• Endless Portraits
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  • Endlesse portraits © Julie Cohen, Mucem
    Endlesse portraits © Julie Cohen, Mucem

Endless Portraits

Série de vidéographies aléatoires
Mucem, J4— Hall
| Du mercredi 22 décembre 2021 au lundi 21 mars 2022

  • Entre photographie et film, cette série d’un nouveau genre explore la dilatation du temps vidéographique

Présentée dans le hall du bâtiment J4, l’exposition « Endless Portraits » est constituée d'une sélection de seize portraits en mouvement réalisés par l’artiste Nicolas Clauss. 
Entre photographie et film, cette série d’un nouveau genre explore la dilatation du temps vidéographique. Ces portraits n’ont ni début ni fin et rejouent à l’infini, par l'utilisation du hasard algorithmique, les quelques secondes de film dont ils sont constitués. Le frémissement aléatoire de l’image et la permanence des regards qui nous fixent installent le trouble et convoquent le lien qui relie les individus.

Depuis 2000, l’artiste plasticien Nicolas Clauss poursuit son travail de peinture à travers la vidéo et la programmation. Ses installations et tableaux sont des œuvres non-figées, en « ré-écriture » constante.
Dans une forme d’anthropologie visuelle et chorégraphique, sa démarche sonde la figure et la réalité humaine en inventant d'autres modes d'exploration de l'image en mouvement.
 

Production : Olivia Sappey / bOssa

Entretien avec Nicolas Clauss

 
Mucem (M.)

Vos portraits « sans fin » sont aussi des portraits « en vie » ?

 

Nicolas Clauss (N.C.) 

Ce qui m’intéresse, ce sont les regards. L’humanité. Il est vrai qu’avec cette série de portraits, le spectateur se retrouve en situation de regarder quelqu’un dans les yeux. C’est ça qui m’intéresse. L’intensité des regards, la proximité, l’intimité. On se met à regarder intensément ce portrait qui nous regarde, comme on peut le faire avec nos proches, avec les gens que l’on aime.
Ces portraits sont faits de quelques secondes d’image vidéo, mais ces images ont un comportement semi autonome. Elles fonctionnent selon des règles que j’écris informatiquement. Une écriture algorithmique qui intègre le hasard. Contrairement à une photo, ces portraits sont en mouvement, mais ce mouvement est non linéaire, c’est à dire que ce n’est pas une boucle qui se répète. Les portraits se meuvent d’une telle façon qu’ils donnent l’illusion du vivant. Ils nous regardent avec une vraie intensité, mais une intensité figée, ce qui rend l’expérience assez troublante. 

 

M.

Vous présentez seize portraits au Mucem. Qui sont vos sujets ? 

 

N.C.

Pour cette exposition, j’ai choisi 16 portraits réalisés depuis 2014 à Marseille, New York, Brazzaville, Pékin... C’est une sélection tout à fait subjective, dans laquelle on retrouve des anonymes et des personnes qui le sont un peu moins. Pour chacune de ces œuvres, le titre se présente de la même manière : « prénom, ville, année ». Ainsi, le public ne sait pas toujours qui peut être connu et qui ne l’est pas, et par exemple si le « Philippe » sur le portrait, c’est bien Philippe Katerine ou pas. Tous sont filmés de la même façon. Il n’y a aucune mise en scène, je travaille toujours dans la rue, comme ça me vient. La seule consigne, c’est de regarder l’objectif et ne pas sourire, car c’est la neutralité qui m’intéresse. Je filme assez longtemps, mais je ne garde que trois ou quatre secondes qui se rejouent à l’infini de manière aléatoire. 

 

M.

Comment êtes-vous passé de la peinture à l’art du « portrait en mouvement » ? 

 

N.C.

J’ai fait de la peinture pendant une quinzaine d’années, j’ai arrêté en 2000. J’avais 30 ans. Et le sentiment d’être arrivé à une impasse, la peinture m’intéressait de moins en moins. Je me suis donc posé la question du médium que je pouvais utiliser, et j’ai eu l’intuition de l’ordinateur. J’ai appris à faire de la programmation et pendant dix ans j’ai fait des œuvres interactives sur internet. De cette manière, j’ai pu inventer des formes qui n’appartenaient qu’à moi. Inventer quelque chose qui n’existait pas. Dans la peinture, j’avais l’impression que tout avait été fait, mais ce nouveau médium m’a permis d’aller dans des territoires encore inexplorés. Et puis au bout de dix ans, j’ai commencé à travailler exclusivement la vidéo avec des formes « génératives », c’est-à-dire des formes ayant une relative autonomie. Le paradoxe, c’est que lorsque j’étais peintre, je ne peignais pas d’œuvre figurative, mais les technologies m’ont permis d’aller vers le figuratif !