• Gioventù Delusa 1967 © droit réservé Fondazione Arnoldo e Alberto Mondadori.
    Gioventù Delusa 1967 © droit réservé Fondazione Arnoldo e Alberto Mondadori.

Roman-Photo


J4 niveau 2 (800 m²) | Du mercredi 13 décembre 2017 au lundi 23 avril 2018

  • Portes ouvertes mardi 12 décembre 2017 à 18h

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Le roman-photo a mauvaise presse. Le terme sous-entend tout à la fois la niaiserie sentimentale, la frivolité, ou encore l’ingénuité. À ce jour, il n’a que rarement retenu l’attention des historiens de l’image, et encore moins celle des musées et des centres d’art. Grave erreur ! Car le roman-photo a pourtant bien des choses à nous dire… et pas seulement des mots d’amour.

Né en 1947 en Italie, le roman-photo a constitué le plus gros succès éditorial de l’après-guerre, et restera pendant plus de vingt ans le best-seller de la littérature populaire en Méditerranée. Les lecteurs – en majorité des lectrices – se comptaient par millions ; les revues dans lesquelles ils étaient publiés passaient de main en main et c’est ainsi que dans les années soixante, on estime qu’un Français sur trois lisait des romans-photos.

Reconstituer ces petites mythologies sentimentales permet ainsi d’offrir une relecture originale de l’avènement de la société de consommation et de l’évolution des mœurs, tout autant qu’un regard décalé sur l'émancipation et la libération des femmes dans l’Europe méditerranéenne de la seconde moitié du XXe siècle.

C’est l’enjeu de l’exposition « Roman-Photo », qui réunit plus de 300 objets, films, photographies, documents, et, bien entendu, quelques-unes des plus belles réalisations de cet artisanat devenu en peu de temps une industrie culturelle de masse, dont certaines productions élaborées par des réalisateurs proches du néo-réalisme italien s’avèrent d’une qualité exceptionnelle.   

Jalousies et trahisons, tendres baisers et cœurs brisés, décapotables et micro-ondes, Dolce Vita et lutte des classes : « Roman-Photo », un feuilleton riche en surprises, rebondissements et coups de foudre (esthétiques), à ne manquer sous aucun prétexte !


Commissaire: Frédérique Deschamps, journaliste et iconographe,
Commissaire Mucem : Marie-Charlotte Calafat, adjointe du département des collections et ressources documentaires du Mucem
Scénographie : (en cours)

Avec le soutien de la Fondation d'entreprise PwC France et Afrique francophone, mécène fondateur du Mucem.
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Frédérique Deschamps

Journaliste et iconographe, elle a longtemps collaboré au journal Libération. Elle a ensuite dirigé le service photo du Monde au moment du lancement de la nouvelle formule du quotidien. Elle est aujourd’hui iconographe free lance.

Marie-Charlotte Calafat

Adjointe du département des Collections et des Ressources documentaires du Mucem, elle est responsable du pôle documentaire et du secteur Histoire du musée.

Entretien avec Frédérique Deschamps et Marie-Charlotte Calafat, commissaires de l’exposition.

 
Mucem Une exposition sur le roman-photo… Est-ce bien raisonnable ?

 

Frédérique Deschamps (F.D.) Oui ça l’est ! Il n’y a encore jamais eu d’exposition sur ce sujet, alors que le roman-photo a constitué l’un des plus grands succès de la culture populaire du XXe siècle. Il a généré une véritable industrie, produisant des milliers de clichés pour des millions de lecteurs et de lectrices. L’exposition ne cherche pas à présenter cela comme de la grande littérature : son propos est de donner à voir ce qu’est et était le roman-photo, un genre méprisé, car très mal connu.
Le roman-photo est un formidable sismographe de la société des Trente Glorieuses. Ces contes de fées modernes sont peuplés de réfrigérateurs, de voitures, de tourne-disques, signes tangibles de la modernité et d’autres objets de romance ou de désir. En faisant défiler ces images, nous retracerons donc aussi l’évolution d’une époque et de ses envies, l’émancipation de la femme et celle des mœurs.

 

Marie-Charlotte Calafat (M.C.C.) En effet, le roman-photo est souvent perçu comme un genre à l’eau de rose, aux intrigues immuables. Pourtant, il tisse des liens avec les revendications sociales de son temps. Le sens de la révolte et des conflits sociaux y est depuis ses débuts régulièrement traité autour des questions du divorce, des droits des femmes au travail, – et contrairement à nos a priori, il peut aussi quelquefois dénoncer une société matérialiste et superficielle. Le roman-photo mérite de ne pas être systématiquement subordonné à une image rétrograde, bien au contraire ! J’ajoute que le roman-photo n’est pas mort : le magazine Nous Deux, est vendu chaque semaine à 250 000 exemplaires en France. De plus, cette forme d’expression est actuellement réinventée par de nouveaux acteurs qui l’utilisent pour des projets documentaires, artistiques, satiriques… Alors cette exposition est tout à fait raisonnable pour un musée de société comme le Mucem !

 

Mucem Comment est né ce projet ? Êtes-vous vous-même une lectrice assidue de romans-photos ?

 

F.D. Je n’en avais jamais lu jusqu’au jour où, il y a une dizaine d’années, mon regard s’est posé sur une pile de Nous Deux qui partait à la benne. Je me suis dit : « Mais ça existe encore ! » J’étais alors iconographe dans un groupe de presse et comme je m’intéresse beaucoup à l’image, j’ai décidé de faire une enquête sur ce curieux sujet… Au fil des découvertes, il m’a paru évident que cette histoire pouvait être racontée sous la forme d’une exposition.

 

Mucem De quelle façon le Mucem a-t-il abordé ce sujet ?

 

M.C.C. Pour le Mucem, il était important de traiter du roman-photo en tant que phénomène de société. De sa naissance durant l’après-guerre à la façon dont il a su évoluer – ou pas – avec son temps. C’est une exposition à prendre au premier et au second degré. Dans le sens où l’on peut, d’une part, l’aborder sous l’angle de la photographie, en ayant un contact direct à l’image, et, d’autre part, regarder ces images en les replaçant dans leur contexte historique et sociétal. Pour nous, il s’agit toujours de montrer en quoi le roman-photo est le témoin de la société de son temps. Le Mucem était aussi sensible à la dimension méditerranéenne de ce moyen d’expression qui a connu un succès phénoménal dans tout l’arc méditerranéen, alors qu’il peinait à s’exporter dans les pays anglo-saxons. Ce projet offre en outre au musée l’occasion d’interroger son vaste fonds autour de l’imagerie populaire.

 

Mucem L’exposition s’articule en deux parties. La première s’intéresse à l’histoire du « vrai » roman-photo…

 

F.D. Le « vrai » roman photo, c’est le roman-photo sentimental, né en 1947, et que l’on trouve encore aujourd’hui dans Nous Deux. Dans l’exposition, objets, images, couvertures et maquettes originales retracent son évolution depuis ses origines jusqu’à nos jours. Le parcours mène jusqu’à un « salon de lecture » des années 1960-1970, dans lequel des exemplaires de Nous Deux seront à disposition du public qui pourra les feuilleter, et même en emporter.

 

Mucem

L’exposition montre dans sa deuxième partie que le roman-photo n’est pas seulement une histoire à l’eau de rose…

 

F.D.

Ce moyen d’expression – à savoir un récit avec des photographies et des bulles – a en effet été repris et détourné de façons très diverses. L’une des productions les plus importantes fut celle du genre « érotico-pornographique » – que nous traitons dans l’exposition au sein d’une salle interdite aux moins de 18 ans. Nous montrons aussi le roman-photo satirique avec Hara-kiri et le Professeur Choron ; puis la façon dont les situationnistes se sont emparés du genre pour le détourner à des fins politiques. Enfin, la dernière partie s’intéresse à la veine « artistique » du roman-photo à partir de La Jetée, le film de Chris Marker qui, faut-il le rappeler, est sous-titré « photo-roman ».

 

M.C.C.

Il est aussi intéressant d’observer de quelle manière les détracteurs du roman-photo – intellectuels, catholiques et communistes – ont eux-mêmes eu recours à ce moyen d’expression : nous avons par exemple retrouvé une revue intitulée Famiglia Cristiana, qui raconte la vie des saints en roman-photo… alors même que l’Église dénonçait le genre comme immoral. Dans un tout autre domaine, nous donnerons à voir les décors (dont une Fiat 500 coupée en deux !) d’un spectacle de la compagnie Royal de Luxe qui raconte un tournage de roman-photo.

 

Mucem

Parmi les pièces les plus remarquables, l’exposition présente le fonds Mondadori, constitué d’originaux jamais montrés jusqu’à présent…

 

F.D.

Lorsque nous avons débuté ce projet, il était pour nous hors de question de proposer une exposition uniquement constituée de magazines sous vitrines. Cependant, le roman-photo n’ayant jamais été considéré comme un art, les matériaux originaux qui avaient servi à son élaboration (maquettes, photos, négatifs) sont aujourd’hui très rares. J’ai heureusement eu la chance de découvrir, à Milan, le fonds exceptionnel du groupe de presse Mondadori, qui a édité la revue Bolero. Un véritable trésor, constitué de centaines de négatifs de romans-photos à partir desquels nous avons pu réaliser de nouveaux tirages.

 

M.C.C.

L’existence de ce fonds est l’une des raisons d’être de cette exposition. Les images sont d’une qualité exceptionnelle par leur lumière, la qualité du noir et blanc et l’inventivité des cadrages…

 

F.D.

Il faut dire qu’à l’époque, les moyens mis à la disposition des réalisateurs étaient exceptionnels. Galvanisés par le succès, les éditeurs investissaient sans compter : on partait tourner dans des décors naturels, on utilisait les meilleures optiques, et les équipes étaient souvent aussi nombreuses que pour un film. Grâce au fonds Mondadori, nous avons la possibilité de montrer ces images avant que celles-ci ne soient détournées pour la publication. Dans l’exposition, nous mettons en miroir ces superbes images originales avec leurs versions publiées, où celles-ci sont recadrées, données dans une version synthétique, et imprimées sur du papier de mauvaise qualité. Vous verrez, le contraste est saisissant !

 

Mucem

Pourquoi un tel décalage ?

 

F.D.

Ces compositions, très riches, étaient systématiquement modifiées, recadrées pour s’adapter au support. Dans le roman-photo, l’image n’a pas vocation à être belle. Elle doit avant tout servir un récit dont la lecture se veut rapide et simple. Les traits au crayon sur les contacts retrouvés attestent de recadrages sauvages avant publication, toute information superflue disparaissant pour ne privilégier que le premier plan. L’image se concentrait sur les personnages et leurs conflits intérieurs, puisque c’est presque toujours de cela dont il est question dans le roman-photo. Au second plan, un minimum d’éléments suffisait à illustrer le contexte : un palmier pour évoquer l’Afrique, un chandelier pour un château… L’image était savamment construite pour être simple, sans hors-champ ni contrechamp. Malgré les apparences, il ne s’agissait donc pas tout à fait de cinéma. Ou alors d’un cinéma du pauvre.

 


 

 


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