• Cueillette du jasmin pour les parfums, photographie : J. Weyer, 1936, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Alpes-Maritimes, Grasse © Mucem
    Cueillette du jasmin pour les parfums, photographie : J. Weyer, 1936, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Alpes-Maritimes, Grasse © Mucem
  • M comme « Marguerite » (Leucanthemum vulgare) ou « Messiflore » Eléments de décoration de boulangerie, verre peint, Ateliers Benoist et fils, Paris, fin du XIXe - début du XXe siècle Mucem © Mucem
    M comme « Marguerite » (Leucanthemum vulgare) ou « Messiflore » Eléments de décoration de boulangerie, verre peint, Ateliers Benoist et fils, Paris, fin du XIXe - début du XXe siècle Mucem © Mucem

La Flore de A à Z

Petit abécédaire des collections
Mucem
| Du mercredi 25 mars 2020 au dimanche 30 août 2020

  • Découvrez l'exposition en ligne

Le Mucem déploie un abécédaire floral en 26 lettres, composé à partir des collections du Mucem.
Cet abécédaire est proposé dans le cadre de l'exposition "La Flore de A à Z" qui  aurait dû ouvrir mercredi 25 mars 2020. Nous vous proposons donc de la découvrir en ligne, et même d'y participer.

Chaque jour, nous vous dévoilerons une lettre florale, un conseil botanique, et une illustration signée par Reckless Morning que vous pourrez colorier chez vous en famille.

« Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir », disait Henri Matisse. Et de fait, la flore nous entoure, et pas seulement dans nos jardins ou en pleine nature : elle est depuis toujours une source d’inspiration inépuisable pour l’art populaire et l’art décoratif. Fleurs sauvages ou cultivées sont également convoquées pour d’autres usages tels la pharmacopée, la parfumerie, l’alimentation ou l’artisanat. Et si l’homme a parfois noué des relations culturelles particulières avec certaines plantes à qui il attribue des dimensions symboliques, magiques ou religieuses, la disparition de fleurs des champs comme l’emblématique coquelicot lui a aussi fait prendre conscience de la fragilité de la nature.

Dites-le avec des fleurs !


—Commissariat : Françoise Dallemagne, chargée de collections et de recherches au Mucem

 

La lettre florale du jour


E comme églantier 

(Rosa canina)


L’églantine est la fleur de l’églantier, rosier sauvage appelé par les botanistes antiques « rosier des chiens » car il avait la réputation de soigner de la rage. En pharmacopée, on utilise les fruits de l’églantier appelés cynorrhodons pour leurs propriétés anti-inflammatoires et anti-oxydantes. Le rosier sauvage est aussi la fleur des poètes et un symbole d’attachement comme en témoigne ce coffre de mariage des Balkans, sculpté de fleurs d’églantines stylisées. Ce décor floral d’inspiration turque se retrouve souvent associé à d’autres fleurs sur les céramiques d’Iznik.

E comme églantier (Rosa canina) © Mucem
Coffre de mariage, Bosnie-Herzégovine, Fin du 19e siècle, Collection d’ethnologie d’Europe, dépôt du Muséum national d’histoire naturelle, collection MNHN, © cliché Mucem

Conseil botanique


Délicates fleurs d’églantine dont Marcel Proust comparait les pétales à de la « soie unie de corsage rougissant». Rosier sauvage, on trouve l’églantier dans les haies de campagne où il s’accroche de ses lianes épineuses. Les fleurs donnent de petits fruits rouge orangé de la taille d’une olive, riches en antioxydants, facétieusement remplis de petits poils à l’intérieur qui font la joie des enfants. C’est le fameux poil à gratter ou gratte-cul que l’on glisse dans le tee-shirt des amis pour qu’ils se tortillent.
 


Illustration à colorier


Téléchargez cette illustration puis envoyez-nous la photo de votre coloriage sur abecedaireflore@mucem.org
À la fin de l'abécédaire, nous reconstituerons un poster collectif de l'herbier avec une sélection de vos productions, que nous diffuserons sur nos réseaux sociaux.
 

E comme églantier Mucem


Télécharger l'illustration 

 

A comme acanthe

(Acantha spinosissimus ou Acanthe spinosus)

Dans la mythologie grecque, Akantha était une nymphe. Apollon, séduit par sa beauté, voulut l'enlever mais elle le griffa au visage. Pour la punir, il la métamorphosa en une plante épineuse aimant le soleil, et qui porte son nom. Les sculpteurs grecs, les premiers, pétrifièrent les feuilles de l'acanthe pour décorer les chapiteaux des temples antiques. Reconnaissable entre toutes par ses feuilles spiralées et griffues, l'acanthe décore aussi nombre d'objets d'art populaire tout autour de la Méditerranée, rivages où elle pérégrine en projetant ses graines noires dans la chaleur de l'été. L'arabesque en est l'ultime stylisation décorative.

A comme Acanthe. Azulejos de faïence, Portugal, XXe siècle Collection d'ethnologie d'Europe, Muséum national d'histoire naturelle, en dépôt au Mucem © MNHN, photo Mucem
Azulejos de faïence, Portugal, XXe siècle Collection d'ethnologie d'Europe, Muséum national d'histoire naturelle, en dépôt au Mucem © MNHN, photo Mucem

 

 Acanthe (Acanthus spinsiossimus ou Acanthus mollis) © Mucem
Plat en faïence, Nabeul, Tunisie Début du 20ème siècle © MNHN, photo Mucem

 


Conseil botanique


Ses feuilles épineuses et vernissées s’enroulent en formant des rinceaux. Elle a inspiré les artistes depuis l’Antiquité grecque. Plante méditerranéenne par excellence, elle apprécie la chaleur mais  dans une terre fraîche et meuble. Ses longs épis floraux crachent des graines noires durant les mois chauds de l’été.  On peut la faire pousser en semant ces graines en plein terre de mai à juillet ou en repiquant une pousse avec des racines. Son nom familier de patte d'ours plaira aux enfants.
 


Illustration à colorier


Téléchargez cette illustration puis envoyez-nous la photo de votre coloriage sur abecedaireflore@mucem.org
À la fin de l'abécédaire, nous reconstituerons un poster collectif de l'herbier avec une sélection de vos productions, que nous diffuserons sur nos réseaux sociaux.

La Flore de A à Z, illustration A © Reckless Morning

Télécharger l'illustration

B comme badiane

(Illicium verum)

Le badianier produit un fruit en forme d'étoile utilisé pour son parfum anisé et ses vertus digestives. Appelé badiane ou anis étoilé, ce fruit est l'ingrédient de base de nombreuses boissons rafraîchissantes et de sociabilité tout autour de la Méditerranée : sirop d'anis, anisette algérienne, pastis provençal, sambuca italienne, ouzo grec, arak libanais, mastika macédonienne ... Le zammu, fameux sirop d'anis produit selon des recettes propres à chaque famille, était servi par l'acquaio/o, le porteur d'eau, dans les rues de Palerme en Sicile.

B comme badiane ou anis étoilé (Illicium anisetum) © Mucem
Lithographie « Anis Gras », Benjamin Sarraillon Algérie, 1930, Dépôt Montpellier Métropole © MNHN, photo Mucem

 

B comme badiane ou anis étoilé (Illicium anisetum) © Mucem
Modèle réduit de table ambulante de marchand de sirop, Sicile, Italie, 20ème siècle, Collection d'ethnologie d'Europe, dépôt du Muséum national d'histoire naturelle © MNHN, photo Mucem

 

B comme badiane ou anis étoilé (Illicium anisetum) © Mucem
Pot d'herboriste, Faïence de Sarreguemines, France , Vers 1900 © MNHN, photo Mucem

Conseil botanique


Les fruits issus des fleurs de cet arbre originaire du Sud-Est asiatique ressemblent à des étoiles pourvues de huit branches contenant chacune une graine brillante. Ramassés verts puis séchés au soleil, ils prennent alors une teinte mordorée. Le nom de badiane ou anis étoilé vient de la forme de ces fruits qui dégagent une merveilleuse odeur d’anis. Ils sont très utilisés en pharmacopée, pour leurs propriétés digestives, ou pour parfumer boissons rafraîchissantes et plats. La légende veut que Marco Polo (1254-1324) ait ramené la badiane de Chine au 13ème siècle même s’il ne parle pas précisément de cette épice dans son Livre des Merveilles. Disposées avec des bâtons de cannelle ou des tranches d’orangés séchées, les fruits de badiane font merveille en décoration de Noël.
 


Illustration à colorier


Téléchargez cette illustration puis envoyez-nous la photo de votre coloriage sur abecedaireflore@mucem.org
À la fin de l'abécédaire, nous reconstituerons un poster collectif de l'herbier avec une sélection de vos productions, que nous diffuserons sur nos réseaux sociaux.

La Flore de A à Z, illustration B © Reckless Morning

Télécharger l'illustration 

C comme chardon cardère

(Dipsacus sativus)

 

On a parfois donné au chardon cardère des appellations populaires imagées comme peigne à loup, verge à pasteur, bain de Vénus, lavoir de Vénus ou bénitier des oiseaux car l’eau de pluie s’y retrouve emprisonnée pour la plus grande joie des passereaux. Le chardon cardère est une plante dont on utilisait autrefois les bractées épineuses pour la fabrication de draps de laine. En Provence, quand la nature produisait une anomalie, un chardon à trois fleurs, on le clouait à l’entrée des maisons pour chasser le diable. La fleur, par ses capitules agressifs et son anormalité, prenait alors une fonction prophylactique.
 

C comme Chardon cardère (Dipsacus sativus ou fullonum) © Mucem
Amulette casso diablo, Provence, Début du 20e siècle, collection MNHN, © cliché Mucem

 


Conseil botanique


Qu’il soit sauvage (Dipsacus fullonum) ou cultivé (Dipsacus sativus), le chardon cardère a les mêmes fleurs rose lilas aux aiguillons épineux qui lui donnent sa réputation de plante repoussant le diable. Les aiguillons de l’espèce sauvage montent cependant vers le haut au contraire de ceux de la cardère cultivée qui descendent vers le bas. Si le chardon sauvage pousse dans des endroits incultes, la variété cultivée a longtemps prospéré dans une région comprise entre Rhône, Durance et Alpilles où elle servait à carder les lainages. On peut planter les graines en pleine terre au printemps mais on n’obtiendra des fleurs que l’année d’après car c’est une plante bisannuelle. On pourra alors observer les petits oiseaux venir boire la rosée du matin dans ses capitules hérissés. Les fleurs séchées composent des bouquets secs en ayant pris soin de les cueillir avec des gants !
 


Illustration à colorier


Téléchargez cette illustration puis envoyez-nous la photo de votre coloriage sur abecedaireflore@mucem.org
À la fin de l'abécédaire, nous reconstituerons un poster collectif de l'herbier avec une sélection de vos productions, que nous diffuserons sur nos réseaux sociaux.
 

C illustration Flore


Télécharger l'illustration 

D comme dahlia 

(Dahlia)

On dit que tout jardin a ou abritera un dahlia. Favori du jardinier, celui-ci prospère dans toute bonne terre et inspire par sa beauté. C’est une fleur de dahlia qui orne la paire de sabots réalisée par le compagnon sabotier Fradin et présenté à l’Exposition artisanale d’Angers en 1942. Georges Henri Rivière, le « magicien des vitrines » du musée national des Arts et Traditions populaires, touché par la délicatesse de la sculpture de la fleur, s’empressa d’acquérir les sabots pour les collections du musée après les avoir remarqués à l’exposition.

Paire de sabots Compagnon Fradin, Tours, France 1900-1943
Paire de sabots Compagnon Fradin, Tours, France 1900-1943

 


Conseil botanique


Le dahlia, du nom du botaniste suédois Andreas Dahl (1751-1789), prospère en toute bonne terre de jardin, riche mais qui doit être arrosée souvent. On enterre ses « tubercules » au printemps pour avoir les fleurs en été. Le dahlia dont il existe près de 40 000 espèces différentes, est apprécié pour son extraordinaire floraison. Difficile d’imaginer que les Aztèques se nourrissaient ainsi que leurs animaux avec ces racines appelées « cocoxochilt » ou « chichipatli». Mais attention, il n’aime pas le froid. L’hiver, il convient de rentrer ses bulbes dans une caisse à l’abri du gel.

 


Illustration à colorier


Téléchargez cette illustration puis envoyez-nous la photo de votre coloriage sur abecedaireflore@mucem.org
À la fin de l'abécédaire, nous reconstituerons un poster collectif de l'herbier avec une sélection de vos productions, que nous diffuserons sur nos réseaux sociaux.
 

D illustration Flore


Télécharger l'illustration 

 

Entretien avec Françoise Dallemagne,
commissaire de l’exposition 

 
Mucem (M.)

Pourquoi le Mucem a-t-il choisi de s’intéresser au thème de la flore, pour cette nouvelle exposition sous forme d’abécédaire ?

 

Françoise Dallemagne (F.D.)

Après un abécédaire sur la faune (« Les Animaux de A à Z »), on pouvait penser que la flore vienne tout naturellement comme sujet d’exposition dans la salle dédiée aux collections. La nature qui nous entoure, sa protection, est en effet un sujet de société contemporain qui nous préoccupe tous. Et les musées sont en phase avec ce sujet comme le montrent l’exposition « Jardins » qui a eu lieu au Grand Palais en 2017, l’exposition « Nous les arbres » à la Fondation Cartier, ou la démarche de l’artiste Jean-Michel Othoniel, qui a créé son herbier merveilleux à partir des fleurs présentes dans les tableaux du Louvre pour en dévoiler le caractère symbolique et imaginer une installation, La Rose du Louvre. Non seulement les fleurs sont un plaisir des sens, mais on peut aussi trouver pour chacune d’elles un usage – artisanal, pharmaceutique, alimentaire ou même magique –, qui nous permet de les démasquer derrière certains objets des collections du Mucem.

 

M.

Quelles sont les découvertes qui vous ont le plus étonnée lors de vos recherches sur cette exposition ?

F.D.

Que les fleurs, effectivement, comme le disait Henri Matisse, soient partout ; visibles dans l’enroulement de rinceaux d’un carreau de céramique « azulejo » ou sur la devanture d’une boulangerie parisienne, mais cachées derrière les effluves d’un parfum, la confection d’un tissu ou la teinte rouge écarlate d’un pantalon de zouave. Le nom même de certaines fleurs, qu’il soit latin ou vernaculaire, évoque parfois les usages que l’on en fait ou les vertus qu’on leur prête, comme l’églantier, dont le nom latin Rosa canina (« rosier des chiens ») évoque les propriétés supposées de la plante à guérir la rage. Enfin, certaines fleurs, telle l’emblématique tulipe, ont une histoire extraordinaire, digne de celle des plus grands voyageurs. 

 

M.

Au sein de cette sélection, quelles sont les fleurs (et les objets) les plus remarquables ?

F.D.

J’ai un petit faible pour la tulipe, comme je viens de l’expliquer, qui est la seule fleur pouvant se targuer d’avoir provoqué une crise financière aux Pays-Bas au XVIIe siècle, puis une véritable « tulipomania » dans toute l’Europe au XVIIIe siècle, et qui a même son musée (le musée des Tulipes à Amsterdam). Mais aussi pour le crocus, dont les stigmates donnent le safran et dont les fleurs ont été magnifiquement brodées de façon stylisée sur le tablier sarde d’Orgosolo, présenté dans l’exposition. La broderie, en Sardaigne, était l’un des moyens d’expression des femmes sardes. Par leurs broderies, les choix des galons, leurs tailles et leur emplacement, elles donnaient à lire leur personnalité : rêveuses, passionnées, éprises de liberté ou au contraire sérieuses. Le jasmin de Grasse me touche aussi beaucoup pour son odeur enivrante et la beauté de ses fleurs étoilées, mais il ne faut pas oublier que son ramassage dans des petits paniers accrochés à la taille demeure un travail pénible et minutieux. Citons enfin l’enseigne en grès émaillé du céramiste Alexandre Bigot, dont le visage féminin encadré d’héliotropes rappelle les femmes-fleurs de l’artiste du mouvement Art nouveau Alfons Mucha.

 

 

Les petits abécédaires des collections
Depuis février 2018, le Mucem dédie un nouvel espace à la présentation de ses collections : située au fort Saint-Jean, la « salle des collections » interroge de façon ludique les fonds du musée à travers des expositions thématiques présentées sous forme d’abécédaires, appelées à être renouvelées tous les six mois. Une façon originale de faire connaître au grand public la diversité des collections du Mucem, riches de plus de 350 000 objets conservés parmi plus d’un million d’items : qu’ont-elles à nous dire sur les grands thèmes de notre existence, nos passions, nos peurs, nos croyances ?

La grande variété des collections du Mucem permet de faire le tour de chacune de ces thématiques, « de A à Z ». Après « L’Amour de A à Z », « Les Animaux de A à Z », « Les Reliquaires de A à Z » et « Le Hasard de A à Z », le printemps 2020 verra s’épanouir « La Flore de A à Z » et l’automne fera découvrir « Les Bandes dessinées de A à Z ».