A partir du mercredi 21 juillet 2021,

L'entrée du public (à partir de 18 ans) est soumise à la présentation d'un passe sanitaire valide (format numérique ou papier).

Toutes les infos sur le passe sanitaire

  • Victor Prouvé,  en collaboration avec Camille Martin et René Wiener, reliure pour  Salammbô de Gustave Flaubert, 1893, mosaïque de cuirs incisés, pyrogravés, dorés  et émaux cloisonnés. Musée de l’Ecole de Nancy © Nancy,  musée de l'Ecole de Nancy,  cliché  Studio Image
    Victor Prouvé, en collaboration avec Camille Martin et René Wiener, reliure pour Salammbô de Gustave Flaubert, 1893, mosaïque de cuirs incisés, pyrogravés, dorés et émaux cloisonnés. Musée de l’Ecole de Nancy © Nancy, musée de l'Ecole de Nancy, cliché Studio Image

Salammbô

Passion ! Fureur ! Éléphants !—Du roman culte à l’exposition
Mucem, J4— niveau 2
| Du mercredi 20 octobre 2021 au lundi 7 février 2022

Achetez vos billets

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. »
 
Publié en 1862, le roman de Flaubert retrace l’attraction fatale entre Salammbô, prêtresse de Tanit, et Mathô, chef des mercenaires révoltés contre l’opulente Carthage. Pour la première fois, une exposition s’empare de ce chef-d’œuvre de la littérature moderne : en convoquant littérature, peinture, sculpture, photographie, arts de la scène, cinéma, bande dessinée et archéologie, l’exposition « Salammbô. Fureur ! Passion ! Éléphants ! » nous plonge au cœur d’un tourbillon d’images et de sensations qui révèle la portée considérable de ce texte sur les arts, mais aussi son héritage dans l’histoire de la Méditerranée et son actualité.
 
Portée par la RMM (Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie) et le Mucem (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), l’exposition présente environ 250 œuvres de collections publiques et privées, ainsi que des trésors archéologiques de l’époque punique des musées du Bardo et de Carthage. Elle constitue l’élément majeur des célébrations du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert (1821, Rouen - 1880, Croisset).
 

— Commissaire général : Sylvain Amic, conservateur en chef honoraire du patrimoine, directeur de la Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie
— Commissaire associée : Myriame Morel-Deledalle, conservatrice en chef du patrimoine, Mucem
— Scénographe : (en attente)
— Partenaires : avec le soutien de Mutuelles du Soleil

Exposition coproduite par la Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie et le Mucem, avec le concours de l’Institut national du patrimoine de Tunisie.

Rouen, musée des Beaux-Arts, 30 avril - 20 septembre 2021
Tunisie, musée national du Bardo, printemps-été 2022

Entretien avec Sylvain Amic et Myriame Morel-Deledalle commissaires de l’exposition

 
Mucem (M.)

Cette exposition s’inscrit dans le cadre du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert (1821-1880). Pourquoi vous être précisément intéressés à Salammbô ? En quoi ce roman illustre-t-il l’influence qu’a exercée Flaubert sur son époque ?

 

Sylvain Amic (S.A.)

Pour présenter Salammbô, Guy de Maupassant écrit : « Est-ce là un roman ? N’est-ce point plutôt une sorte d’opéra en prose ? (…) Ce livre de géant, le plus plastiquement beau qu’il ait écrit, donne aussi l’impression d’un rêve magnifique. » Voilà ce qui nous a guidés : la puissance contagieuse de ce rêve, l’intense fascination que ce texte gorgé de sensations et d’images exerce sur les lecteurs et les créateurs. Depuis 1862, Salammbô est devenu un phénomène culturel considérable, dont la place dans les imaginaires n’a pas fini de nous étonner. Lorsque Salma Hayek danse avec un serpent pour Tarantino, elle rejoue Salammbô.

 

M.

Peinture, sculpture, musique, cinéma… L’exposition convoque tous les champs des arts et même davantage…

 

S.A.

C’est le propre d’un chef-d’œuvre que de nourrir tous les domaines de la création. Le plus extraordinaire est de suivre le passage d’un médium à l’autre, du plus sophistiqué au plus populaire, à travers toutes les couches de la société : le roman a déclenché une réaction en chaîne qui rebondit de génération en génération. Flaubert s’est comporté en véritable démiurge avec Salammbô : au prix d’un immense travail il a récréé une civilisation perdue, une galaxie de personnages, un véritable univers tissé de mille détails et de moments sublimes : c’est un trésor merveilleux dont les meilleurs talents s’emparent. Je n’ai qu’un regret : ne pas avoir pu éclairer l’exposition avec l’applique créée par les deux designers stars Garouste et Bonetti. Il n’y en a plus aucune en circulation, et les moules sont probablement détruits…
 

 

Myriame Morel-Deledalle (M.M.-D.)

N’oublions pas l’apport de l’archéologie, bien présente dans l’esprit de Flaubert, et nécessaire pour camper le décor du roman dans l’exposition : le site de Carthage au IIIe siècle avant J.-C. Dans l’exposition, toutes les formes d’art sont montrées, mais l’archéologie constitue une approche très puissante pour rentrer à l’intérieur de l’œuvre de Flaubert, comme à l’intérieur de cette civilisation phénico-punique encore mal connue.

 

M.

Quelles sont selon vous les pièces les plus remarquables au sein de l’exposition ?

 

S.A.

Le manuscrit de Flaubert lui-même, où s’inscrit sous vos yeux la phrase mémorable : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar » ! Je citerais aussi le tableau de Carl Strathmann prêté par Weimar, qui contient des pierres précieuses dans sa couche picturale… Ou encore la tapisserie de Scipion, prêtée par le Louvre, et qui mesure neuf mètres ! Mais c’est aussi la présence de certaines des plus importantes trouvailles archéologiques du site de Carthage qui est exceptionnelle, en particulier le couvercle du sarcophage de la Prêtresse ailée.

 

M.M.-D.

À propos des témoignages archéologiques, je parlerais d’abord des stèles du tophet de Carthage, prêtées par le Louvre et le musée de Carthage. Le tophet, c’est le « sanctuaire », le lieu où l’on offrait des victimes aux divinités Tanit et Baal Hammon ; Flaubert a pris le parti de dire que des enfants y étaient sacrifiés, mais cela fait débat chez les spécialistes qui considèrent que c’était plutôt un cimetière d’enfants morts-nés et qu’on y sacrifiait peut-être majoritairement des animaux à titre de substituts. Sur les stèles de marbre ou de calcaire que nous présentons, on peut voir des représentations d’animaux comme des moutons et des oiseaux mais aussi un enfant ; ce qui pourra encore alimenter les débats.
Parmi les pièces remarquables, je citerais aussi les œuvres prêtées par le musée de Carthage, comme l’exceptionnel sarcophage peint d’Arisatbaal, prêtresse de Tanit ; ainsi que les décors raffinés d’ivoire et les terres cuites, dont un somptueux guerrier punique et un masque grimaçant, qui témoignent de la spécificité des cultes puniques.

 

M.

Durant vos recherches, quelle a été la « découverte » qui vous a le plus interpellés ?

 

S.A.

Le dessinateur Philippe Druillet a passé sept ans de sa vie à convertir Salammbô en une sorte de space opera graphique sans équivalent dans l’histoire de la bande dessinée. L’irruption de cette esthétique avec la revue Métal hurlant en janvier 1980 a été un choc considérable : des films comme Mad Max, Star Wars, Le Seigneur des anneaux y font directement référence. Rencontrer l’auteur, et redécouvrir chez les collectionneurs les originaux, ces immenses planches travaillées à l’encre, à l’aérographe, à la gouache, a été un éblouissement.

 

M.M.-D.

Ma plus belle découverte, c’est le guerrier punique que nous a prêté le musée de Carthage, une pièce encore jamais montrée. Elle a été trouvée dans un sanctuaire carthaginois du IIIe ou du IIe siècle avant J.-C., elle est donc légèrement postérieure à la guerre des Mercenaires, qui est le moment historique où se situe l’action de Salammbô. Ce buste en terre cuite est d’une importance majeure, car on ne connaît pas d’autre représentation de la guerre pour cette époque, c’est donc exceptionnel pour nous de pouvoir le montrer. Le Mucem et le musée de Rouen se sont associés pour le restaurer pour cette exposition.

 

M.

Quels sont les échos de Salammbô dans notre monde contemporain ?

 

S.A.

Le regard se régénère à chaque génération, et découvre de nouvelles facettes : aujourd’hui Salammbô est comprise comme une victime du patriarcat, et la révolte des mercenaires comme un soulèvement de gilets jaunes ! Mais au-delà, Salammbô est devenu un patrimoine culturel partagé, qui réunit les deux rives de la Méditerranée. Connaissez-vous beaucoup d’héroïnes qui ont donné leur nom à une ville ? C’est pourtant le cas avec la commune de Salammbô, à Carthage. Les photographies de Douraïd Souissi, les collages de Yesmine Ben Khelil, les témoignages des écrivains tunisiens recueillis pour le catalogue illustrent cette appropriation qui a traversé la période postcoloniale ! La revue L’Histoire a titré en parlant de l’exposition : « Flaubert le Tunisien ». La boucle est bouclée…