Durant la fermeture du Mucem,

la programmation se poursuit en ligne et les Jardins du fort Saint-Jean restent ouverts au public de 9h à 18h 7jours/7
autour d'une installation de l'artiste Thomas Mailaender à partir du samedi 24 avril .
  • Pavé de Mai 68, granit taillé portant une inscription en noir « 25-5-1968 », Paris, fin du XXème siècle, 10,3 cm x 8,7 x 10,2 cm, 1,745 kg. Mucem, 1977.62.122, Don Rignaud, 1977 © Mucem / Marianne Kuhn
    Pavé de Mai 68, granit taillé portant une inscription en noir « 25-5-1968 », Paris, fin du XXème siècle, 10,3 cm x 8,7 x 10,2 cm, 1,745 kg. Mucem, 1977.62.122, Don Rignaud, 1977 © Mucem / Marianne Kuhn

Les résistances de A à Z


Mucem, fort Saint-Jean— Salle des collections
| Du mercredi 24 février 2021 au lundi 24 mai 2021

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A comme « Astérix », B comme « banderole », C comme « Che Guevara », D comme « de Gaulle »… L’exposition « Les Résistances de A à Z » déploie un abécédaire rebelle en 26 lettres, composé à partir des collections du Mucem.

« On a toujours besoin d’un plus petit que soi » dit l’adage, lorsqu’il semble nécessaire de discuter certains actes ou décisions émanant des puissants et des gouvernants. Or, la mise en doute, la manifestation physique, mais aussi l’écriture, la création plastique et l’humour constituent autant de réponses à des situations vécues comme insupportables ou inenvisageables pour l’avenir immédiat.

« Résister, c’est créer, et créer, c’est résister » : c’est la philosophie de l’action qui prime sur le pessimisme et la fatalité. Et finalement, ce qui importe ici, c’est moins ce à quoi il faut résister, que les objets conçus pour résister : ils nous permettent de garder en mémoire certaines luttes passées.

De la résistance politique aux résistances écologiques et de la Révolution française aux gilets jaunes, l’inventivité des expressions de la résistance est aussi riche que les regards portés sur le monde par la société civile. C’est pourquoi cette exposition entend rendre compte des liens entre résistance et création sur plus de deux siècles, en Europe et Méditerranée.
 

—Commissaire : Mireille Jacotin, conservatrice en chef du patrimoine, responsable du pôle « Vie publique » au Mucem

Entretien avec Mireille Jacotin, commissaire de l’exposition

 
Mucem (M.)

Pourquoi le Mucem a-t-il choisi de s’intéresser au thème des résistances, pour cette nouvelle exposition sous forme d’abécédaire ?

Mireille Jacotin (M.J.)

L’année 2021 marque d’abord les soixante ans de la parution de L’Homme révolté d’Albert Camus, où celui-ci rappelait que la révolte et la résistance constituent des moments spécifiques qui participent à la solidarité d’une partie de la société marquée par des valeurs morales pérennes.

 

M.

Ce thème des résistances fait aussi largement écho à l’actualité…

M.J.

Ce projet fait en effet écho à l’irruption dans l’actualité française du mouvement des gilets jaunes. En tant que musée de société, le Mucem devait s’intéresser à ce mouvement populaire de contestation du pouvoir politique, mais aussi de contestation des savoir-faire politiques, de la légitimité de la violence et donc, plus généralement, des outils politiques.

L’acquisition en septembre 2019 du fameux santon « gilet jaune » nous a permis de faire entrer au musée une trace de ces mobilisations. Même s’il s’agit d’un objet qui n’a pas été produit par les gilets jaunes eux-mêmes, l’intégration très rapide de ce personnage par un santonnier d’Aubagne à son catalogue, au Noël 2018, souligne à quel point ce mouvement a été d’emblée perçu comme majeur dans l’actualité politique et sociale du pays.

Cette exposition est aussi l’occasion pour le Mucem de présenter au public quelques-unes de ses nouvelles acquisitions, tel l’ensemble d’objets documentant les manifestations qui se spontanément tenues à Paris le 7 janvier 2015 après les attentats de Charlie Hebdo.
Le sujet de la résistance est souvent traité comme une réaction civile en temps de guerre et d’occupation, et nous avons en France de très nombreux musées de la Résistance, qui sont des musées d’histoire de territoire. Mais il est important de rappeler que les modalités de résistance et les sujets auxquels il faut bien résister aujourd’hui concernent aussi bien la question du vivre ensemble que celles de l’environnement et de la liberté d’expression.

 

M.

Quelles sont les découvertes qui vous ont le plus étonnée lors de vos recherches sur cette exposition ?

M.J.

Je citerais tout d’abord les sérigraphies de l’Atelier populaire de mai 1968 que Georges-Henri Rivière (l’inspirateur du Mucem) a achetées jour après jour à l’École des beaux-arts de Paris pour les faire entrer dans les collections publiques nationales du musée national des Arts et Traditions populaires. Elles nous émerveillent toujours autant, et leurs slogans restent d’une actualité extraordinaire.

La redécouverte des fonds constitués auprès d’associations qui promeuvent depuis plusieurs dizaines d’années la protection de l’environnement a constitué une autre surprise, avec notamment les tracts et les objets conçus par la Surfrider Foundation, qui est l’une des premières à avoir donné l’alerte sur la pollution des océans en attribuant chaque année son Pavillon noir à des communes du littoral.

D’autres mouvements de citoyens excédés par l’incurie des pouvoirs publics ou par des décisions absurdes sont représentés dans l’exposition, comme le mouvement libanais You Stink qui s’est organisé lors de la crise des ordures à Beyrouth en 2015.

 

M.

L’exposition montre aussi que certaines figures historiques peuvent être successivement récupérées par des groupes politiques très différents…

M.J.

En effet, et c’est bien évidemment le cas avec la figure du général de Gaulle, héros de la Seconde Guerre mondiale mais vilipendé par une partie de la jeune génération de Mai 68 ; c’est aussi le cas avec la figure de Jeanne d’Arc, récupérée dans les années 1980 par les groupes politiques de l’extrême droite catholique, alors qu’elle avait été précédemment une égérie du Parti communiste qui se situait alors dans une logique d’opposition à l’atlantisme et donc au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cette nuance sur l’utilisation et la valeur des images mérite d’être rappelée auprès de notre public.

 

M.

Au sein de cette sélection, quels sont à vos yeux les objets les plus remarquables ?

M.J.

J’en citerai trois, qui relèvent d’une nature complètement différente mais qui figurent parmi les objets plus récents, conçus entre 2013 et 2017. D’abord, l’œuvre de la jeune artiste kurde Zehra Dogan : elle l’a réalisée pendant sa détention pour délit d’opinion en utilisant les matériaux qu’elle avait sous la main après avoir été privée de matériel de dessin par les autorités pénitentiaires turques.

À la lettre P, associée au « poing levé », geste antifasciste par excellence, vous trouverez une magnifique sérigraphie conçue et imprimée le 7 janvier 2015 par Dugudus, qui maîtrise parfaitement cette technique traditionnelle permettant de produire rapidement pour permettre une diffusion immédiate.

Enfin, à la lettre Z comme ZAD, j’ai une affection particulière pour les Patates mutantes qui ont été créées dans le cadre des manifestations pacifistes d’opposition à la création de l’aéroport de Notre Dame des Landes, près de Nantes ; personnages hybrides, elles sont à l’origine d’un texte-manifeste, également présenté dans l’exposition, qui se conclut en rappelant simplement que « ces Patates sont la Nature elle-même qui se défend » !