• Affiche de l’exposition Connectivités
    Affiche de l’exposition Connectivités
  • Casque ottoman © Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais_Emilie Cambier
    Casque ottoman © Musée de l'Armée, Dist. RMN-Grand Palais_Emilie Cambier
  • Assiette tulipe armes doge Alvice Mocenigo © RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) Martine Beck-Coppola
    Assiette tulipe armes doge Alvice Mocenigo © RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique) Martine Beck-Coppola
  • Ymane Fakhir, route el jadida Casablanca © Adagp, Paris 2017
    Ymane Fakhir, route el jadida Casablanca © Adagp, Paris 2017

Connectivités

Galerie de la Méditerranée 2
J4 | Du mercredi 29 novembre 2017 au samedi 30 novembre 2019

  • À venir—Exposition permanente

La Galerie de la Méditerranée fait peau neuve, sa deuxième section accueille une nouvelle exposition semi-permanente. « Connectivités » raconte une histoire des grandes cités portuaires de la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles : Istanbul, Alger, Venise, Gênes, Séville et Lisbonne sont alors les points stratégiques de pouvoir et d’échanges dans une Méditerranée qui voit naître la modernité entre grands empires et globalisation.

Prenant pour socle de réflexion La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, l’exposition propose de suivre les pas de l’historien Fernand Braudel et d’aborder cette Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles non pas comme un objet d’étude aux bornes chronologiques strictes, mais comme un personnage dont il s’agirait de raconter l’histoire en l’inscrivant dans la longue durée, allant jusqu’à l’interroger dans la période contemporaine.

Invitant les visiteurs à un saut dans le temps, cette histoire urbaine est également abordée aujourd’hui, à travers l’évolution de territoires portuaires contemporains : les mégapoles d’Istanbul et du Caire et les métropoles de Marseille et de Casablanca. Il s’agit en effet d’aborder la ville en développement comme le lieu vers lequel convergent et s’intensifient les flux, les connections, les échanges, et donc, le pouvoir.


Commissariat d'exposition : Myriame Morel-Deledalle

Avec le soutien d’Interxion, de NGE et du Club de l'Immobilier.

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Myriame Morel-Deledalle

Historienne et archéologue de formation. Après avoir participé aux fouilles archéologiques du chantier de la Bourse (Marseille), elle a été conservateur-directeur du musée d’Histoire de Marseille qu’elle a dirigé depuis son ouverture en 1983 et conduit et développé jusqu’en 2007. Elle est aujourd’hui conservateur en chef du patrimoine au Mucem, où elle a assuré le commissariat des expositions « Splendeurs de Volubilis », « Migrations divines » et prochainement « L’Or » (avril 2018).

 

Entretien avec Myriame Morel-Deledalle, commissaire de l’exposition

 

Mucem (M)

L’exposition « Connectivités » se déploie en deux parties, l’une historique, l’autre contemporaine… Quel est son propos général ?

Myriame Morel-Deledalle (M.D-D.)

Cette exposition traite de la question des villes et de leur connectivité en Méditerranée, sur deux périodes radicalement différentes.
La première partie s’inscrit dans une séquence historique et géographique bien identifiée dans le temps et dans l’espace : la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles, traitée à travers les connexions de six villes (trois pour l’Empire des Habsbourg, trois pour l’Empire ottoman) qui sont en lien, en opposition ou en situation de pouvoir les unes par rapport aux autres. Ici, le parcours d’exposition reprend l’espace géographique de la Méditerranée : on entre à l’Est par Istanbul, on circule vers Venise et Alger, avant d’aborder la partie occidentale de la Méditerranée, de Gênes à Séville, pour terminer avec Lisbonne, comme ouverture sur l’Atlantique.
Dans sa seconde partie, plus réduite, l’exposition présente des villes de la Méditerranée contemporaine : deux métropoles (Marseille et Casablanca) et deux mégapoles (Istanbul et Le Caire). Elles sont abordées à travers des maquettes, mais aussi des vidéos, des films et des photographies d’art contemporain ; alors que la première partie est développée avec des objets historiques issus de dépôts d’un certain nombre de musées français et européens, ainsi que des objets des collections du Mucem.

M

La première partie mène le visiteur successivement à Istanbul, Alger, Venise, Gênes, Séville et Lisbonne, aux XVIe et XVIIe siècles. Pourquoi avoir choisi ces villes-là durant cette période-là ?

M.D-D.

La Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles constitue un véritable point de bascule historique et géographique : deux grands empires atteignant leur apogée s’y côtoient, celui des Habsbourg et celui des Ottomans ; en même temps que s’ouvrent de nouveaux horizons faisant de la Méditerranée une mer ouverte, inaugurant l’ère de la mondialisation. L’Empire des Habsbourg se développe à partir de l’Ouest (Amériques et Asie) et l’Empire ottoman se tourne davantage vers l’Est (Asie). Au cœur de ces empires immenses, certaines villes comme Istanbul, Séville, Venise ou Alger sont de véritables nœuds de pouvoir où se concentrent les échanges et les tensions entre les deux empires, et entre ceux des « nouveaux mondes ».
Ce cadre chronologique et historique se fonde sur la thèse de l’historien Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, socle de réflexion de cette exposition.

M

En quoi l’œuvre et la pensée de Fernand Braudel (1902-1985) sont-elles encore pertinentes aujourd’hui ?

M.D-D.

Fernand Braudel est un historien et géographe issu de l’École des Annales qui, dans les années 1930, avec Lucien Febvre et Marc Bloch, a initié une nouvelle manière d’appréhender l’histoire en privilégiant non pas l’histoire événementielle mais le contexte et la longue durée. C’est-à-dire la durée géographique, physique, historique, sur le long terme, des relations politiques et sociales au sein des sociétés. En effet, l’histoire n’est pas une succession d’événements, de dates et de coups de canons… C’est d’abord une affaire de contextes. Ce qu’on appelle aujourd’hui « histoire globale » ou « histoire-monde » est la suite logique de cette manière d’appréhender l’histoire.
Cette méthode, Fernand Braudel l’a illustrée dès 1949 avec sa thèse La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. C’est une œuvre de référence, certes incomplète – y compris au niveau des sources – mais dont la méthodologie jette les bases d’une réflexion nouvelle sur l’histoire. Une exposition est différente d’un ouvrage, mais en utilisant la méthode braudélienne, on voit bien qu’il est possible d’articuler le propos muséal autour des liens qu’entretiennent ces « espaces-mondes » que sont les villes et les empires aux XVIe et XVIIe siècles.

M

La seconde partie de l’exposition s’intéresse quant à elle aux villes méditerranéennes contemporaines, en distinguant mégapoles et métropoles…

M.D-D.

Selon l’ONU, 3,5 milliards de personnes à travers le monde vivent aujourd’hui dans une ville. Elles seront 5 milliards dans 15 ans et 7,5 milliards à l’horizon 2050. Il nous a ainsi paru intéressant d’interroger le phénomène urbain actuel, à travers un focus sur quatre villes méditerranéennes, présentant des modes d’évolution bien distincts. D’une part les métropoles, qui essaient de mettre en place des modes de gestion raisonnée des flux, des circulations, et du développement urbain et économique. C’est le cas de Marseille et Casablanca. D’autre part, les mégapoles qui résultent d’une extension du territoire sans limite, sans contrôle, sans intervention ou gestion politique. Nous avons identifié Le Caire et Istanbul comme les deux plus grandes mégapoles méditerranéennes. Soit 15 millions d’habitants pour ces deux villes, qui ont connu une croissance démographique exceptionnelle en seulement quelques années. Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes…

Dans l’exposition, nous présentons donc quatre maquettes de Marseille, Casablanca, Istanbul et Le Caire, toutes à la même échelle et qui mettent en évidence quatre facteurs : la topographie, la tache urbaine, les circulations et les infrastructures. Chacune de ces villes fait aussi l’objet d’un focus particulier avec quelques nouvelles maquettes, comme pour la question de l’habitat informel au Caire ; mais aussi avec le travail d’artistes contemporains qui permettent aux visiteurs de se plonger dans la réalité physique de ces villes à travers des films, des vidéos et des photographies.

M

Dans la section traitant des métropoles, Casablanca est présentée comme un exemple de gestion urbaine… Qu’en est-il de Marseille ?

M.D-D.

Nous avons fait le choix de prendre une métropole du Sud pour illustrer la gestion raisonnée d’une métropole. Casablanca est une référence dans la pensée urbaine en termes d’organisation : l’expansion de la ville a été anticipée dès le début du XXe siècle. Celle-ci est certes liée à une histoire coloniale. Avant, pendant et après l’indépendance, différents architectes-urbanistes (Prost, Écochard, Candilis, etc.) ont travaillé sur l’aménagement de Casablanca avec une forme de continuité, poursuivie de nos jours par la municipalité. Cette ville présente aujourd’hui un schéma d’organisation intéressant car assez multiple et diversifié dans sa conception d’un développement urbain, avec, notamment, la question centrale de la ville durable.
À Marseille, il y a une volonté politique affirmée de la métropole. Nous présentons dans l’exposition le fruit d’une consultation menée en 2015 auprès de trois équipes d’urbanistes, architectes et philosophes, proposant chacun différentes pistes de développement pour ce territoire singulier. Certains misent sur la mise en valeur du patrimoine naturel, d’autres insistent sur les infrastructures… Ce sont des projets d’orientation à destination des élus ; des choix de développement possibles. En attendant de les voir aboutir – ou pas –, l’exposition s’intéresse aussi au sentier de grande randonnée GR2013, qui invite à la traversée de ce territoire à travers la figure originale du « marcheur métropolitain ».


Activités et événements associés

Affiche de l’exposition Connectivités

Visite de l’exposition « Connectivités »
Jeudi 7 décembre 2017 à 14h30

Galerie de la Méditerranée 2

« Connectivités » raconte une histoire des grandes cités portuaires de la Méditerranée des XVIe et XVIIe siècles : Istanbul, Alger, Venise, Gênes,…

Evénements passés


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