Trésors du Mucem

Mai 2017

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Chaque mois, un membre de l’équipe de la conservation du Mucem est désigné pour sélectionner et travailler autour d'objets issus des collections présentés tous les dimanches à nos internautes sur la page Facebook du Mucem.

En mai, Fréderic Mougenot, Conservateur nous propose sa sélection.


Dimanche 28 mai 2017


La grande poste d'Alger, Mucem
La grande poste d'Alger, Mucem
La grande Poste d’Alger
Charles Brouty 1956
Ce petit tableau de Charles Brouty, exposé cette semaine à l'occasion de la soirée du cycle Algérie-France Visages urbains et architecture coloniale lundi 29 mai 2017, présente la grande poste d’Alger, dont l’illustrateur a su saisir la monumentale blancheur aux coupoles emblématiques. Au tournant du XXe siècle, un gouverneur libéral et orientaliste, Charles Célestin Jonnart, souhaite le rapprochement des communautés européenne et arabe au sein de la société algérienne. Cette politique se manifeste en particulier dans la cité et l’architecture, pour lesquelles il encourage la création d’un style hybride, alliant formes traditionnelles et matériaux et fonctions modernes. Ce style que l’on appelle « néo-mauresque », voire « Jonnart », se retrouve dans les constructions monumentales des années 1910 comme la grande gare d’Oran, la grande poste d’Alger… Aujourd’hui encore, cette dernière est, pour tous, un repère incontournable dans la ville, et sa fermeture récente lui permet de se consacrer entièrement à son rôle de fleuron culturel et patrimonial.
Au début des années 2000, la ville de Montpellier a décidé de consacrer un lieu à l’histoire coloniale de la France en Algérie : le projet de Musée d’histoire de la France et de l’Algérie est finalement abandonné en 2014. Il en subsiste une riche collection d’oeuvres et d’objets (de la période ottomane à 1962), tel ce tableau, qui rejoint aujourd’hui les fonds du Mucem.

Dimanche 21 mai 2017


Sac fabriqué avec des gilets de sauvetage Lesbos, Grèce, 2017, Mucem
Sac fabriqué avec des gilets de sauvetage Lesbos, Grèce, 2017, Mucem
Sac fabriqué avec des gilets de sauvetage
Lesbos, Grèce, 2017
En voie d'acquisition au Mucem
Ce sac a été fabriqué par des réfugiés syriens arrivés par mer sur l’île de Lesbos.  Il est présenté dans l'exposition Vies d'ordures, de l'économie des déchets jusqu'au 14 août 2017, dans la section "Réemploi : les artisanats textiles". La diffusion à large échelle de vêtements usagés a entraîné l’invention de nouvelles formes de réemplois textiles : cloisons de roseaux entourés de laine détricotée, tentes réalisées avec des tee-shirts, sacs intégrant des emballages et des morceaux de tissu… L'artiste Gandolfo Gabriele David a utilisé des gilets de sauvetage pour réaliser l'installation We are here/Nous sommes ici constituée de grands drapeaux qui flotteront à l'entrée du Vieux-Port, sur la tour du roi René, du 26 mai au 4 septembre 2017.

Dimanche 14 mai 2017


Jarre de Petite Kabylie, Mucem
Jarre de Petite Kabylie, Mucem
Jarre de Petite Kabylie
Jijel, Algérie, vers 1910-1960
Terre cuite peinte
2014.2.9
Cette jarre, comme l’ensemble de la poterie modelée berbère présente dans toute l’Afrique du Nord, a été fabriquée avec une terre locale, collectée à Jijel, puis modelée à la main et avec une raclette. Ce mode de fabrication autorise une grande liberté de variations dans les formes de la jarre, successivement tronconique, bombée ou convexe, avec plusieurs ruptures du profil et arêtes, une souplesse qui n’est pas possible dans la céramique montée au tour. La fabrication comme la décoration des poteries berbères est exclusivement le fait des femmes, qui suivent des traditions techniques et des répertoires décoratifs ancestraux. Leur production est destinée à un usage domestique (conservation, préparation et service des aliments) relativement éphémère étant donné la fragilité des poteries. Celle-ci est due en partie à leur mode de cuisson : les poteries sont d’abord simplement séchées à l’air libre, puis entassées et couvertes de combustible (plaques de bouse séchée et végétaux).
Cette jarre appartient à une collection constituée au fil des années par un médecin français qui travaillait à Jijel et dans ses environs et recevait régulièrement des poteries en guise de remerciement de la part des femmes qu’il avait accouchées, et un architecte urbaniste qui appréciait les qualités plastiques et esthétiques de la poterie de Kabylie. Ramenée en France lors de la décolonisation de l’Algérie, cette collection est restée longtemps dans l’appartement parisien de la famille, où elle conservait la mémoire d’une histoire de passages et d’échanges d’une rive à l’autre de la Méditerranée au cours du XXe siècle.

Dimanche 7 mai 2017


Boule à cuire le riz pour le pot-au-feu, Mucem
Boule à cuire le riz pour le pot-au-feu, Mucem
Boule à cuire le riz pour le pot-au-feu
Oise, 1re moitié XXe siècle
1941.6.4
Le pot-au-feu est sans doute l’un des plats les plus représentatifs de la cuisine populaire française. Attesté depuis le 17e ou le 18e siècle, acceptant de multiples variantes, il se compose toujours de morceaux de viande, généralement du bœuf, et de légumes qui cuisent très longtemps à feu doux dans un bouillon à l’intérieur d’une unique marmite. Parfois ce « pot » restait en permanence sur le feu de la cheminée ou de la cuisinière et l’on rallongeait le bouillon de nouveaux ingrédients à mesure que l’on y prélevait ses repas. Cette boule ajourée introduit une dose d’exotisme un peu inattendue dans ce plat réputé traditionnel : elle était utilisée pour cuire du riz dans le bouillon à l’intérieur du pot, sans le mélanger aux autres ingrédients. Le temps de cuisson du riz n'étant pas le même que le reste du pot-au-feu, on pouvait à tout moment retirer la boule au moyen d’une ficelle qui y était attachée. Le riz remplace ainsi parfois le pain comme accompagnement consistant du pot-au-feu. Répandue en Méditerranée par les Arabes et les Turcs tout au long du Moyen Âge, la culture du riz n’est officialisée en France qu’au XVIIe siècle. Cette céréale entre progressivement dans le régime des Français, jusqu’au cœur d’un plat aussi identitaire que le pot-au-feu, témoignant de l’interpénétration continue des traditions locales et des influences exotiques dans les civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.