Trop mignon !

Les objets des collections

Pour s’éloigner quelques instants de la morosité ambiante, l’équipe de la conservation du Mucem vous propose une série d’objets ou documents issus des collections du musée propices à un peu de douceur ! 

 

Cervidé


 

Cervidé, pain, 1996-2000 © Mucem

Cervidé, pain, 1996-2000 © Mucem

Pain,
1996-2000
2004.9.727

S’il est habituel de rencontrer dans les musées des œuvres sculptées en bois ou en pierre, les œuvres modelées dans du pain sont moins fréquentes dans les collections publiques. Le Mucem conserve pourtant dans ses collections plus de 1600 pièces réalisées dans ce matériau, des œuvres en relief, haut ou bas, mais aussi des « ronde-bosses », comme ce petit cervidé, c’est-à-dire des œuvres réalisées en 3 dimensions. 
Produit de base de l’alimentation méditerranéenne, le pain est également support de croyances, comme le rappelle le sacrement de l’eucharistie pour les chrétiens.  En Europe, notamment en Italie et en Grèce, il est encore aujourd’hui présent dans de nombreux rituels. On fabrique et consomme ainsi des pains décorés pour célébrer un évènement heureux, comme un mariage ou une naissance, ou des pains réalisés en forme de membre (bras ou jambe), d’organe ou d’animal qu’on offre comme ex voto, pour demander une protection ou remercier d’une grâce accordée. 

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La conservation de ces objets en matériau périssable n’est évidemment pas sans poser de problème. Conservée à basse température pour limiter la prolifération des nuisibles, en particulier des insectes, la collection fait l’objet au Mucem d’un soin tout particulier. En cas d’infestation constatée, les pains sont congelés pour éliminer œufs et larves avant d’être minutieusement aspiré pour faire disparaitre tous les résidus susceptibles d’attirer de nouveaux insectes. La conservation est parfois un sport de combat contre un ennemi minuscule mais redoutable et potentiellement ravageur.

Tout ce qui est petit n’est donc pas forcement mignon, mais ce petit cervidé d’une dizaine de centimètres de haut seulement, grands yeux ouverts et sourire aux lèvres, attire quant à lui notre bienveillance. Peut-être que l’approche des fêtes de fin d’année, et l’attente pour les plus jeunes du Père Noël, nous rend plus enclins à trouver cet animal qui tient du renne plus sympathique que tout autre… 

Marthe et Juliette Vesque


 

Marthe et Juliette Vesque Numéros de Cirque : les Savoirs et Frank Pichel, décembre 1923 Mine de plomb, encre brune, aquarelle sur papier, 30 x 20,3 cm © Mucem

Marthe et Juliette Vesque Numéros de Cirque : les Savoirs et Frank Pichel, décembre 1923 Mine de plomb, encre brune, aquarelle sur papier, 30 x 20,3 cm © Mucem

Numéros de Cirque : les Savoirs et Frank Pichel, décembre 1923
Mine de plomb, encre brune, aquarelle sur papier, 30 x 20,3 cm
1962.67.8

Le 25 décembre 1923, Marthe et Juliette Vesque prennent place sur les gradins du Cirque d’hiver. Mais ce ne sont pas de simples spectatrices : à la plume et à l’aquarelle, elles documentent les numéros des artistes circassiens qui s’y produisaient. Sur ce feuillet conservé au Mucem, elles croquent avec tendresse et sensibilité un duo d’acrobates, les Savoirs, une contorsionniste, et Frank Pichel, un artiste comique. Ce dernier a marqué l’histoire du cirque et du music-hall : dans les années 1920, il a fait rire le monde entier avec sa parodie de la danseuse ou encore sa lutte contre lui-même. Manifestement, c’est encore une parodie à laquelle il se livre sous l’œil des dessinatrices : il fait monter sur scène un cochon – c’est incongru pour un dompteur ! – , l’habille, le fait se lever sur ses pattes arrière et l’enlace : drôle de romance ! Il n’empêche, l’image qui en résulte est pleine de douceur et mignonne à croquer et… les sœurs Vesque ne s’en privent pas !
Ce dessin n’est pas un feuillet unique : pendant près de 50 ans les inséparables « Demoiselles Vesque » ont assidument fréquenté les chapiteaux et les saltimbanques. Leurs dessins, leurs journaux, leurs écrits, sont une source inestimable de renseignements pour qui s’intéresse au cirque dans la première moitié du XXe siècle. Au décès des sœurs Vesque, l’ensemble du fonds a été légué au Musée national des Arts et Traditions populaires, et ce sont près de 14500 dessins et albums qui font aujourd’hui partie des collections du Mucem. 
 


 

Le dépit amoureux ou Je ne peux plus courir et j’ai l’œil tout rouge


 

Le dépit amoureux ou Je ne peux plus courir et j’ai l’œil tout rouge Philippe Ragault,  1990 Dieppe, France ivoire et rubis 9 x 4 cm © Mucem/Yves Inchierman

Le dépit amoureux ou Je ne peux plus courir et j’ai l’œil tout rouge Philippe Ragault, 1990 Dieppe, France ivoire et rubis 9 x 4 cm © Mucem/Yves Inchierman

Philippe Ragault, 
1990
Dieppe, France
ivoire et rubis
9 x 4 cm
1997.52.1
Trop mignon et précieux, ce petit lapin blessé constitué d’ivoire et de rubis ! La délicatesse et le réalisme de son pelage donnent envie d’enfouir son nez dans sa fourrure immaculée, de presser son petit corps contre notre cœur pour un gros câlin. Sa patte en écharpe fait monter en nous une bouffée de tendresse, un besoin de le protéger. Et c’est justement sur ce sentiment que joue son créateur, l’un des derniers artistes ivoiriers de Dieppe, ville normande célèbre pour ses ateliers de sculpture de l’ivoire.
L’œuvre de Philippe Ragault porte sur la tradition ivoirière un regard satirique et tendre. La sculpture animalière est ici exploitée pour délivrer un double message. Ce lapin à la patte en écharpe et à l’œil rouge évoque en effet les difficultés du métier d’ivoirier, confronté à l’opprobre qui le condamne dans l’opinion publique comme prédateur de la nature en général et des éléphants en particulier. Il évoque également, selon son auteur, les peines d’amour dont les effets sont aussi dévastateurs que la Convention de Washington pour les artisans travaillant les matières précieuses animales.
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Ratifiée par la France en 1978, la Convention de Washington (ou CITES) sur le commerce international des espèces sauvages en voie d’extinction a particulièrement touché les filières artisanales ayant recours à des matières premières dont l’accès est aujourd’hui fortement réglementé. C’est dans ce contexte qu’entre 1997 et 1998, le Musée des Arts et Traditions populaires a lancé une enquête-collecte auprès de métiers d’art eux-mêmes menacés de disparition : ivoiriers, écaillistes, plumassiers, paruriers et corailleurs ont démontré au cours de cette enquête leur capacité à réinventer leur activité alors même qu’ils ne pouvaient plus utiliser leurs précieux matériaux. Et donc à produire des œuvres de grande qualité dans un contexte nouveau. 
Les chefs-d’œuvre de ces artisans du luxe sont à découvrir au Centre de Conservation et de Ressources du Mucem chaque premier mardi du mois. A noter sur vos agendas en vue du déconfinement !
 

Duo des chats


 

Gioachino Rossini Mady Mesplé et Jane Berbié, au piano Janine Reiss Pochette de vinyle, 1972 © Mucem/Yves Inchierman

Gioachino Rossini Mady Mesplé et Jane Berbié, au piano Janine Reiss Pochette de vinyle, 1972 © Mucem/Yves Inchierman

Gioachino Rossini
Mady Mesplé et Jane Berbié, au piano Janine Reiss
Pochette de vinyle, 1972
2003.196.15
Le Duo des chats - en italien Duetto buffo di due gatti, qui pourrait se traduire littéralement par Duo humoristique de deux chats - est une pièce vocale populaire pour deux sopranos, parodie d'un duo amoureux. 

Cette œuvre est en général attribuée au compositeur italien Gioacchino Rossini (1792-1868) mais elle n'aurait en fait pas été écrite par lui. Elle serait une compilation du compositeur anglais Robert Lucas de Pearsell écrite en 1825 sous son pseudonyme G. Berthold et reprenant, entre autres, des passages d’Otello, opéra composé par Rossini en 1816. 
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Depuis sa création à l’époque de Rossini, cette pièce n’a rien perdu de son charme pour les chanteurs, les mélomanes ou les amoureux des chats. Les paroles sont une succession ininterrompue de l’onomatopée féline « miaou ». Le Duo des chats est une étonnante parodie d’amour humain en version féline. Les chats amoureux y miaulent, ronronnent langoureusement, se griffent et se réconcilient à l’instar d’un couple d’amoureux.  Cette mélodie parodique est infiniment drôle et semble facile à interpréter mais il n’en est rien. La tessiture de soprano colorature de Magdeleine dite Mady Mesplé, disparue en mai dernier, lui permettait en effet ces vocalises acrobatiques. Jane Berbié, pourvue elle d’une tessiture de mezzo-soprano et donc un peu plus grave, lui répondait dans le rôle du chat mâle.

La chanson débute par un premier mouvement lent, un adagio, dialogue du chat et de la chatte  se répondant, suivi d’un andante et d’un allegretto plus rapides. Les nuances des voix expriment des sentiments alternant entre tristesse et gaîté, colère et douceur, espièglerie et timidité… L’acmé du morceau est un festival de miaulements énamourés ! « Un peu de douceur dans ce monde de brutes » dirait un célèbre slogan publicitaire.

La pochette du disque vinyle dont l’enregistrement date de 1972 illustre ce dialogue félin et amoureux avec deux chats blancs aux yeux bleus. Ils sont lovés face à face dans un médaillon ovale, la tête pourvue de bijoux, collier pour l’un et ferronnière pour l’autre. A la manière des partitions du début du siècle si nombreuses dans les collections du Mucem, l’illustration est cernée de feuillages évoquant les papiers découpés de Matisse. Mais ne serait-ce pas plutôt deux chattes blanches rappelant le charme félin des sopranos Mady Mesplé et Jane Berbié ?

 

Mademoiselle de Champrobert et un lionceau


 

Mademoiselle de Champrobert et un lionceau, tirage photographique sur papier, Paris, 1912 © Mucem

Mademoiselle de Champrobert et un lionceau, tirage photographique sur papier, Paris, 1912 © Mucem

Tirage photographique sur papier,
Paris,
1912 © Mucem

« Trop mignon ! ». Cette image appellera pour beaucoup de genre d’exclamation. Elle est issue de l’important fonds de photographies et cartes postales consacré au monde du cirque que le peintre animalier Gustave Soury (1874-1966) a collectionné puis légué au Musée national des Arts et Traditions populaires, ancêtre du Mucem. Elle montre une petite fille tenant tendrement et fièrement dans ses bras le lionceau que la célèbre danseuse de cancan La Goulue avait donné à M. de Champrobert, circassien, en échange d’une panthère. 

Au-delà du caractère de témoignage sur le monde du cirque en France au début du 20e siècle, ce cliché peut aussi interroger sur la nature des émotions qui sont les nôtres lorsqu’on regarde une image. Pourquoi s’attendrit-on en regardant ce duo ? Qu’est-ce qui nous pousse à nous extasier ? La science s’est penchée sur la question. 
 
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L’éthologue autrichien Konrad Lorenz (1903-1989), prix Nobel de physiologie ou médecine en 1973,  est le premier théoricien du « mignon ». En 1943, il explique que la tendresse et la bienveillance dont nous faisons preuve envers les enfants ou les bébés animaux sont de réactions comportementales innées induites par l’apparence juvénile des petits. La vue de caractéristiques morphologiques précises provoquerait, selon l’auteur, ces réactions automatiques. Lorenz décrit ces traits morphologiques dans ce qu’il nomme alors le Kindchenschema ou « schéma du nourrisson ». Des traits caractéristiques que l’on retrouve dans cette petite fille et son lionceau adorables : une tête disproportionnée, un grand front, de grands yeux, des membres courts et dodus, un corps rondelet, une peau souple et élastique. Notre état émotionnel serait ainsi conditionné par la reconnaissance de ces caractéristiques infantiles et garantirait la survie de l’espèce, l’attendrissement provoqué poussant à prodiguer les bons soins.  

Reste à savoir qui, de la petite fille ou du petit lion, est le plus mignon des deux… Et ça, la science aurait du mal à le dire « objectivement », à vous de trancher !