Durant la fermeture du Mucem,

la programmation se poursuit en ligne et les Jardins du fort Saint-Jean restent ouverts au public de 9h à 17h 7jours/7
autour d'une installation de l'artiste Yohanne Lamoulère.
  • Jeff Koons. Lobster, 2007-2012. mirror-polished stainless steel with transparent color coating. 57 7/8 x 37 x 18 7/8 inches ; 147 x 94 x 47,9 cm. Edition 1 from an edition of 3, plus artist’s proof. Pinault Collection © Jeff Koons, photo: Marc Domage/Courtesy Almine Rech Gallery
    Jeff Koons. Lobster, 2007-2012. mirror-polished stainless steel with transparent color coating. 57 7/8 x 37 x 18 7/8 inches ; 147 x 94 x 47,9 cm. Edition 1 from an edition of 3, plus artist’s proof. Pinault Collection © Jeff Koons, photo: Marc Domage/Courtesy Almine Rech Gallery

Jeff Koons Mucem

Œuvres de la Collection Pinault
Mucem, J4— niveau 2
| Du mercredi 5 mai 2021 au lundi 18 octobre 2021

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L’exposition « Jeff Koons Mucem. Œuvres de la Collection Pinault », conçue en étroite collaboration avec l’artiste américain, présentera à Marseille certaines de ses œuvres les plus célèbres, et explorera la relation entre ces œuvres et les objets du quotidien, photographies et documents de l’immense collection du Mucem, référence dans le domaine des arts populaires.

Artiste incontournable de la fin du XXe siècle et de ce début de XXIe siècle, Jeff Koons (né en 1955 à York, Pennsylvanie, États-Unis) puise son inspiration dans le quotidien, dans des objets banals, familiers, issus bien souvent de la culture amé¬ricaine. En réinterprétant le concept de Readymade de Marcel Duchamp, Koons interroge l’idée même d’œuvre d’art. La variété des sujets auxquels il s’intéresse, les références continuellement présentes à l’histoire de l’art ou au monde de la publicité ainsi que le large spectre des techniques auxquelles il a recours ont contribué à faire entrer son travail dans notre imaginaire collectif, en offrant un nouveau regard sur notre relation au quotidien et aux objets qui nous entourent. Portant un regard perspicace sur son temps, il n’en est pas moins amateur et curieux des productions matérielles du passé, artistiques et populaires. Cet intérêt pour l’objet usuel fait de la rencontre entre l’artiste et la collection du Mucem un terrain de jeu parfait.

Grâce au prêt exceptionnel de 19 œuvres issues de la Collection Pinault, c’est une véritable plongée dans le travail de l’artiste, jalonnée par ses œuvres phares, sculptures (comme Balloon Dog, 1994-2000, ou Lobster, 2007-2012), et peintures (comme Backyard, 2002, ou Dutch Couple, 2007) qui est proposée. Depuis les premières œuvres de la série The New, aux pièces devenues iconiques de la série Celebration en passant par les créations les plus récentes comme les séries Gazing Ball et Antiquity, l’exposition retrace la carrière de l’artiste sur les 35 dernières années, de manière chronologique, et revient sur les thèmes iconographiques, les associations visuelles et les modes d’expression qui lui sont chers. Pinault Collection se réjouit de contribuer, par ce prêt important, à la réalisation d’une exposition d’un grand musée national et cela la même année où elle ouvre au public son musée parisien de la Bourse de Commerce et présente à Venise, à Punta della Dogana, une exposition de référence consacrée à Bruce Nauman.

Mais l’originalité de l’exposition tient à la rencontre des œuvres de Koons avec les collections du Mucem. Chaque œuvre est en effet mise en relation avec un ensemble d’objets conservés par le musée pour créer une conversation tantôt formelle, tantôt symbolique ou poétique, entre les pièces majeures de Jeff Koons et les collections d’art populaire.

Pour le Mucem, l’expérience permet une relecture inédite de ses collections : Koons en revisite l’histoire, joue avec leur plasticité et leur polysémie, retourne à l’esthétique de l’objet, leur redonne parfois une forme de contemporanéité, en fait et défait le sens dans un parcours libre et spontané.

Les objets choisis au sein des collections sont issus d’un long et minutieux travail dans les réserves du Mucem. Jeff Koons a ainsi exploré l’ensemble des fonds pour sélectionner objets de la vie quotidienne, chefs d’œuvres d’art populaire, documents et photographies rendant hommage à la variété des collections. Le choix final, portant sur plus de 300 pièces, a été nourri d’échanges sur le sens des objets, leur usage, leur forme, afin d’inviter le visiteur de cette exposition à une promenade contemplative où le beau surgit de l’objet de peu et de sa mise en résonance avec le regard de l’artiste.

Servie par une scénographie originale éloignée des modes de présentation habituelles de l’art contemporain, l’exposition propose une manière inédite de montrer le travail de Jeff Koons, à travers les liens tissés avec les collections du Mucem.
« Jeff Koons Mucem » débute avec New Hoover Convertible, New Shelton Wet/Dry 10 Gallon Doubledecker (1981), œuvre emblématique de la série The New : un aspirateur est ainsi exposé dans une boite en plexiglass face à une des unités écologiques que conserve le Mucem, un dispositif muséographique historique phare de l’ancien musée des arts et traditions populaires. Le parcours se termine avec le monumental Bluebird Planter (2010-2016) de la série Antiquity, une pièce en acier inoxydable dont le poli miroir et le revêtement coloré translucide donnent l’illusion que l’œuvre a été réalisée en gonflant un petit objet en porcelaine. L’œuvre dialogue avec une série d’objets en forme d’oiseaux, comme des appeaux, des épis de faîtage et d’autres petites pièces décoratives.

Après « Un génie sans piédestal, Picasso et les arts et traditions populaires » ou « Jean Dubuffet, un barbare en Europe », « Jeff Koons Mucem » s’inscrit dans la série des expositions du musée consacrée aux passeurs, ces grands artistes qui donnent sens aux sociétés qu’ils observent.
 

Commissaires :
Elena Geuna, commissaire d’exposition indépendante, auteure et conseillère artistique
Émilie Girard, conservatrice en chef du patrimoine, directrice scientifique et des collections du Mucem

Scénographe :
Pascal Rodriguez

 

Pinault  collection
Toutes les œuvres de Jeff Koons présentées dans cette exposition ont été prêtées par la Collection Pinault à l’exception de Bourgeois Bust – Jeff and Ilona, amicalement mise à disposition du Mucem par la Tate and National Galleries of Scotland, l’exemplaire de la Collection Pinault étant, par ailleurs, présenté à Rennes, dans le cadre de l’exposition « Au-delà de la couleur. Le noir et le blanc dans la Collection Pinault ». 

Entretien avec Elena Geuna et Émilie Girard, commissaires de l’exposition

 
Mucem (M.)

Jeff Koons au Mucem… Cela peut sembler surprenant au premier abord ! Mais cette rencontre paraît évidente, lorsque l’on sait que l’artiste et le musée partagent un même intérêt pour les arts populaires…

 

Émilie Girard (Em.G.) 

Lorsque le président du Mucem, Jean-François Chougnet, m’a dit vouloir inviter Jeff Koons, j’ai été très enthousiaste. Dans l’entreprise de relecture des collections dans laquelle nous nous sommes lancés depuis plusieurs années, le travail avec Koons était un terrain de jeu rêvé ! L’artiste s’est toujours intéressé à la culture populaire américaine, nous étions donc curieux de voir comment il allait réagir face à la collection d’art populaire du Mucem.
Lors de sa première venue à Marseille et de sa découverte des réserves et des collections en février 2019, nous avons passé de longues heures à nous imprégner de la variété des fonds, à ouvrir des tiroirs, à explorer la base de données avant de retourner voir des objets… Cette première rencontre entre Jeff Koons et la collection a déjà été une expérience en soi. Elle a donné le ton de ce qu’allait être la conception de cette exposition : une redécouverte des collections sous l’œil d’un artiste qui aime profondément les objets, leur plasticité, leur esthétique et les histoires qu’ils racontent.

 

Elena Geuna (El.G.)

Cela a été une expérience incroyable ; c’était merveilleux d’observer en détail l’extraordinaire collection du Mucem et d’en découvrir les résonances avec l’œuvre de Jeff Koons. Chaque image, chaque objet, tout ce que l’on trouve dans la collection est profondément lié aux personnes – aux individus – et aux communautés auxquelles ils appartenaient. Dans son travail, Jeff Koons explore l’objet, l’observation du quotidien et son expérience, ce qui rejoint l’esprit du Mucem.
L’exposition s’ouvre avec l’œuvre New Hoover Convertible, New Shelton Wet/Dry 10 Gallon Double-decker, un aspirateur présenté dans un boîtier en acrylique et éclairé par des lumières fluorescentes. Il s’agit d’un objet du quotidien dépouillé de sa fonction, de sa destination première. En parallèle, les objets du Mucem sont intimement liés à nos vies quotidiennes et sont montrés dans leur intégrité, ce qui permet au spectateur de les confronter.

 

M.

Pouvez-vous nous raconter comment ce projet a pris forme ? Et comment se sont déroulées les différentes visites de Jeff Koons au musée ?

 

El.G.

Cet ambitieux projet est né d’une conversation entre Jean-Jacques Aillagon et Jean-François Chougnet, qui a donné lieu à une aimable invitation adressée par le Mucem à Jeff Koons, convié à Marseille pour découvrir le musée et ses immenses réserves. Quand Jeff a exploré les collections du Mucem pour la première fois, sa curiosité sans bornes a été piquée. Les réserves du musée sont un vaste labyrinthe d’objets, de documents, d’œuvres d’art et de trésors extraordinaires que Koons a trouvé fascinant. Cette déambulation dans les réserves était pour lui une occasion unique d’interagir avec une grande variété d’objets de la vie quotidienne.
Après ce premier voyage à Marseille, plusieurs autres visites se sont succédé, physiques comme virtuelles ; et avec l’aide précieuse d’Émilie Girard, nous avons pu examiner les collections pièce par pièce, puis finaliser la sélection. C’était une expérience très excitante et stimulante, pour l’artiste comme pour moi.

 

Em.G.

Le Mucem a eu de nombreux échanges avec Jeff Koons : nous lui avons d’abord proposé des choix d’objets issus de nos collections pour chacune de ses œuvres, puis ces choix se sont affinés en fonction des pistes et des nouvelles idées qu’il lançait. Certaines associations sont nées naturellement pourrait-on dire, comme la présentation de l’intérieur breton à côté du New Hoover : nous lui avons très vite proposé qu’une unité écologique, cet espace domestique « sous cloche », puisse venir faire écho à son aspirateur sous vitrine. Il y avait un rapprochement méthodologique intéressant à faire : montrer comment l’artiste et le muséologue travaillent en « prélevant » le quotidien.
Ce qui a vraiment fait avancer les choses, et ce qui a été la marque de fabrique de la conception de cette exposition, ce sont les périodes où Jeff Koons est venu à Marseille et a passé du temps en réserves, devant les objets. On partait d’une idée, on allait voir les objets auxquels nous pensions, on faisait des simulations de présentation… et parfois, Jeff Koons découvrait une autre série d’objets, presque par hasard, au détour d’une allée, et ainsi naissait une nouvelle idée qu’on retravaillait jusqu’à la sélection finale. C’était un travail très minutieux. Rien n’a jamais été bâclé ou décidé à la va-vite. Tout est très pensé dans cette exposition.
Nous avons avancé de proche en proche pour finalement construire quelque chose de très cohérent qui revisite l’histoire des collections, la manière dont elles ont été collectées, leur usage ou leur caractère documentaire, leur sens et les détournements de sens possibles, leur esthétique…
Les phases de travail autour de la scénographie ont également permis d’affiner les choix d’objets, car la mise en espace des œuvres de Koons et des collections du Mucem permettait de consolider nos intuitions ou au contraire de les infirmer. Le scénographe Pascal Rodriguez a d’ailleurs été très impliqué dans la conception du contenu de l’exposition. Chaque salle a sa propre ambiance et raconte quelque chose de différent.

 

M.

De quelle manière les vingt œuvres de la Pinault Collection entrent-elles en correspondance avec les objets de la collection du Mucem ?

 

El.G.

Cette exposition a pu devenir réalité grâce à la générosité extraordinaire de la Pinault Collection qui a soutenu le projet depuis le début en acceptant de prêter ses œuvres de Koons.
Le dialogue qui se noue entre les sculptures et peintures de Koons et la variété des objets des collections du Mucem permet d’enrichir l’expérience des visiteurs, les invitant, salle après salle, à une redécouverte spontanée du quotidien. Différents types de résonances sont proposés au visiteur : la rencontre entre Jeff Koons et les collections du Mucem génère des associations formelles, symboliques, ou poétiques, explorant de nouvelles significations et interprétations des œuvres exposées et favorisant un dialogue ouvert.
Par exemple, lorsque nous entrons dans la salle où est présentée l’œuvre Travel Bar, un moulage en acier inoxydable d’un bar portatif, nous sommes confrontés à un certain nombre de tasses en céramique et de récipients en verre exposés sur une vitrine circulaire. Ce choix traduit l’intérêt de Koons pour les objets du quotidien, mais aussi le sentiment d’auto-représentation généré par ses œuvres. Le dialogue suggéré par Travel Bar en tant que sculpture et sa fonction « originale » de bar portatif amplifie la signification de l’œuvre et la relie à d’autres images relatives au transport, comme les tasses avec une poignée qui peuvent être transportées.

 

Em.G.

Jeff Koons a plusieurs fois répété pendant le travail de conception de l’exposition qu’il ne fallait pas trop expliquer la nature de ces rapprochements, mais que chaque visiteur devait pouvoir lui-même se créer son propre parcours et son propre sens dans l’exposition. C’est ce qui a guidé notre choix de ne pas faire de texte de salle, mais de seulement éclairer le parcours par les cartels et des citations inédites de Jeff Koons, émaillant la visite comme autant d’indices. Les rapprochements sont tantôt formels, tantôt contextuels, tantôt poétiques ou encore ludiques… Il y a une grande liberté dans la manière qu’a eue l’artiste de s’approprier la collection du Mucem, de la faire parler, discuter avec ses propres œuvres. L’exposition s’appuie sur la plasticité et la polysémie des objets et gomme la différenciation entre les catégories, entre art savant et art populaire. C’est un parcours libre et très ouvert.

 

 

 


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