• L’ancienne reine divinisée Ahmès Néfertari, Deir el-Médina, Égypte, 13e siècle av. J.-C. Bois de karité peint. Musée du Louvre, Paris © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Decamps
    L’ancienne reine divinisée Ahmès Néfertari, Deir el-Médina, Égypte, 13e siècle av. J.-C. Bois de karité peint. Musée du Louvre, Paris © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Decamps

Pharaons Superstars


Mucem, J4— niveau 2
| From mercredi 29 avril 2020 to lundi 17 août 2020

  • L’exposition raconte comment quelques rois et reines de l’Égypte ancienne sont devenus, de nos jours, des icônes internationales

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Khéops, Néfertiti, Toutankhamon, Ramsès et Cléopâtre sont des noms qui nous sont familiers, des milliers d’années après la mort des souverains qui les ont portés. Mais qui se souvient aujourd’hui de Téti, des Sésostris ou de Nectanebo ?
L’exposition « Pharaons superstars » raconte comment quelques rois et reines de l’Égypte ancienne sont devenus, de nos jours, des icônes internationales, tandis que d’autres, qui ont connu leur heure de gloire dans l’Antiquité, sont presque tombés dans l’oubli.

Entre histoire et légende, ce parcours sur 5 000 ans mène le visiteur à la découverte des exploits et surtout de la notoriété posthume de ces personnages exotiques que sont les pharaons. Ces derniers peuvent servir de parabole pour illustrer la nature et les voies de la célébrité, rappelant que la renommée est éphémère, versatile et n’a pas toujours à voir avec le mérite historique.
Des hiéroglyphes égyptiens à la musique pop en passant par les enluminures médiévales et la peinture classique, l’originalité de cette exposition est de réunir une grande variété d’œuvres d’art, de documents historiques et d’objets de consommation contemporains. Tous témoignent de la popularité des pharaons, de leur nom ou de leur image, et en disent souvent davantage sur nos sociétés contemporaines, notre imaginaire et nos aspirations.

L’exposition présente près de 300 pièces issues des fonds du Mucem et des plus grandes collections françaises et européennes, dont le musée du Louvre (Paris), la Bibliothèque nationale de France (Paris), le musée d’Archéologie méditerranéenne (Marseille), le British Museum (Londres), les Musées royaux d’Art et d’Histoire (Bruxelles), le Kunsthistorisches Museum (Vienne), le Museo Egizio (Turin), le musée Calouste Gulbenkian (Lisbonne), l’Ashmolean Museum (Oxford), le musée d’Orsay (Paris), et les bibliothèques de la Ville de Marseille.

Après le Mucem à Marseille, elle sera présentée au musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne (du 29 octobre 2020 au 1er mars 2021) et au Musée de la Civilisation de Québec (du 6 mai 2021 au 6 mars 2022).


—Commissariat : Frédéric Mougenot, commissaire général, conservateur du patrimoine au Mucem et Guillemette Andreu-Lanoë, commissaire associée, directrice honoraire du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre.
—Scénographie : Emilie Delanne et Amélie Lauret, Graepheme Scénographie
—Partenaires : Roc-Eclerc Funecap, Ametis Provence Alpes Côte d’Azur
En coproduction avec la Fondation Gulbenkian de Lisbonne et le Musée de la Civilisation de Québec.

Entretien avec Frédéric Mougenot et Guillemette Andreu-Lanoë, commissaires de l’exposition

 

Mucem

(M.)

En retraçant les destins posthumes de quelques rois et reines de l’Égypte ancienne, cette exposition propose une réflexion sur la notion de célébrité. Comment vous est venue cette idée ? 

Frédéric Mougenot 

(F.M.) 

C’est en trouvant, dans les collections du Mucem, des œuvres d’art et des objets récents qui mentionnent des rois et reines d’Égypte, qu’est venue l’envie de faire une exposition sur la postérité et la célébrité des pharaons. Par exemple, une estampe du XIXe siècle figurant Sésostris parmi les prédécesseurs de Napoléon Ier, un préservatif de la marque américaine Ramses ou encore un disque de la chanson Néfertiti par France Gall. Nous voulions montrer aux visiteurs que ces souverains, morts loin de chez nous il y a des milliers d’années, sont toujours présents dans notre imaginaire. Et proposer une réflexion sur les raisons de cette longévité. Comme par ailleurs nous savions que les anciens Égyptiens conservaient la mémoire de certains de leurs rois les plus glorieux pendant plusieurs siècles voire millénaires, nous avons voulu faire le lien entre les célébrités antiques et celles d’aujourd’hui.

 

M.

La figure du pharaon possède aujourd’hui encore un très fort pouvoir d’évocation, comme en témoigne le succès international de l’exposition « Toutânkhamon »…

Guillemette Andreu-Lanoë (G.A.-L.)

Beaucoup de facteurs contribuent à cette fascination pour les pharaons. Régulièrement, le monde apprend par les médias que des découvertes archéologiques spectaculaires ont lieu en Égypte. Cette vitalité de l’archéologie maintient l’intérêt pour l’Égypte ancienne à un niveau très élevé, d’autant plus que la plupart du temps, il s’agit de la mise au jour de tombes avec des « trésors » en excellent état de conservation. Cela fait rêver, et cela dès l’enfance. Les artefacts égyptiens sont souvent dorés, colorés, avec beaucoup de formes animales qui enchantent les enfants, et cela perdure à l’âge adulte.
Le trésor de Toutânkhamon est unique par sa splendeur, son état de conservation, et la multiplicité des objets contenus, dont certains pesant des kilos d’or ! Aucune civilisation ancienne n’a livré de telles découvertes.

F.M. 

Le pharaon est d’ailleurs le roi, un monarque absolu au pouvoir théoriquement illimité et donc le maître de toutes ces richesses. Cela contribue sans doute à nous le rendre fascinant, un peu terrifiant parfois – comme le « méchant » Pharaon de l’Exode –, mais aussi très attirant. Très peu de gens doivent rêver qu’ils sont des paysans de la vallée du Nil, on préfère forcément s’imaginer en roi ou en reine.

 

M.

Bien que centrée sur les pharaons, cette exposition ne se limite pas à l’Égypte ancienne, et présente un ensemble d’objets particulièrement varié, couvrant une période de 5 000 ans…

G.A.-L.

Oui, c’est ce qui fait sa spécificité et son originalité. L’idée étant de faire connaître des pharaons importants ou sans gloire de leur vivant, et de suivre leurs destins jusqu’au XXIe siècle de notre ère, tout en exposant les raisons et les évènements qui en ont fait des « superstars » au fil des siècles ou les ont maintenus dans l’oubli collectif. Autrement dit, exposer « l’ironie de l’Histoire ».

F.M. 

Pour raconter cette très longue histoire, l’exposition mobilise successivement des antiquités égyptiennes datant des pharaons, des œuvres d’art occidentales et orientales du Moyen Âge à nos jours comme des tableaux ou des sculptures, des photographies et des films historiques, mais aussi des objets de la vie quotidienne et de la culture « pop » contemporaine. Il devrait y en avoir pour tous les goûts. Un tel regroupement au sein d’une même exposition demande une certaine ouverture d’esprit, une curiosité que l’on peut attendre au Mucem.
 

M.

Parmi les objets présentés, quels sont les plus remarquables ?

F.M.

Le visiteur ne pourra pas manquer l’énorme poing d’une statue de Ramsès II. Ce fragment colossal de plus d’un mètre de côté témoigne du gigantisme de l’art sous le règne de ce pharaon. Et cette monumentalité a largement contribué à la renommée de ce roi « superstar ».
De même, une très belle statue de Toutânkhamon avec le dieu Amon devrait ravir les visiteurs, alors même qu’elle est à moitié détruite : l’image et les noms du pharaon ont été volontairement attaqués par les anciens Égyptiens pour effacer sa mémoire – ce qui ne manque pas d’ironie quand on sait que Toutânkhamon est aujourd’hui l’un des personnages historiques les plus connus au monde.
Dans un autre genre, une très grande tapisserie de la manufacture des Gobelins, datant du XVIIe siècle, occupe une place centrale dans la deuxième partie de l’exposition. Elle illustre un épisode connu de l’affrontement entre Moïse et le roi Pharaon, qui a longtemps conditionné notre perception de l’Égypte antique.
Les visiteurs seront aussi surpris et sans doute amusés par une moto « Kéops », fabriquée et commercialisée en France en 1926. Elle témoigne de l’omniprésence des noms et des images des pharaons dans notre quotidien, et doit nous interroger sur ce que ces figures nous évoquent.

 

M.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqués durant vos recherches sur cette exposition ? 

G.A.-L

Nous avons été très heureux de l’accueil que nous ont fait nos collègues, pas seulement égyptologues : les biblistes, les arabisants, les islamologues et les historiens. Tous nous ont aidés et donné des pistes de réflexion. Ce qui veut dire que cette enquête diachronique parle aux savants, comme on espère qu’elle parlera au public !

F.M.

Ce qui nous a surpris, c’est la quantité de références que l’on finit par accumuler quand on cherche des œuvres et des objets qui parlent de la postérité des pharaons, tant dans la civilisation pharaonique que dans les sociétés postérieures. On finit par voir des Ramsès et des Néfertiti partout ! Dans la publicité, le marketing et l’art contemporain notamment, des collègues et des proches n’ont pas cessé de nous faire connaître des œuvres ou des produits égyptisants. Mais aussi dans l’art des périodes a priori moins riches en références pharaoniques, comme le Moyen Âge ou la Renaissance. Le cas du pharaon Nectanébo, par exemple, nous a amusés : alors que les égyptologues ont tendance à ne voir en lui que le dernier roi égyptien, qui a été vaincu par les Perses, il était assez connu au Moyen Âge parce qu’une légende plus tardive prétend qu’il est le véritable père d’Alexandre le Grand – tandis que de grands conquérants comme Ramsès II étaient complètement oubliés.

 

M.

Qu’est-ce que nous disent les pharaons de nos sociétés contemporaines ? 

G.A.-L

Que dès l’époque des pharaons, les monarques ont mis en œuvre beaucoup de stratagèmes destinés à leur assurer une postérité. Il y a du Louis XIV ou du Napoléon dans l’œuvre et les guerres de certaines de nos « superstars ». L’Égypte des pharaons reste un repère fédérateur pour les Égyptiens d’aujourd’hui en temps de crise. Et si, en français, l’adjectif « pharaonique », souvent employé, décrit quelque chose d’immense et de mégalomaniaque, c’est une forme d’hommage à des souverains qui ne reculaient devant rien pour exprimer leur puissance et leur soumission aux dieux.

F.M.

Notre attachement aux pharaons nous rappelle aussi que nous aimons fantasmer et imaginer un monde plus ensoleillé, plus prospère, plus agréable à vivre. Le rayonnement des pharaons et de leurs trésors nous fait confortablement oublier les conditions de vie du petit peuple… Les rois d’Égypte et leurs reines évoquent pour nous des images de jeunesse, de beauté physique, de richesse et de pouvoir individuel et incontesté, qui sont des aspirations assez communes aujourd’hui. Leur célébrité même, longtemps après leur mort, leurs monuments, qui portent encore leur nom, et leurs momies, qui nous font croire à l’éternité des corps, nous font rêver à une forme de survie après la mort, voire de victoire sur la mort, qui est finalement la grande affaire de toute l’humanité.

 

 

 

 

 


Partners and sponsors

Exposition produite par le Mucem, en partenariat avec la Fondation Calouste Gulbenkian

Fondation Calouste Gulbenkian

Avec le soutien de la Fondation Roc Eclerc et Ametis

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