à 14h30

    En compagnie d'un guide du Mucem, partez à la rencontre des œuvres majeures de l'exposition et embarquez pour un voyage à la découverte de nouveaux mondes artistiques. Un voyage où vous serez invit…

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    Voyage émoi

    Samedi 8 février 2020 à 11h00

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    En amont de l’ouverture de l’exposition « Voyage Voyages », le Mucem a invité huit groupes de Marseil…

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    Petits voyages

    Du 15 février au 2 mars 2020

    Vacances d'hiver

    Au Mucem, les « Petits voyages » riment avec grandes découvertes !
     
    Durant les vacances d’hiver, embarquez en famille pour un programme voyageur mêlant spectacles…

  • Final Cut © Marie-Francoise Plissart

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    Dimanche 29 mars 2020 à 17h00

    Biennale des écritures du réel

    Conception et écriture : Myriam Saduis
    Avec : Myriam Saduis et Pierre Verplancken

    « Elle a occupé toute la scène de mon enfance et de mon adolescence, cette folie ma…

  • Mona Hatoum, Hot Spot (stand) (détail), 2018 © Mona Hatoum. Courtesy Galerie Chantal Crousel, Paris (photo : Florian Kleinefenn)

    Portes ouvertes de l’exposition « Voyage Voyages »

    Mardi 21 janvier 2020 à 16h00

    Le voyage a toujours été pour les artistes source d’inspiration, d’influences et d’échanges.
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