• Dhow Zanzibar © Christine Coulange/Sisygambis.
    Dhow Zanzibar © Christine Coulange/Sisygambis.
  • Grand pot à eau, anonyme, XVIe siècle, Deccan, Inde. The Nasser D. Khalili Collection of Islamic Art, Londres.
    Grand pot à eau, anonyme, XVIe siècle, Deccan, Inde. The Nasser D. Khalili Collection of Islamic Art, Londres.
  • Corail © Spassky Fischer.
    Corail © Spassky Fischer.

Aventuriers des mers

Méditerranée—océan Indien, VIIe-XVIIe siècle
J4 niveau 2 (800 m²) | Du mercredi 7 juin 2017 au lundi 9 octobre 2017

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De l’Empire perse aux conquêtes d’Alexandre le Grand, de l’expansion de l’islam aux explorations chinoises et des aventures portugaises aux navigations hollandaises, c’est entre Méditerranée et océan Indien que se sont déroulées les grandes aventures maritimes fondatrices du monde d’aujourd’hui.

Riche de plus de 200 œuvres et objets, l’exposition « Aventuriers de mers » conduit le visiteur au croisement de l’or d’Afrique et de l’argent d’Occident, des verreries de Venise, des cotonnades indiennes, des porcelaines et des épices venues des mers de Chine.

Tout au long du Moyen-Âge, l’océan Indien, d’où provenaient les produits les plus recherchés, a été le plus grand marché du monde et le plus convoité. En se déployant, le commerce maritime a permis de brasser non seulement les marchandises, mais aussi les hommes, les religions et les idées. Le monde s’est élargi, révélant peu à peu son immensité.

À l’heure où l’intensification des processus de mondialisation interroge notre avenir immédiat, cette exposition nous propose de prendre le temps de parcourir une histoire de l’Ancien Monde, tel qu’il est apparu aux premiers aventuriers des mers dans sa diversité et sa complexité, riche d’un avenir qui restait à construire.

En partenariat avec l’Institut du monde arabe. Avec le soutien de Groupama Méditerranée et de la Fondation d’entreprise Total.

Commissariat: Vincent Giovannoni, ethnologue, conservateur au Mucem — Nala Aloudat et Agnès Carayon, chargées de collections et d’expositions à l’IMA
Scénographie: atelier Maciej Fiszer

Dans l'élaboration du projet, le Mucem a reçu le concours de l'équipe de recherche MeDIan ("Les sociétés méditerranéennes et l'océan Indien"), réunie par Didier Marcotte.
Pour voir et entendre les hommes et les femmes des villes-ports de Méditerranée et de l’océan Indien—Webdocumentaire réalisé par Christine Coulange / Sisygambis

Entretien avec Vincent Giovannoni, conservateur au Mucem et commissaire de l’exposition

 

Mucem (M) Mille ans d’histoire, trois continents… Le propos de cette exposition paraît particulièrement vaste. Comment le résumer ?

 

Vincent Giovannoni (VG) Cette exposition propose de considérer l’histoire depuis la mer. Elle raconte mille ans d’histoire de l’Ancien Monde, à la croisée de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique. Elle débute par la mise en place, au VIIe siècle, d’un empire des deux mers, celui des Omeyyades qui, régnant sur la mer Méditerranée et l’océan Indien, va permettre le développement du commerce maritime entre ces deux mondes.
Le marché de l’océan Indien est alors le plus riche du monde, le plus désiré, aussi bien par les chrétiens que par les musulmans. C’est de là que proviennent les belles porcelaines, les plus belles soieries, c’est là que se trouvent les mines du roi Salomon dont parle la Bible… On développe donc diverses stratégies pour accéder à ce marché. Et puis, en commerçant, on rencontre « l’autre ». De l’histoire de ces rencontres, l’exposition n’élude ni l’esclavage, ni les tentatives d’évangélisation entreprises par les Européens. Elle raconte mille ans de projets commerciaux et, au final, de guerres économiques entre l’Orient et l’Occident.

 

M L’exposition se déploie en trois parties. Dans la première, dédiée aux « Peurs de la mer », le visiteur se voit emporté au milieu des tempêtes et monstres marins !

 

VG Dans les temps anciens, la mer faisait peur. Afin d’aider les visiteurs à entrer dans les mentalités des hommes du Moyen Âge, nous avons scénographié cette peur de la mer avec la projection d’une véritable tempête (filmée par l’équipe de Yann Arthus-Bertrand) et la présentation d’une immense mâchoire de plus de deux mètres de haut, celle d’un Carcharodon megalodon, un ancêtre du requin, disparu il y a 1,5 millions d’années. Au Moyen Âge, lorsqu’on trouvait ce type de fossile, on était convaincu qu’il était celui d’un animal vivant encore dans les mers ! On ne doutait pas qu’il existait des animaux de cinquante mètres de long avec des mâchoires gigantesques, capables d’engloutir d’une seule bouchée non seulement un humain, mais un navire entier.

 

M Dans la deuxième partie, « Naviguer, une intelligence du monde », vous accordez une attention particulière à la cartographie…

 

VG Les cartes marines permettent aux marins et à ceux qui financent leur expéditions de se représenter les étendues à parcourir. Vers la fin du Moyen Âge, l’évolution de la cartographie est assez rapide et construit une image fidèle de la planète. Dans l’exposition, on peut par exemple citer la somptueuse carte de Fra Mauro, qui représente l’ensemble de l’Ancien Monde - Afrique, Europe, Asie - en 1459. A côté d’elle, on verra une photo prise en 2016 par la Nasa depuis l’espace : à cinq cents ans de distance, ces deux représentations sont quasiment identiques ! Il est fabuleux de réaliser qu’au XVe siècle, dans un monastère à Venise, des hommes ont eu une vision de la planète presque aussi précise que celle que la Nasa a aujourd’hui…

 

M Dans la dernière partie « Marchandises et convoitises », sont exposées quelques-unes des plus belles richesses de l’Ancien Monde…

 

VG On y découvre en effet les objets parmi les plus somptueux qui, du VIIe au XVIIe siècle, ont motivé les marins à prendre la mer et à risquer leurs vies : verres émaillés, métaux incrustés, pièces en ivoire ou en ébène, diamants, porcelaines, cotonnades…
Pour cette exposition, nous avons emprunté près de deux cents pièces dans une cinquantaine de musées à travers le monde, de Lisbonne à Singapour. Des pièces d’exception, de très haute valeur, dont quantité n’ont jamais été exposées en France.

 

M Dans cette exposition, on verra donc de l’or, de l’encens, de la soie, des épices… Mais finalement assez peu de navigateurs !

 

VG Parmi les œuvres phares de l’exposition, je pourrais citer cette immense tapisserie du début du XVIe siècle sur laquelle est représentée l’arrivée de Vasco de Gama en Inde… Marco Polo, Magellan, Christophe Colomb, par exemple, sont également présents. Mais le Mucem étant un musée de civilisations, plutôt que de valoriser les « héros », nous faisons la part belle aux cultures, aux civilisations et aux échanges.
Dans l’exposition, nous présentons les œuvres des meilleurs artisans de l’ancien monde qui ont justifié le commerce lointain sur une période de mille ans : le travail de ces artisans (orfèvres, bijoutiers, verriers, sculpteurs, potiers, tisserands ou ébénistes) est d’une très haute valeur, et leurs productions étaient recherchées par les puissants du monde entier. Ce qui nous importe enfin, c’est les relations interculturelles, les échanges entre les civilisations. Les pièces que nous montrons témoignent de la fascination que les produits de l’Orient exerçaient sur les hommes du Moyen Âge, et pour lesquels des empires se sont affrontés, pendant que les aventuriers des mers ouvraient de nouvelles voies, révélant peu à peu le monde dans son immensité, riche d’un avenir ouvert à tous les possibles.

 


Catalogue en coédition avec l’Institut du Monde Arabe et Hazan.
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L’Institut du Monde Arabe est co-producteur de l’exposition.


Partenaires et mécènes

En partenariat avec l'Institut du monde arabe et avec le mécénat de Groupama Méditerranée et de la Fondation d’entreprise Total.