• Tampon-encreur, modèle Trodat printy, Paris, entre 1989-2013, matière plastique, encre noire, 9 x 8,7 x 3,8 cm. Don des Balayeuses archivistiques LGBT.  Mucem, 2018.75.156 © Mucem / Marianne Kuhn
    Tampon-encreur, modèle Trodat printy, Paris, entre 1989-2013, matière plastique, encre noire, 9 x 8,7 x 3,8 cm. Don des Balayeuses archivistiques LGBT. Mucem, 2018.75.156 © Mucem / Marianne Kuhn

Je signe donc je suis

Un abécédaire des métiers d’art
Mucem, fort Saint-Jean— Salle des collections
| Du mercredi 20 octobre 2021 au lundi 25 avril 2022

  • Un abécédaire des métiers d’art en 26 lettres !

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A comme « artiste-dessinateur en cheveux », B comme « brodeur », C comme « céramiste », D comme « décorateur d’enseignes »… L’exposition « Je signe donc je suis » déploie un abécédaire des métiers d’art en 26 lettres, composé à partir d’objets signés des collections du Mucem.
 
Loin des séries anonymes et standardisées, les objets d’art populaire présentés dans cette exposition arborent tous la signature de leur auteur, signe d’authenticité et d’unicité d’une œuvre. Signer, c’est signifier un statut social et artistique. Que l’on soit ferronnier, santonnier, pastelliste, ou graffeur.
 
On verra qu’ici, l’utile est beau et bien réalisé : une terrine, un éventail, un coffre… On constatera la minutie du travail manuel d’un horloger, la patience des brodeuses travaillant durant des centaines d’heures à leur ouvrage, la qualité des matériaux constituant une vielle à roue.
Le savoir-faire se distingue par la maîtrise d’un répertoire de formes et de techniques à la suite de l’apprentissage au sein d’un atelier, d’un corps de métier, ou d’une corporation d’artisans. La diversité des matériaux employés est elle aussi mise à l’honneur, des matières les plus courantes aux plus insolites ou précieuses : terre, zinc, or, ou même… cheveux.

Cette exposition fait sortir de l’anonymat des femmes et hommes du XVIIe siècle à nos jours : la potière Marie Talbot, le fabricant de souvenirs en cheveux Lucien Corné, le brodeur Antoine Oleyant… Au-delà de leurs créations, elle donne à voir leurs portraits et leurs archives. Elle témoigne de leur apprentissage ainsi que de leur démarche créatrice et innovante ; certains travaillant de manière isolée, d’autres appartenant à des lignées d’artisans ou pratiquant au sein d’ateliers.

L’abécédaire « Je signe donc je suis » est un appel à regarder les formes et les matières à travers les productions et les expressions artistiques les plus diverses. Les riches collections d’art populaire du musée sont convoquées pour valoriser les métiers d’art et les savoir-faire qui embellissent notre quotidien. Loin de la hiérarchie des genres, elle interroge la nature de l’artiste-artisan.
 

—Commissaire : Marie-Charlotte Calafat, conservatrice du patrimoine, responsable du département des collections et des ressources documentaires au Mucem

Entretien avec Marie-Charlotte Calafat, commissaire de l’exposition

 
Mucem (M.)

« Je signe donc je suis » s’intéresse davantage aux objets signés qu’au thème de la signature en elle-même ?

 

Marie-Charlotte Calafat (M.C.C.)

En effet, à travers les objets signés, cet abécédaire répond à la volonté de montrer la beauté des objets d’art populaire, et de remettre en valeur leurs auteurs. C’est le lien entre l’objet et la signature qui est intéressant : pourquoi tel objet est signé et pas tel autre ? qu’est-ce que signer un objet veut dire pour son créateur ? et pour son acquéreur ? Cette question se pose en particulier à l’époque de la production industrielle…
Cet abécédaire est aussi celui des métiers d’art et des savoir-faire. Les œuvres présentées, toutes signées donc, traduisent également la maîtrise de gestes et de techniques, dans une quête esthétique et fonctionnelle. Les objets produits par ces artisans sont la somme de leurs expériences, le fruit de leur patience et leur habileté. Certaines entrées peuvent sembler curieuses ou désuètes : « jougtier », « navetier », « querneur », « rusquier », « waretier »… D’autres nous sont encore familières : « menuisier », « santonnier », « orfèvre ». Les objets choisis sont une incitation à découvrir cet univers de l’artisanat, des matières transformées et magnifiées par les outils et les tours de main des artisans.

 

M.

 Quelles sont les découvertes qui vous ont le plus étonnée lors de vos recherches sur cette exposition ?

 

M.C.C.

Le sujet de la signature dans les arts populaires n’a été que peu abordé et étudié. Sans doute, une des explications réside dans l’affirmation du caractère collectif et anonyme de cet art qui ne laisse que peu de place à l’individu. Ce manque d’intérêt se traduit encore aujourd’hui dans la base de données des collections. L’auteur, alors même qu’il s’est attaché à affirmer sa création par une inscription ou une signature sur l’objet réalisé, n’est pas toujours retranscrit. Cet abécédaire est donc l’occasion de travailler sur ces auteurs « oubliés », de les relier aux objets produits et de réunir la documentation pouvant permettre de les étudier sur le plan social, économique, artistique et historique. Les découvertes ont donc été le fruit d’une recherche patiente, en réserves, face aux œuvres pour les regarder, les retourner et chercher les inscriptions, marques ou signatures… J’ai d’ailleurs été étonnée de constater le nombre d’œuvres dans les collections du Mucem qui sont signées !
 

 

M.

Au sein de cette sélection, quelles sont les signatures (et les objets) les plus remarquables ?

 

M.C.C.

De toutes les personnes qui vont être évoquées dans cet abécédaire, la plus remarquable et la plus connue est certainement Marie Talbot, dont l’œuvre a été collectionnée et appréciée par les artistes et marchands du XXe siècle, de Pablo Picasso à Charles Ratton par exemple. Encore aujourd’hui, le site de La Borne est au cœur de la création contemporaine de céramique. Marie Talbot, née Jeanne Brûlé à Henrichemont en 1814, est spécialiste de la production de grès et appartient à une famille de potiers. La Vierge présentée dans l’exposition est une belle femme d’allure populaire, avec son drapé décoré de motifs finement travaillés, et l’artiste précise qu’elle l’a faite à l’âge de 23 ans ! J’ai également été touchée par une tuile avec l’inscription : « Le 29 juin 1896, Georges Fontaine fait la tuile à 5 ans et demi », ce qui témoigne de l’apprentissage du savoir-faire, ici dès le plus jeune âge.