• Ensemble de boîtes, Berchtesgaden, Allemagne, 19e siècle, coll. Marie Andree-Eysn, inv. n° 1510:05 © Museum am Rothenbaum (MARKK), Hamburg
    Ensemble de boîtes, Berchtesgaden, Allemagne, 19e siècle, coll. Marie Andree-Eysn, inv. n° 1510:05 © Museum am Rothenbaum (MARKK), Hamburg
  • Masque contre le "mauvais œil", Gargano, région des Pouilles, Italie, début du 19e siècle, coll. Julius Konietzko © Museum am Rothenbaum (MARKK), Hamburg
    Masque contre le "mauvais œil", Gargano, région des Pouilles, Italie, début du 19e siècle, coll. Julius Konietzko © Museum am Rothenbaum (MARKK), Hamburg

The Friends’ Room

MARKK Museum am Rothenbaum, Hamburg
Mucem, J4— Niveau 2
| From Sunday 16 October 2022 to Monday 13 February 2023

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The Mucem puts its network of partner museums in the spotlight. Further to the Archaeological Museum of Chania in Crete (hosted from October 2021 to February 2022) and the Musée National de la Marine (from April to August 2022), the Mucem's Friends' Room will welcome in the autumn 2022 a selection of a dozen objects from the European collections of the MARKK (Museum am Rothenbaum, Kulturen und Künste der Welt) in Hamburg, Germany.

Together with 12 other European museums, the MARKK and the Mucem are participating in the Taking Care project, which is part of the Europe Creative programme supported by the European Union. This project invites the partners to reflect together on the practices of museums conceived as spaces of "care", ready to critically re-read their history and to imagine other sustainable and shared possibilities.

A museum of ethnography founded in 1879, the MARKK has for several years been reflecting on the history of its collections and, in particular, on the conditions that prevailed when they were collected. The objects chosen for this presentation bear witness to this important work of re-reading.
At the beginning of the 20th century, the Hamburg Ethnographic Museum, unlike other institutions, chose to collect evidence of European material culture. The aim was to collect objects that were perceived as "exotic", coming from rural regions that were considered to be on the fringe of the profound social changes that were transforming Europe at the time. 

Beyond this romantic view, the objects presented in this exhibition are the bearers of a strong interest in so-called popular beliefs and practices, as well as of a questioning around the notion of identity. They make it possible to reveal the considerations that guided the collections, to recontextualise them and to propose a critical analysis.

Curation:
Lara Selin Ertener, , custodian of the European collections, MARKK
Émilie Girard, programmer of the “Friends’ Room”, scientific and collections director of the Mucem

Entretien avec Émilie Girard (Mucem) et Lara Selin (MARKK)

 
Mucem 

Quels liens et correspondances voyez-vous entre le Mucem et le MARKK ?

Lara Selin (L.S.)

Je pense qu’il existe un lien fort entre le MARKK et le Mucem car nos deux institutions sont en train de repenser l’idée de ce que peut être aujourd’hui un musée – en particulier un musée avec des collections ethnographiques –, et de se demander comment un musée peut interagir avec le public de manière nouvelle et significative.
Nous considérons tous deux le musée comme un forum de discussion et sommes d’ailleurs partenaires du projet de coopération européen « Taking Care », qui examine de manière critique comment les collections ethnographiques peuvent contribuer à un avenir durable. En plus de cela, le MARKK s’intéresse aux collections mondiales mais aussi européennes, et cette petite exposition propose un lien intéressant avec les sujets méditerranéens et européens du Mucem.

Émilie Girard (E.G.)

Le MARKK et le Mucem ont en effet une parenté très forte. Tous deux conservent une vaste collection ethnographique, dont la constitution s’ancre dans la fin du XIXe siècle (le MARKK est créé en 1879, tout juste un an après le musée d’ethnographie du Trocadéro !). Au tournant du XXe siècle, les collectes de terrain viennent enrichir les collections de manière importante, sur des terrains extra-européens, mais également sur des territoires plus proches, observés par les folkloristes et les ethnologues. Nos deux institutions ont aujourd’hui à cœur de relire ces collections, de porter un regard critique sur la manière dont elles ont été réunies, d’en réinterroger le contexte de production et de voir ce qu’elles permettent aujourd’hui de dire des sociétés d’alors, aussi par le biais de ce réexamen des modes de collecte.

 

M.

Sur quels critères avez-vous effectué cette sélection d’une dizaine d’objets ?

L.S.

Afin de présenter les collections européennes du MARKK, j'ai choisi des objets susceptibles de mettre en lumière différents chapitres de l’histoire de ce fonds, mais aussi de questionner ces collections selon notre regard actuel. Ces objets assez curieux vont, je l’espère, susciter l’intérêt des visiteurs. Il y a par exemple cet utérus votif en forme de boule à pointes, recueilli au Tyrol au tournant du XXe siècle, qui illustre la fascination ethnographique et populaire pour le folklore alpin dans le nord de l’Allemagne à l’époque, tout en ouvrant une réflexion sur la question du genre et des préjugés médicaux, encore d’actualité de nos jours. Citons aussi l’ensemble d’armes collecté en Macédoine par une commission de recherche scientifique appartenant à l’armée allemande pendant la Première Guerre mondiale, qui soulève des questions sur les ambitions coloniales allemandes en Europe ainsi que sur le recours à l’ethnographie en situation de guerre.

E.G.

C’est presque troublant de voir à quel point les collections du MARKK sont proches de celles que conserve le Mucem aujourd’hui en termes de typologies d’objets ! Les collections d’ex-voto du Mucem ont souvent été présentées dans différentes expositions, et on en connaît aujourd’hui la richesse. Il en va de même pour les masques ou les coiffes… Au-delà de témoigner de la richesse et du caractère parfois très étonnant des collections du MARKK, le choix opéré par Lara Selin permet de témoigner du contexte et de mettre en évidence les visées politiques ou idéologiques qui participent des entreprises de collecte des musées de l’époque. L’engagement du MARKK en la matière est un modèle, et nous avions à cœur, à travers cette exposition, de montrer ce travail ambitieux.

 

M.

Quel est l’enjeu d’un musée d’ethnographie au XXIe siècle ?

L.S.

Le MARKK, comme la plupart des musées ethnographiques en Europe, a été fondé à l’époque coloniale, et beaucoup des objets de nos collections ont des origines problématiques ou (du moins à ce jour) inconnues. Notre institution doit aujourd’hui aborder cet héritage difficile, comme le font, dans un mouvement plus large, d’autres musées, et toute la société en général. Alors que nous avons encore beaucoup de travail à faire pour décoloniser le musée, ce processus, et le nouveau regard que nous portons sur nos collections, ouvre déjà des opportunités fascinantes de réflexion critique, ainsi que de nouvelles approches multidisciplinaires qui rendent justice à la complexité des collections, et ouvrent la voie à des collaborations respectueuses avec les communautés d’origine et les diasporas. Ces nouvelles perspectives permettent également à ces institutions de contribuer aux discours d’aujourd’hui à travers les connaissances et les sources historiques contenues dans nos archives.

E.G.

Tout est dit ! L’enjeu est d’assumer l’histoire de nos institutions, d’en faire une lecture critique mais juste, de recontextualiser des pratiques, sans les nier mais pour mieux les expliquer, d’asseoir l’expertise muséale et d’ouvrir des espaces de dialogue où se rencontrent des voix plurielles.

 

 


 


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