• Anamorphoses 1869 Massilia Toy© Yves Inchierman.
    Anamorphoses 1869 Massilia Toy© Yves Inchierman.
  • Marseille St Charles, jouet SPM ,Mapou, 1950, Massilia Toys ©Yves Inchierman
    Marseille St Charles, jouet SPM ,Mapou, 1950, Massilia Toys ©Yves Inchierman
  • Le Jaguy, Modalu, 1947, Massilia Toys ©Yves Inchierman
    Le Jaguy, Modalu, 1947, Massilia Toys ©Yves Inchierman
  • Sapeurs pompiers Marseille, 1960, Massilia Toys©Yves Inchierman
    Sapeurs pompiers Marseille, 1960, Massilia Toys©Yves Inchierman

Massilia Toy

Une collection de jouets de Marseille
Mucem, fort Saint-Jean— Galerie haute des Officiers
| Du jeudi 5 décembre 2019 au dimanche 1 mars 2020

  • Près de 500 jouets créés à Marseille entre la fin du XIXe siècle et la fin des années 1970 !

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Qui se souvient qu’autrefois, Marseille fut le centre d’une véritable petite industrie du jouet ? Entre les traditionnelles savonneries, huileries ou autres minoteries, la cité phocéenne a vu s’épanouir plusieurs dizaines de fabriques de jouets, comme autant d’usines à rêves, dont les productions merveilleuses étaient destinées à garnir sapins de Noël et cours de récré : voitures de course, camions de pompier, avions, trains mécaniques, jeux optiques, dînettes, toupies, panoplies, flippers, poupées, pistolets électriques…

L’exposition « Massilia Toy » présente près de 500 jouets créés à Marseille entre la fin du XIXe siècle et la fin des années 1970. Une collection rare, réunie par deux brocanteurs passionnés, Christophe Feraud et Bruno Cirla, dans le souci de faire perdurer la mémoire de ces petits chefs-d’œuvre de l’artisanat et de l’industrie locale.

Guidée par un extraordinaire « Voyageur interplanétaire », l’exposition propose un parcours ludique à travers les différentes salles de la Galerie haute des officiers du fort Saint-Jean, à la découverte de ces jouets vintage « made in Marseille ». Afin de témoigner de la richesse de ce patrimoine oublié, elle présente aussi une sélection d’archives audiovisuelles, de catalogues et de publicités ; sans oublier la reconstitution de l’atelier d’un fabricant de jouets, ainsi que l’évocation de la vitrine d’une célèbre enseigne, qui devrait rappeler des souvenirs à bien des Marseillais !

Commissariat : Christophe Feraud et Bruno Cirla

Entretien avec Bruno Cirla et Christophe Feraud, commissaires de l’exposition

 
Mucem (M.)

Les jouets présentés dans cette exposition ont tous étés fabriqués à Marseille entre la fin du XIXe siècle et la fin des années 1970. Il y a donc eu par le passé une industrie « marseillaise » du jouet ?

 

Bruno Cirla et Christophe Feraud (B.C. & C.F.) 

Exactement. Nous avons pu dénombrer une cinquantaine de fabricants de jouets actifs à Marseille durant cette période. Les premières traces de jouet, à Marseille, datent de la fin du XIXe siècle : il s’agissait d’une production artisanale, essentiellement en bois. Le métal est arrivé plus tard, dans l’entre-deux-guerres. La grande expansion du jouet commence avec la fin de la Seconde Guerre mondiale. À Marseille, la plupart des entreprises étaient des petites structures familiales. Mai 68 a mis certaines d’entre elles en difficulté. Surtout, elles n’ont pas résisté aux mutations économiques de la fin des Trente Glorieuses, quand le marché du jouet devient un marché mondial avec l’arrivée de nouveaux concurrents (comme le Japon, Taïwan ou Hong Kong), et l’arrivée de nouveaux produits, les jouets en plastique et les jouets électroniques.

 

M.

Cette production concernait-elle un marché essentiellement local ?

 

B.C. & C.F.

Le jouet marseillais était vendu dans toute la France, et même à l’international pour certaines marques. Il y avait notamment deux ou trois entreprises qui dominaient largement le marché. La principale, c’était France Jouets. Dans les années 1960, durant la période qui précédait Noël, France Jouets pouvait employer dans son usine de La Capelette jusqu’à 500 ouvriers – et ouvrières, car cette industrie faisait énormément appel aux femmes. D’ailleurs, parmi les jouets phares de cette époque, il y avait la fameuse petite machine à coudre de la marque Ma Cousette, que l’on retrouvait absolument partout. Nous la présentons dans l’exposition, car elle devrait rappeler des souvenirs aux dames qui ont aujourd’hui plus de 60 ans !

 

M.

Comment vous est venue la passion du jouet ?

 

B.C. & C.F.

Nous sommes tous les deux brocanteurs spécialisés dans le jouet ancien. Vous savez, la frustration d’un marchand, c’est de tout vendre. Donc de brocanteurs, nous sommes devenus collectionneurs. Cela a commencé il y a une trentaine d’années : un jour, alors que nous étions en train de déballer des objets sur un Salon du jouet ancien, l’un de nos amis, Max Morganti, remarque sur notre stand une boîte de jouet sur laquelle étaient représentés Notre-Dame de la Garde et le château d’If. Il nous dit alors : « Mais elle est superbe cette boîte ! Au lieu de la vendre, vous devriez la garder : c’est l’histoire de la ville, cette boîte, c’est Marseille. » Il avait raison ! À partir de ce moment-là, nous avons cherché à rassembler toute cette production marseillaise du jouet. Peu de temps après, en 2001, nous organisions une exposition à la Maison de l’artisanat qui a rassemblé plus de 25 000 personnes.
Aujourd’hui notre collection se chiffre à près d’un millier d’objets, et celle-ci continue de grandir. Le jouet, c’est notre passion : le fait de mettre la main sur un jouet qui manque à notre collection, ça nous met toujours en émoi.

 

M.

Vous êtes même allés rechercher certains objets auprès des fabricants et de leurs descendants…

 

B.C. & C.F.

Nous chinons sur les brocantes et sur internet, mais c’est auprès des familles des fabricants que l’on a pu retrouver certains jouets, des documents, de l’outillage... Dans l’exposition, nous allons d’ailleurs montrer la reconstitution d’un atelier typique des usines de l’après-guerre. Avec des machines-outils, des établis, des tôles lithographiées, des croquis… Comme si on visitait l’atelier du fabricant pendant sa pause-déjeuner !

 

M.

Rassurez-nous : dans l’exposition, on verra des jouets… mais aussi leurs boîtes ?

 

B.C. & C.F.

Évidemment ! Nous nous sommes évertués à ne rechercher que du jouet presque neuf, et toujours avec sa boîte ! On en a rassemblé le maximum. La boîte est presque aussi importante que le jouet. En termes de rareté, notamment, mais aussi pour des raisons purement esthétiques. Parfois, les fabricants faisaient appel à des illustrateurs de grand talent, qui savaient mettre en scène le jouet de façon merveilleuse, alors que celui-ci était en réalité très basique. Il n’est donc pas rare que la boîte soit plus belle que le jouet lui-même.

 

M.

Dans l’exposition, impossible de ne pas remarquer la panoplie du « Voyageur interplanétaire » !

 

B.C. & C.F.

Impossible, en effet ! Elle a été imaginée en 1954 par Pascal Mossé, qui fut l’un des plus grands fabricants de panoplies. D’après sa fille, que nous avons rencontrée, les ventes ont décollé après la publication dans un grand magazine de l’époque d’une photo du prince Charles déguisé en Voyageur interplanétaire ! Malheureusement, cette photo est absolument introuvable aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, cette panoplie entièrement imaginée et fabriquée à Plan-de-Cuques fut le gros succès commercial des années 1950. Elle sera présentée en bonne place dans l’exposition, avec son « boîtier combinateur » et son « pistolet désintégrateur ». Mais le Voyageur interplanétaire sera aussi le fil rouge de l’exposition, comme une sorte de guide virtuel qui va mener la visite et présenter tous ces jouets de la planète Mars !

 

M.

Parmi les jouets les plus étonnants, il y a aussi le coffret du « Petit fondeur – jeu scientifique breveté dans le monde entier »…

 

B.C. & C.F.

C’est une création de Gabriel Allemand. Il s’agit d’une boîte dans laquelle se trouvaient un petit réchaud électrique, une petite casserole pour faire chauffer et fondre les barrettes de plomb, et des moules, dans lesquels les minots pouvaient couler leur plomb et ainsi avoir leurs petits soldats de plomb… Un super cadeau de Noël, n’est-ce pas ? Bon, cela a malheureusement dû causer quelques accidents !

 

M.

La plupart de ces jouets anciens ne pourraient pas être commercialisés aujourd’hui…

 

B.C. & C.F.

Ils ne correspondent plus du tout aux normes de sécurité actuelles. L’apparition de ces normes parfois contraignantes a d’ailleurs perturbé le marché. Certains petits fabricants n’avaient plus le droit de vendre leurs jouets dans les magasins. Par exemple Francis Lan (marque Joyax), qui, en 1990, fabriquait encore ses jouets selon les méthodes des années 1950, allait les vendre lui-même aux puces.