• Hrair Sarkissian, Background, 2013. C-print (papier rétro-éclairé). Courtoisie de l’artiste © Hrair Sarkissian
    Hrair Sarkissian, Background, 2013. C-print (papier rétro-éclairé). Courtoisie de l’artiste © Hrair Sarkissian
  • Aslı Çavuşoğlu, Gordian Knot, 2013. Ceramic, 50 x 29 x 28 cm. Photo: Hadiye Cangökçe
    Aslı Çavuşoğlu, Gordian Knot, 2013. Ceramic, 50 x 29 x 28 cm. Photo: Hadiye Cangökçe
  • Haig Aivazian, Rome is not in Rome – Stadion, Courtesy Marrakech Biennale © photo: Jens_Martin
    Haig Aivazian, Rome is not in Rome – Stadion, Courtesy Marrakech Biennale © photo: Jens_Martin

Alexandrie : futurs antérieurs


Mucem, J4— Niveau 2
| Du mercredi 8 février 2023 au lundi 8 mai 2023

  • Conjuguant la recherche archéologique et l’art contemporain, l’exposition « Alexandrie : futurs antérieurs » nous invite à considérer l’histoire et le présent de la ville égyptienne sous un angle inédit, loin des mythes et des stéréotypes qui lui sont traditionnellement associés. Ouverture le mercredi 8 février.

L’exposition « Alexandrie : futurs antérieurs » revisite l’histoire et le présent de la ville égyptienne, loin des mythes et des stéréotypes qui lui sont traditionnellement associés. Conjuguant deux approches – la recherche archéologique et l’art contemporain –, elle nous invite à considérer Alexandrie sous un angle inédit.

L’exposition présente des artefacts couvrant une période de huit siècles, entre la fondation de la ville par Alexandre le Grand (331 av. J.-C.) et l’avènement du christianisme (381 apr. J.-C.). Elle propose également des incursions dans des vestiges datant des temps byzantins, arabo-islamiques et modernes.
À travers cette sélection de quelque 200 œuvres et objets issus des plus importantes collections muséales européennes, l’exposition met en lumière le patrimoine et l’héritage d’Alexandrie en abordant son organisation urbanistique, politique et religieuse, mais aussi la vie quotidienne de ses habitants ainsi que le rayonnement scientifique et philosophique de ce haut lieu civilisationnel du monde antique.

L’exposition s’intéresse aussi à l’Alexandrie contemporaine. Une ville marquée par une constante érosion écologique, sociale et politique, déterminée par son passé colonial et les tumultes de la mondialisation. Au fil du parcours de l’exposition, seize artistes contemporains élargissent notre regard avec des œuvres qui explorent la ville d’aujourd’hui, sa complexité et le paradoxe de ses représentations marquées par de constants allers-retours entre temps historique, temps actuel et temps imaginaire. On découvre ainsi une sélection inédite d’œuvres d’art contemporain (peintures, photographies, sculptures, installations audiovisuelles) dont trois spécialement conçues pour l’exposition par les artistes Wael Shawky, Jasmina Metwaly et Mona Marzouk.

Contexte & collaboration

L’exposition « Alexandrie : futurs antérieurs » s’inscrit dans le cadre du projet co-financé par le programme Europe créative de l’Union européenne « Alexandrie : (Ré)activation des imaginaires urbains communs », mis en oeuvre par les partenaires suivants : Mucem (FR), Université de Leyde (NL), Kunsthal Arhus (DK), Undo Point Contemporary Arts (CY), Domaine et Musée royal de Mariemont (BE), Bozar - Palais des Beaux-Arts, Bruxelles (BE), Ariona Hellas AE (GR) et Cittadellarte – Fondazione Pistoletto (IT), avec le concours des partenaires associés Cluster (Égypte), Institut Français d’Alexandrie (Égypte) et Theatrum Mundi (UK).

En parallèle à l’exposition, deux programmes de résidences d’artistes ainsi qu'une série de rencontres et de conférences dans les villes des différents partenaires impliqués explorent les relations au patrimoine, à l'art et à l'urbanisme au sein des métropoles euro-méditerranéennes d'Alexandrie, d'Athènes, de Marseille, de Bruxelles et de Nicosie. 

Informations : www.alexandria-urban-imaginaries.eu

 
Commissariat :
Volet antique
Arnaud Quertinmont, conservateur des antiquités égyptiennes et proche-orientales au Musée royal de Mariemont
Nicolas Amoroso, conservateur des antiquités grecques et romaines au Musée royal de Mariemont
Volet contemporain
Edwin Nasr, écrivain, commissaire indépendant et chercheur
Sarah Rifky, conseillère curatoriale, commissaire à l’Institute for Contemporary Art de l’Université Virginia Commonwealth et doctorante
Conservateur référent Mucem : Enguerrand Lascols 
Scénographie : Asli Çiçek, assistée de Maxime Descheemaecker
Co-production : exposition organisée par le Musée royal de Mariemont, Bozar - Palais des Beaux-Arts, Bruxelles (30 sept. 2022—8 janv. 2023) et le Mucem, Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Marseille.


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Entretien avec Arnaud Quertinmont, Edwin Nasr et Sarah Rifky, commissaires de l’exposition

 

Mucem

(M.)

Cette exposition dresse un portrait d’Alexandrie à travers archéologie et création contemporaine. Pourquoi un tel choix s’imposait-il, pour une telle ville ? 

Arnaud Quertinmont

Il était important de créer des ponts entre l’Antiquité et l’époque contemporaine en montrant notamment comment certaines problématiques vécues par les Alexandrins du passé trouvent encore un écho aujourd’hui. C’est particulièrement le cas pour la problématique de l’eau ou encore pour l’incapacité à illustrer certains aspects de la vie quotidienne des habitants. Il était également fondamental de donner la parole à des artistes égyptiens pour qu’ils puissent donner leur propre vision de la ville et de la construction de certains mythes l’entourant.

Edwin Nasr et Sarah Rifky.

L’objectif de cette exposition est de nous inviter à puiser dans l’histoire, la mythologie et les réalités d’Alexandrie pour aider à une meilleure compréhension de l’Europe et de ses histoires fondatrices. Il était donc essentiel d’aborder simultanément l’archéologie et le contemporain. Comment envisager le temps archéologique au présent ? Existe-t-il des mécanismes qui peuvent permettre à ce projet essentiellement européen de s’adapter au temps postcolonial ? En pensant Alexandrie comme un lieu, et non comme une idée, nous nous sommes demandé comment, le cas échéant, une exposition à Bruxelles ou à Marseille pourrait représenter Alexandrie pour son public. Qui fait le travail d’imagination et qui est ce public ? Ces questions ont constitué le point de départ de notre travail de conservation et de recherche.

 

M.

De quelle manière les mythes et les légendes de l’Alexandrie antique influent-ils encore sur l’imaginaire de l’Alexandrie d’aujourd’hui ?

A.Q. 

Alexandrie reste une ville mythique dans l’imaginaire collectif. Mais cet aspect se limite malheureusement à la seule Antiquité. En effet, la ville a perduré bien après le IVe siècle de notre ère et jusqu’à aujourd’hui. Parler d’Alexandrie, c’est évoquer des monuments emblématiques tels le Phare, la Bibliothèque, le Mouseion ; mais également des dirigeants célèbres comme Cléopâtre. Ces bâtiments, tout comme ces dirigeants, survivent aujourd’hui dans notre imaginaire auréolés de mythes et de légendes. Il était important pour nous de revenir aux fondements archéologiques, loin de toute forme de romantisme.

E.N. et S.R.

Comme d’autres villes de la Méditerranée orientale, Alexandrie a été façonnée par les tensions historiques et les récits contestés des forces impériales et émancipatrices. Lorsque le Roman d’Alexandre paraît dans sa traduction latine en 338 après J.-C., sa véracité importe peu. L’Historia Alexandri Magni originale remonte au IIIe siècle, elle raconte des événements réels et imaginaires de la vie d’Alexandre le Grand. C’est une œuvre élaborée, construite autour d’une base historique enrobée de « romance » ; un tissage de récits et de légendes fantastiques. Peu de temps après l’apparition des éditions latine et grecque, le Roman d’Alexandre a été traduit en neuf langues ainsi que dans la plupart des langues vernaculaires européennes médiévales. Même si elle est presque entièrement fictive, l’œuvre est devenue un incontournable dans l’Europe des Lumières en plein essor ; elle a inauguré une nouvelle époque de commerce et de colonialisme. Elle était au cœur de l’imaginaire européen, dans un cliché orientaliste toujours d’actualité. La ville d’Alexandrie devient cruciale pour l’Europe du XIXe siècle quand elle devient le quatrième port de Méditerranée. Ce qui est vrai pour l’Alexandrie d’alors l’est aussi pour d’autres villes portuaires de cette époque et même d’aujourd’hui.

 

M.

Comment allez-vous faire revivre l’Alexandrie de l’Antiquité dans l’exposition ?

A.Q.

Il est malheureusement difficile de présenter ce qu’était l’Alexandrie antique, notamment en raison d’un tsunami qui a ravagé les côtes et le centre-ville au IVe siècle de notre ère. Pour tenter de faire « revivre » la cité, nous avons donc recours à des récits d’auteurs anciens mais également à des pièces de monnaie. Ces différentes sources nous offrent l’image d’une ville multiple teintée d’influences égyptienne, grecque ou proche-orientale. Grâce aux somptueuses aquarelles de Jean-Claude Golvin, nous pouvons tenter de nous immerger dans ce qu’était réellement la ville.

 

M.

Quelles sont les pièces archéologiques majeures présentées dans l’exposition ?

A.Q.

L’exposition a pu compter sur le soutien de nombreuses institutions publiques et privées qui ont accepté de nous confier certains de leurs trésors. Parmi ceux-ci, un camée conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne : il représente le triomphe naval d’Octave, futur Auguste, à Actium, sur les armées de Marc Antoine et Cléopâtre. Une bague en or au nom de l’empereur romain Antonin le Pieux, prêtée par l’Allard Pierson d’Amsterdam, est un objet tout à fait majeur. La titulature latine de cet empereur est traduite en grec et inscrite en hiéroglyphes égyptiens, comme reflet du cosmopolitisme alexandrin. Des mains colossales, provenant du Musée royal de Mariemont, nous emmènent par le biais d’un film animé dans la cité d’Alexandrie, à la découverte de statues colossales – dont une autre tête provenant de Vienne – qui ornaient autrefois la ville. Une série de stèles funéraires, conservées au musée du Louvre, nous permettent de rencontrer les Alexandrins (païens ou juifs) du passé et de parler à nouveau de ce cosmopolitisme si particulier à la cité.

 

M.

Comment s’est effectué le choix des artistes contemporains ?

E.N. et S.R.

L’exposition présente dix-sept artistes venant d’Égypte, mais aussi du Liban, de Turquie, des États-Unis et de Palestine, avec des œuvres produites entre 1987 et 2022. Trois de ces œuvres, celles des artistes Wael Shawky, Jasmina Metwaly et Mona Marzouk, ont été spécialement commandées pour l’exposition. Ces œuvres – peintures, photographies, sculptures, textes et vidéos – s’engagent avec la ville portuaire chimérique d’Alexandrie. Elles compliquent notre compréhension d’Alexandrie et dialoguent avec la ville. Que ce soit directement ou par association, elles sondent l’histoire, les mythes et la réalité d’Alexandrie ; peu à peu, elles ébranlent le romantisme d’Alexandrie, les récits coloniaux et les savoirs qui ont marqué la ville dans l’imaginaire européen passé ou peut-être latent. Nous imaginons Alexandrie comme une ville qui change de forme. Alors que la plupart des œuvres incluses ont été conçues en relation directe avec Alexandrie, il a parfois été nécessaire d’intégrer des œuvres sur le Liban (Haig Aivazian) ou la Palestine (Jumana Manna).

 

F.M.

Que pouvez-vous dire du regard des artistes sur cette ville ? Qu’est-ce qui revient le plus souvent ?

E.N. et S.R.

Les œuvres de l’exposition nous mènent vers des infrastructures en ruine, des ruminations diaristiques, des monuments fantastiques, des fouilles archéologiques, des vestiges matériels de l’industrie du tourisme et des récits oubliés d’un passé lointain pour souligner l’inconnaissabilité et la spéculation comme modes de relation et de navigation dans les villes réelles et imaginaires. Dans l’exposition, nous travaillons avec des artistes et des œuvres qui déploient des images et des objets jetant des ombres de doute sur la véracité de l’histoire. Chacune des œuvres sélectionnées cherche à défier, explorer, intensifier, diminuer ou nier les évidences et les attentes. L’œuvre d’art s’engage ici dans les tâches nécessaires de la pensée historique. En étudiant les archives de la vie quotidienne à Alexandrie au cours du siècle dernier, l’artiste Céline Condorelli s’est retrouvée hantée par l’idée qu’il ne restait plus rien ; elle disait : « Il n’y a plus rien. » En travaillant à partir de notre propre doute curatorial, nous avons nous aussi beaucoup appris grâce à ces œuvres. Elles aident à mieux comprendre le projet dans sa globalité.

 

M.

Quelles correspondances voyez-vous entre Alexandrie et Marseille ?

E.N. et S.R.

Comme nous l’avons dit plus haut, ce qui est vrai d’Alexandrie peut également l’être pour d’autres villes portuaires d’aujourd’hui. L’opportunité de penser avec des objets archéologiques et des œuvres en prise avec des histoires effacées nous permet de nous interroger sur les différentes expériences civilisationnelles qui ont défié l’histoire à travers la Méditerranée, depuis Alexandrie et Beyrouth jusqu’à Marseille et Gênes.

 

 

 

 

 

 

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