• Vassily Kandinsky, Die Raben [Les Corbeaux], 1907. Linogravure. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
    Vassily Kandinsky, Die Raben [Les Corbeaux], 1907. Linogravure. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne - Centre de création industrielle, Paris © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
  • Folklore
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  • Vassily Kandinsky, Lied [Chant], 1906, tempera sur carton glacé, 49 x 66 cm. Centre Pompidou, musée national d’Art moderne, Paris, Legs de Nina Kandinsky, 1981 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
    Vassily Kandinsky, Lied [Chant], 1906, tempera sur carton glacé, 49 x 66 cm. Centre Pompidou, musée national d’Art moderne, Paris, Legs de Nina Kandinsky, 1981 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian
  • Július Koller, Univerzálny Folkloristický Obyčaj (U.F.O.) – Čičmany [Coutume folklorique universelle (U.F.O.) – Čičmany)], 1978, épreuve photographique. Slovenská národná galéria, Bratislava © Julius Koller / Slovak National Gallery
    Július Koller, Univerzálny Folkloristický Obyčaj (U.F.O.) – Čičmany [Coutume folklorique universelle (U.F.O.) – Čičmany)], 1978, épreuve photographique. Slovenská národná galéria, Bratislava © Julius Koller / Slovak National Gallery

Folklore


Mucem, J4— Niveau 2
| Du mercredi 4 novembre 2020 au lundi 22 février 2021

  • Mercredi 17 février, découvrez la performance dansée de la Compagnie Balkis Moutashar qui revisite l’histoire du vêtement dans les salles de l'exposition « Folklore ».

Sait-on que Vassily Kandinsky a commencé sa carrière en tant qu’ethnographe en Russie ? Que l’arrière-grand-père de Constantin Brâncuși était un bâtisseur d’églises traditionnelles en Roumanie ? Que Natalia Gontcharova a développé une peinture abstraite en s’inspirant de costumes espagnols, ou encore que Joseph Beuys déclarait voir dans le folklore un outil de compréhension pour le futur ?

Assimilé à la tradition, et donc en apparence à l’opposé de l’idée d’avant-garde, l’univers du folklore infiltre pourtant des pans entiers de la modernité et de la création contemporaine. Loin des clichés d’un passéisme suranné, les artistes ont pu y trouver une source d’inspiration, une puissance régénératrice, aussi bien qu’un objet d’analyse critique ou de contestation.

Des prémices de l’art moderne à l’art le plus actuel, cette exposition, conçue par le Centre Pompidou-Metz et le Mucem, retrace les relations parfois ambiguës qu’entretiennent les artistes avec le folklore. Elle permet également la rencontre entre histoire de l’art et histoire des sciences humaines : en effet, grâce aux fonds du Mucem, héritier du musée national des Arts et Traditions populaires, elle dévoile en parallèle l’invention d’une discipline, et permet des face-à-face inattendus.

L’exposition présente plus de 360 œuvres et objets, dont 190 pièces issues des collections du Mucem et près de 170 œuvres d’art moderne et contemporain dont une grande partie est conservée au musée national d’Art moderne, Centre Pompidou.


—Commissariat : Jean-Marie Gallais, responsable du pôle programmation au Centre Pompidou-Metz
—Marie-Charlotte Calafat, responsable du département des collections et des ressources documentaires, conservatrice du patrimoine, responsable du secteur histoire au Mucem
—Chargé de recherche et d’exposition : Arnaud Dejeammes, Centre Pompidou-Metz
—Scénographie : Pascal Rodriguez
—L’exposition a été conçue et organisée par le Centre Pompidou-Metz (du 21 mars au 21 septembre 2020) en partenariat avec le Mucem.

Entretien avec Marie-Charlotte Calafat et Jean-Marie Gallais, commissaires de l’exposition

 
Mucem (M.)

Cette exposition met en évidence les liens méconnus entre folklore et création artistique : comment s’est traduite cette influence du folklore dans l’histoire de l’art ?
 

 

 
Marie-Charlotte Calafat (M.C.C.) 

Le folklore se situe au croisement de l’histoire de l’art et des sciences humaines. Pour un musée comme le Mucem, il constitue un sujet privilégié, car il permet de proposer une relecture de ses collections d’art populaire en les mettant en regard avec ce qui pourrait sembler être leurs opposées : les œuvres des artistes de l’avant-garde des XIXe et XXe siècles. En observant les rapprochements des positions entre artistes et folkloristes, on comprend mieux les interactions entre deux mondes, celui du traditionalisme et celui du modernisme, c’est-à-dire celui des « demi-savants » (pour reprendre l’expression du célèbre folkloriste Arnold Van Gennep) et celui de la création contemporaine.

 

 
Jean-Marie Gallais (J.M.G.)

Les sections du parcours donnent aussi des indices de ce qui a pu intéresser les artistes dans le folklore : une quête des origines et une échappatoire vis-à-vis des conventions et de l’académisme, mais aussi un support de critique et de subversion, ou encore un répertoire de formes, de motifs et de techniques. D’autres ont pu s’adonner à une exploration de l’immatériel, des croyances ou des rituels, et à la manière de folkloristes, s’intéresser aux méthodes d’enquête, de collecte, de classement et d’exposition. Si l’influence de l’art africain, océanien ou encore de l’art brut sur l’avant-garde a été étudiée, le domaine du folklore, si difficile à circonscrire, l’a beaucoup moins été. On constate pourtant depuis le XIXe siècle que les artistes y ont beaucoup puisé et s’en sont nourris, y voyant une énergie et une créativité à même de renouveler le langage de l’art.

 

 
M.

Pourquoi le terme « folklore » est-il parfois source de polémiques ?

 

 
M.C.C.

La question initiale que nous nous sommes posée est la suivante : comment définir le folklore ? Ou, plus précisément, l’objet folklorique existe-t-il en tant que tel ? Chercher dans une base de données muséale le mot « folklore » ne produit que quelques réponses disparates. La recherche dans les sources écrites apporte une première réponse ; elle montre une variété de points de vue sur ce qu’il est : le folklore se définit problématiquement, traverse des controverses et des polémiques, et finit par tomber en désuétude, voire en disgrâce, dans sa version diminuée de « folklo ». La récupération politique du folklore durant le gouvernement de Vichy en France, en particulier de son imagerie autour de la terre et du paysan, et des activités qui lui sont liées telles les fêtes populaires, est traitée dans l’exposition dans une section intitulée « Ambiguïtés et paradoxes ». L’autre facteur qui explique la dépréciation du folklore est le manque de légitimité de cette discipline, où la méthode et la rigueur scientifiques font parfois défaut : en effet, les folkloristes font preuve dans leurs recherches d’une grande créativité, voire même d’une certaine fantaisie.

 

 
M.

Quelles sont les pièces les plus remarquables au sein de l’exposition ?

 

 
J.M.G.

L’exposition fonctionne par études de cas et ce sont les ensembles issus de plusieurs collections, principalement du Mucem et du Centre Pompidou, qui forment les moments plus remarquables. Les rapprochements s’appuient sur les témoignages des artistes : un oiseau de bois sculpté et peint qui a appartenu à Kandinsky prend également une autre dimension, rapproché de l’abstraction Ovale 2 de 1925. Citons aussi, parmi d’autres exemples, les échantillons textiles des collections ethnographiques mis en regard avec les enseignements du Bauhaus ou de l’école d’arts appliqués de Zurich ; ou encore les amulettes collectées et documentées par le folkloriste Lionel Bonnemère à proximité des recherches d’André Breton ou de Joseph Beuys sur les superstitions.

 

 
M.C.C.

D’un bocal de noyaux de cerise à une porte de ferme monumentale roumaine en bois, les curiosités ne manquent pas, dans l’exposition, pour montrer en quoi les folkloristes ont redécouvert, modelé, occulté, falsifié le passé comme le présent, participant ainsi, avec leur subjectivité propre, à l’élaboration de fictions. Ce qui est le plus remarquable, c’est le dialogue qui s’opère entre ces artefacts souvent délaissés et les œuvres d’artistes majeurs. La porte roumaine dialogue par exemple parfaitement avec la sculpture Maiastra de Brancusi, qui joue sur l’écart entre tradition et modernité.

 

 
M.

Durant vos recherches autour de cette exposition, quelle a été votre découverte la plus marquante ?

 

     
J.M.G.

Le projet de Claudio Costa ! En 1975, à Monteghirfo, village reculé de l’arrière-pays génois, cet artiste inaugure le « Musée d’anthropologie active ». L’expérience naît à la suite de la découverte d’une maison du village, abandonnée et restée intacte après le décès du dernier occupant, les volets simplement clos. Tel un ethnographe, Costa décide d’intervenir de façon minimale : il dépoussière, éclaire et catalogue l’ensemble des objets, meubles, outils trouvés sur place, qu’il étiquette dans le dialecte local. L’artiste documente également leur usage et leur fonction. Il compilera notamment une « enquête sur une culture », interrogeant les habitants du village sur leurs modes de vie : habitat, type physique, alimentation et cuisine, économie et productions, vie familiale et domestique, vie sociale, vie religieuse, etc. Le projet de Costa coïncide également avec l’aboutissement des réflexions de Georges Henri Rivière sur le concept d’écomusée.

 

 
M.

Cette exposition est enfin le fruit d’une collaboration entre deux musées en région…

 

 

M.C.C.

et

J.M.G.

Nous nous réjouissons que le Centre Pompidou-Metz et le Mucem aient su joindre leurs forces autour de ce projet. Les collections du Mucem témoignent indéniablement de l’activité des premiers folkloristes, et il est précieux de confronter la réalité de l’institution actuelle au passé de la discipline. Elles permettent aussi de refléter un certain ancrage régional, qui fait partie de l’ADN des deux institutions, qui les réunit, et prend un sens particulier avec une telle exposition : l’une est établie en Lorraine, mais aussi au cœur de l’Europe, l’autre en Provence, mais aussi au cœur de la Méditerranée. Le Centre Pompidou-Metz, s’il ne possède pas de collections, travaille très étroitement avec celles du Musée national d’art moderne, dont les formidables fonds d’ateliers, tels ceux de Vassili Kandinsky ou de Constantin Brancusi, témoignent de l’attrait de ces artistes pour l’art populaire et le folklore, et dont la richesse a permis de mener cette enquête depuis les prémices de l’art moderne jusqu’à aujourd’hui.
 

 

 

 

Éditions


Catalogue Folklore

 

    
Catalogue d'exposition
Collectif sous la direction de Jean-Marie Gallais et Marie-Charlotte Calafat
Auteurs : Marie-Charlotte Calafat, Manuel Charpy, Arnaud

Découvrir

 

Folklore : l'émission Le Direct 


Re(découvrez) l'exposition « Folklore » dans l'émission diffusée en direct sur les réseaux sociaux le 3 novembre 2020.

 

Avec Marie-Charlotte Calafat et Jean-Marie Gallais (commissaires de l'exposition), Laëtitia Olivier (chargée de production Mucem), Cécile Dumoulin (responsable du département du développement culturel et des publics Mucem), Dalila Belaza (danseuse et chorégraphe).

Émission animée par la journaliste Olga Bibiloni. 



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« Terroir-isme »


Terroir-isme

TERROIRISME  [teʁwaʁism] : nom masculin très variable qui n’existe pas et qu’on se gardera d’inventer, mais dont on explorera les ramifications dans les champs artistiques, politiques.
Une chronique à feuilleter, en 12 épisodes.

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Parcours de l'exposition

1. Une quête des origines ?

Chevalet et sa cravate, Avignon, vers 1939. Carton, papier, textile, 44,8 x 14 cm. Mucem. Don de Marcel Provence en 1939 © Mucem / Yves Inchierman
Chevalet et sa cravate, Avignon, vers 1939. Carton, papier, textile, 44,8 x 14 cm. Mucem. Don de Marcel Provence en 1939 © Mucem / Yves Inchierman

Dès le XIXe siècle, de nombreux artistes en quête de traces du passé vont à la rencontre d’expressions folkloriques, qu’elles se trouvent dans leurs régions natales – qu’ils ont souvent quittées – ou dans des contrées qu’ils explorent lors de voyages. Il en va ainsi de Paul Gauguin, de Paul Sérusier et des peintres du mouvement nabi en quête de mysticisme en Bretagne, mais aussi de Vassily Kandinsky enquêtant dans la province russe de Vologda, collectionnant l’art populaire puis explorant avec Gabriele Münter et le groupe du Blaue Reiter (« Le cavalier bleu ») les traditions bavaroises ; ou encore de Constantin Brâncuși, Mihai Olos et Mircea Cantor travaillant le bois et les mythes roumains d’Olténie. Le folklore semble, au même titre que le « primitivisme », jouer un rôle d’antidote contre l’académisme et devient une source d’inspiration féconde pour le renouveau de l’art moderne. Il donne l’illusion aux artistes de toucher un passé profond qui ne serait pas dénaturé par l’industrialisation ni par les conventions sociales et culturelles dominantes. Cette vision du folklore comme vestige d’un état archaïque et spontané de la société est durablement ancrée dans l’histoire de la discipline.

2. Ambiguïtés et paradoxes

Marcel Maget, Trou du renard, farandole serpentin, Barbentane, Bouches-du-Rhône, 1938, négatif noir et blanc. Mucem © Mucem / Marcel Maget
Marcel Maget, Trou du renard, farandole serpentin, Barbentane, Bouches-du-Rhône, 1938, négatif noir et blanc. Mucem © Mucem / Marcel Maget

Le folklore est considéré comme le reflet de la tradition populaire d’une région ou d’un pays, transmise de génération en génération ; qu’il s’agisse de la langue, du costume, d’usages et de coutumes, de savoir-faire ou de modes de vie. Pourtant, des études et des témoignages de folkloristes démontrent que le folklore a été très fortement stéréotypé et orienté, voire forgé de toutes pièces au moment de l’émergence des identités nationales en Europe au XIXe siècle. Il est alors un levier idéologique et nationaliste, puis économique avec le développement du tourisme. Que reste-t-il de véritablement authentique dans le folklore ? Est-il fait de traditions inventées, de fictions ? Est-il figé dans le temps ou peut-il être actualisé en fonction de l’évolution de la société ? Depuis le XIXe siècle, il est fréquemment associé à des revendications identitaires et se retrouve souvent instrumentalisé par des discours qui proviennent des deux extrémités de l’échiquier politique. Les questions de l’identité et de l’authenticité sont au coeur de nombreuses démarches critiques d’artistes contemporains, qui interrogent les ambiguïtés et les paradoxes du folklore.

3. Un vivier de formes

Tête de quenouille « rukinlapa », Finlande, XIXe siècle bois sculpté et peint, 53 x 11 cm.  Mucem, collection d’ethnologie d’Europe, dépôt du Muséum national d’histoire naturelle © Mucem / Yves Inchierman
Tête de quenouille « rukinlapa », Finlande, XIXe siècle bois sculpté et peint, 53 x 11 cm. Mucem, collection d’ethnologie d’Europe, dépôt du Muséum national d’histoire naturelle © Mucem / Yves Inchierman

Le folklore constitue pour les artistes un inépuisable répertoire de techniques, de formes et de motifs, symboles d’une vision abstraite et codifiée du monde. Pour le folkloriste, le concept de « motif » ne se limite pas aux arts visuels et à leurs applications, comme le mobilier ou les costumes, il se retrouve aussi dans la musique et la littérature orale. Par ailleurs, il s’appréhende au-delà d’une question esthétique, puisqu’il se décrit, s’analyse, s’interprète et fait l’objet de comparaisons afin de saisir sa permanence et sa spécificité au sein d’un groupe donné. Outre la question de son étude, se pose celle de sa collecte et de sa sauvegarde. La dimension esthétique du motif semble prévaloir chez les artistes modernes, notamment dans les ateliers qui cherchent l’union des arts visuels, décoratifs et de l’artisanat, au début du XXe siècle. Ces artistes, animés par une démarche d’appropriation, contribuent également à sa préservation en constituant d’immenses répertoires dans lesquels il est possible de puiser afin de régénérer l’art.

4. Explorer l’immatériel

Le folklore se différencie de l’art populaire par sa dimension fondamentalement immatérielle. Étymologiquement défini comme « le savoir du peuple », il regroupe des éléments tels que dialectes et langues, contes et proverbes, musiques et danses, usages et croyances… Les rituels dédiés à la nature, les cérémonies païennes ou encore les superstitions vont attirer les artistes de l’après-guerre en raison de leur caractère conceptuel et social. Les surréalistes voient dans le folklore l’expression de l’inclinaison naturelle de l’homme pour l’irrationnel ou, selon Benjamin Péret, le reflet d’une « conscience poétique du monde ». Si la transmission orale semble être le dénominateur commun de ces éléments, le colportage a également joué très tôt un rôle dans la circulation des idées et des usages, entre autres par l’imagerie populaire des almanachs ou des calendriers des bergers. De l’antique Pausanias aux illustres frères Grimm, les folkloristes voient dans les figures des collecteurs d’oralité des précurseurs de leur discipline.

5. Enquêter, collecter, classer

Un gardian en selle, Camargue, fin du XIXe siècle. Vitrine de la galerie culturelle du musée national des Arts et Traditions populaires, 1975-2005.   Mucem © Mucem
Un gardian en selle, Camargue, fin du XIXe siècle. Vitrine de la galerie culturelle du musée national des Arts et Traditions populaires, 1975-2005. Mucem © Mucem

Comment les arts et traditions populaires, en partie immatériels, peuvent-ils être étudiés, sauvegardés et présentés ? La question occupe les folkloristes dès la création de la discipline, et le musée semble la destinée salvatrice d’un patrimoine en voie de disparition. Au fur et à mesure que le domaine s’institutionnalise, des méthodes d’enquête-collecte, de classement et d’analyse des données et des objets sont élaborées. Les musées de folklore et d’ethnologie, puis de société ou de civilisation, se singularisent et fascinent les artistes par leur mise en scène du quotidien. Les méthodes des folkloristes fournissent en outre un modèle pour la création artistique. À partir des années 1970, l’art contemporain intègre une dimension anthropologique : enquête de terrain, collecte d’objets, exposition de situations ; comme en témoignent les démarches de Marcel Broodthaers, Raymond Hains et Claudio Costa, ou, dans les générations suivantes, Jeremy Deller et Alan Kane, Florian Fouché, Pierre Fisher et Justin Meekel, dessinant un portrait de « l’artiste en folkloriste ».

6. Vers un folklore planétaire ?

Si, par définition, les folklores sont liés à un territoire ou à un groupe délimités, ils circulent désormais ostensiblement à l’échelle planétaire, entre industrie et tourisme. Avec poésie ou avec ironie, les artistes se font les observateurs et les acteurs de ces nouvelles géographies. Envisagé comme un retour à l’expérience, à la transmission orale, à l’absence de technologie, et comme le lieu d’un syncrétisme, socle commun à l’humanité, loin des premières définitions fermées du terme ; le folklore constitue pour les artistes une matière dont ils s’emparent en vertu de sa capacité à réenchanter le monde et à circuler dans le temps. Comme le prédisait Joseph Beuys, le folklore a le pouvoir de nous faire naviguer entre passé, présent et futur, et d’ouvrir des horizons paradoxalement universels.


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    Samedi 19 décembre 2020 à 17h00

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