• Er. Farnet, Carte administrative des territoires du sud, 1927 © bnf
    Er. Farnet, Carte administrative des territoires du sud, 1927 © bnf
  • Cosmographie universelle G.le Testu, le havre 1556 © Service historique de la defense dpt bibliotheque
    Cosmographie universelle G.le Testu, le havre 1556 © Service historique de la defense dpt bibliotheque
  • Argel, xviie siecle, Carte manuscrite © bnf
    Argel, xviie siecle, Carte manuscrite © bnf
  • Theodore Gudin, Attaque dalger, 29 juin 1830, 1831© rmn grand palais, chateau de versailles Gerard Blot
    Theodore Gudin, Attaque dalger, 29 juin 1830, 1831© rmn grand palais, chateau de versailles Gerard Blot
  • Jason Oddy, concrete spring, 2013, serie © courtesy jason oddy gallery vassie, amsterdam
    Jason Oddy, concrete spring, 2013, serie © courtesy jason oddy gallery vassie, amsterdam

Made in Algeria

Généalogie d’un territoire
J4 niveau 2 (800 m²) | Du mercredi 20 janvier 2016 au dimanche 8 mai 2016

L’exposition Made in Algeria, généalogie d’un territoire est le fruit d’une étroite collaboration entre l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), la Bibliothèque nationale de France (BnF) et le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem).

Il s’agit de la première exposition d’envergure consacrée à la représentation d’un territoire, l’Algérie.

Made in Algeria montre comment l’invention cartographique a accompagné la conquête de l’Algérie et sa description.

L’exposition réunit un ensemble de cartes, dessins, peintures, photographies, films et documents historiques ainsi que des œuvres d’artistes contemporains qui ont arpenté le territoire algérien. Près de 200 pièces sont présentées provenant des plus grands musées français et étrangers ainsi que des créations contemporaines inédites… Un ensemble de cartes originales, d’une qualité esthétique rare, est pour la première fois montré au public.

Made in Algeria, généalogie d’un territoire est une exposition dédiée à la cartographie et à son développement dont la conquête et l’expansion française en Algérie ont été le moteur. Au-delà de l’intérêt topographique et de la beauté esthétique des cartes présentées dans l’exposition, la nécessité de rendre compte de la généalogie de cette aventure et de la subjectivité politique qui s’y est inscrite s’imposait. L'espace blanc de la carte joua un rôle majeur quant à l'invention d'un territoire, de son orientation culturelle et du récit qui a été fait de lui. Ce dernier recouvrira longtemps la possibilité d'appréhender autrement le mode d'être et le passé des habitants de ce pays.

La guerre d’Algérie n’est pas le sujet de l’exposition. C’est ce qui s’est passé en amont de cette guerre qui est présenté. Made in Algeria, généalogie d’un territoire veut rendre compte par les images, la cartographie et les relevés de terrain, de ce long et singulier processus qu’a été, à dire vrai, l’impossible conquête de l’Algérie. Les conflits même résiduels n'y ont jamais cessé durant toute la période de la colonisation.

C'est une exposition dédiée à la représentation d’un pays et de sa terre, l’Algérie. Une tentative de mise à plat d’une aventure moderne qui a commencé il y a plus de deux siècles et dont les effets durent jusqu’à aujourd’hui : la fabrique coloniale d’un territoire.

Lorsque les Français débarquent à Sidi Ferruch en juin 1830, ils connaissent très mal le territoire de la Régence ottomane. Pour les Européens, seule compte la longue frange littorale. Ensuite, de la conquête d’Alger à la fin de la guerre contre Abd el-Kader, l’Algérie est le domaine des militaires. À mesure que l’armée d’Afrique conquiert le territoire algérien, l’imagerie ne va pas cesser de s’emparer des nombreuses expéditions façonnant une vision de ce territoire. Vision qui se développe par la suite, avec la forte symbolique des noms de lieux. Partout, et jusqu’à l’indépendance, vont se substituer aux noms autochtones des noms nouveaux donnés à des centres de colonisation ou à des villes algériennes rebaptisées. Ensuite, cette représentation se trouvera d’autres objectifs : comme le démontre Todd Shepard dans sa contribution au catalogue, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à 1962, les commentateurs vont décrire l’Algérie comme une terre d’expansion, une « frontière » censée revivifier la France. Ce pays a été durant plus d'un siècle un laboratoire majeur tant dans le domaine de l'agriculture, du tourisme, de l'architecture, des sciences et de la surveillance territoriale. Après l’indépendance, la construction de l’image du territoire algérien et d’une auto-représentation demeure un processus extrêmement complexe.

Cette exposition d'envergure inaugure une nouvelle histoire de la représentation de l’Algérie en France. Les œuvres contemporaines de l'exposition sont pour la plupart inédites. Elles sont de Louisa Babari, Mohammed Dib, Hassen Ferhani, Mostafa Goudjil, Katia Kameli, Mohamed Kouaci, Gaston Revel, Dalila Mahdjoub, Jason Oddy, Raphaëlle Paupert-Borne, Zineb Sedira, Ahmed Zir, Hellal Zoubir. Elles donnent existence à un autre récit de la conquête, elles participent d'un contrechamp, qui pourrait être celui du peuple algérien, tant la qualité du patrimoine exposé ne peut occulter la charge de ce qu’il a effacé.

Le parcours de l'exposition se décline en quatre temps :

- Vue de loin - Un territoire vu du large avant 1830
- Tracer le territoire - De la conquête à la colonisation - Après 1830
- Capter l'Algérie - De l'excès de l'imagerie à la fin de l'Algérie Française
- Au plus près -  Aperçus de l'Algérie après 1962

Porteuse de la nécessité de présenter au public un patrimoine sensible et unique qui ne peut que permettre une meilleure compréhension du présent, l'exposition a bénéficié de la générosité sans faille des responsables de collections publiques et d'un soutien moral et éthique à la hauteur des enjeux culturels, historiques et politiques d’une telle exposition. Leur concours a été décisif. Ils doivent être particulièrement cités, tant les collections exceptionnelles qu’ils détiennent sur l’Algérie ont été mises à contribution : la Bibliothèque nationale de France, le Musée national des châteaux de Versaille et de Trianon, le Service historique de la Défense à Vincennes, le Musée de l'Armée, les Archives nationales d’outre-mer et les Archives du Ministère des Affaires étrangères et du Développement international ; mais aussi le Greenwich National Maritime Museum de Londres et le musée Boucher-de-Perthes d'Abbeville, ainsi que des collections privées : le fonds de la maison d’édition Baconnier, le Centre Diocésain des Glycines à Alger, les fonds photographiques Gaston Revel, Mohammed Dib et Mohamed Kouaci.


Exposition temporaire, organisée par le MuCEM, en collaboration avec l’Institut National d’Histoire de l’Art et la Bibliothèque Nationale de France.
Commissariat général : Zahia Rahmani, responsable du domaine Arts et mondialisation à l’Institut National d’Histoire de l’Art, Jean-Yves Sarazin, Directeur du département des Cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France.
Scénographie : Cécile Degos
Le catalogue rend compte de l'histoire du territoire algérien par un ensemble de textes et d'essais inédits de Nacéra Benseddik, Hélène Blais, Daho Djerbal, François Dumasy, Nadira Laggoune, Zahia Rahmani, Jean-Yves Sarazin, Nicolas Schaub, Todd Shepard, Fouad Soufi et Sylvie Thénault.
Une collaboration exceptionnelle s’est exercée pour Made in Algeria entre trois institutions nationales : la BnF, l’INHA et le MuCEM. L'exposition a bénéficié au cours de son élaboration du soutien bienveillant des autorités de la République Algérienne Démocratique et Populaire, de son Ministère de la Culture et de l’Ambassade de France à Alger.

Vidéo

  • Bande-annonce de l'exposition « Made in Algeria, Génélogie d'un territoire »—Du 20 janvier au 8 mai 2016.


Parcours de l'exposition

1 : Vue de loin - Un territoire vu du large avant 1830

Nicolas Berlinguero, Plano y Perfil de la Ciudad, Bahia de Argel, 1775, carte manuscrite, Bibliothèque nationale de Bibliothèque nationale de France © BnF
Nicolas Berlinguero, Plano y Perfil de la Ciudad, Bahia de Argel, 1775, carte manuscrite, Bibliothèque nationale de Bibliothèque nationale de France © BnF
Argel, xviie siecle, Carte manuscrite © bnf
Argel, xviie siecle, Carte manuscrite © bnf
Reinier et Losua Ottens, Nouvelle carte du royaume d’Alger divisée en toutes ses provinces, Bibliothèque nationale de France © Société de géographie
Reinier et Losua Ottens, Nouvelle carte du royaume d’Alger divisée en toutes ses provinces, Bibliothèque nationale de France © Société de géographie
Vincent Yves Boutin, Reconnaissance générale d’Alger faite en 1808, 1808, carte manuscrite © Service historique de la Défense
Vincent Yves Boutin, Reconnaissance générale d’Alger faite en 1808, 1808, carte manuscrite © Service historique de la Défense

Salle 1 : Vue de loin

L'Algérie a connu de nombreuses civilisations. Dans l’Antiquité, l’Afrique du nord relève en grande partie du royaume de Numidie. Le territoire joue un rôle important sous l'Empire romain, puis chrétien et musulman où les populations locales connaissent l’apport de nombreuses migrations. Durant longtemps, les cartes ne désignent pas le littoral de l'Algérie comme une zone étrangère au monde européen.

Avec la chute de Grenade en 1492 et l'expulsion des maures d’Espagne vers l'Afrique du nord, une relation belliqueuse s’instaure entre les royaumes et les états d'Occident et le royaume de Tlemcen puis celui de la Régence ottomane d'Alger de 1515 à 1830. Le nom de Barbarie ou de Berberie/Berberia remplace alors les termes de Mauritanie et de Numidie qui désignent le nord du continent africain sur les cartes.

L'Algérie est bordée par un littoral de plus de 1600 km que dominent d’est en ouest les pentes de l'Atlas tellien avec ses hauts plateaux et plaines creuses, jusqu'à sa frontière naturelle, l’Atlas saharien. C’est le plus grand pays d'Afrique. L’exposition montre comment s'est effectuée sur plusieurs décennies la délimitation cartographique de ce territoire.

 

Carte manuscrite, Nicolas Berlinguero, Plano y Perfil de la Ciudad, Bahia de Argel, 1775 :

Dans le courant du XVIIIe siècle, les nations européennes, Espagne, Provinces Unies des Pays-Bas, Royaume-Uni et France, s’intéressent sous un prétexte économique aux Régences ottomanes de l’Afrique du Nord. Ce beau document manuscrit complexe, associant au plan de la baie d’Alger son profil depuis un point de vue situé au large, aurait dû être diffusé par la gravure afin que les marins s’approprient davantage le littoral et naviguent sans risque.

 

Salle 2 : Vue de loin, Vue du large

Les territoires de l’Afrique du nord ne sont pas méconnus des Européens avant 1830. Marchands et voyageurs s’y rendent et les fréquentent librement, même si l'état de captifs contre rançon perdure.

De nombreux récits comprenant des descriptions approximatives ou plus précises circulent d’autant plus facilement que le développement de l’imprimerie (inventée en 1454) favorise leur reproduction et leur diffusion.

Cependant, compte tenu du rapport conflictuel entretenu de part et d'autre, les Européens considèrent la Barbarie/Algérie et ses villes portuaires comme des zones où la circulation est risquée. La Régence menace pourtant moins la France que d'autres royaumes chrétiens.

Alger et ses fortifications subissant sièges et bombardements de 1541 à 1830, il n'est pas surprenant qu’une partie des cartes géographiques et des plans topographiques représentent le territoire et ses environs sous l'angle guerrier.

 

Carte manuscrite, Argel, lieu inconnu, XVIIe siècle :

Cette vue perspective de la baie d’Alger, ni signée, ni datée, évoque le débarquement d’un corps expéditionnaire armé au niveau de l’embouchure de l’Oued El Harrach ou de la future grande mosquée d’Alger, de nos jours complètement urbanisées. Argel est la forme espagnole d’Alger et les vaisseaux à trois mâts datent de la seconde moitié du XVIe siècle. Est-ce le souvenir du coup de force téméraire de Charles Quint qui débarqua en 1541 sur la plage du Hamma (Jardin d’Essai).

 

Salle 3 : Vue de loin, L'intérieur se précise

A partir du XVIIIe siècle, les cartes montrent une vue maîtrisée du territoire. Si les imprécisions perdurent pour décrire les terres intérieures, la frange maritime avec son trait de côte et son littoral est, en revanche, particulièrement bien appréhendée à la fin du siècle.

L’innovation cartographique dans la représentation maritime constitue un préalable à l’amélioration de la navigation civile et militaire. Les bateaux chargés de marchandises d’Alger, d’Oran, de La Calle partent en direction de tous les ports de la Méditerranée et tout naviguant ou marin sans expérience utilise ces nouveaux outils de navigation.

Pour l’intérieur des terres, Le traité de géographie du savant et aumônier anglais Thomas Shaw, paru à Oxford en 1738, marque tous les travaux ultérieurs jusqu’en 1830. De même, les notes précieuses prises par l’espion Vincent Yves Boutin en 1808, secrètement conservées par les militaires au Dépôt de la guerre, sont déterminantes au moment de l’invasion de juin 1830.

 

Nouvelle carte du royaume d’Alger divisée en toutes ses provinces, Reinier et Losua Ottens :

Au milieu du XVIIIe siècle parut à Amsterdam une nouvelle carte de l’Afrique du Nord montrant le royaume d’Alger et ses cinq provinces : Tremicen (Tlemcen), Tenez, Alger, Bougie et Constantine. Si la géographie des territoires est aussi fautive que celle de la carte du français Sanson un siècle plus tôt, les auteurs innovent en la truffant de commentaires féconds tirés des récits des voyageurs ou des traités des géographes.

 

Carte manuscrite 1808, Vincent Yves Boutin, Reconnaissance générale d’Alger faite en 1808 :

Dix ans après l’expédition d’Egypte conduite par le général Bonaparte, ce dernier devenu empereur songea à prendre pied en Algérie. Il commanda à son ministre de la Marine, Decrès, une note sur la ville d'Alger et ses alentours. Ce rapport secret fut fourni par Vincent Yves Boutin, ingénieur des mines, remarquable observateur de la géographie des lieux visités, qui de mai à juillet 1808 « flâna », le livre de Shaw en main, autour d’Alger jusqu’à Sidi Ferruch qu’il reconnut comme l’unique lieu possible de débarquement pour un corps expéditionnaire.

2 : Tracer le territoire - De la conquête à la colonisation - Après 1830

Theodore Gudin, Attaque dalger, 29 juin 1830, 1831© rmn grand palais, chateau de versailles Gerard Blot
Theodore Gudin, Attaque dalger, 29 juin 1830, 1831© rmn grand palais, chateau de versailles Gerard Blot
Adrien Dauzats, Le passage des Portes de fer, 1841, série de six aquarelles et gouaches sur papier, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot
Adrien Dauzats, Le passage des Portes de fer, 1841, série de six aquarelles et gouaches sur papier, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot
Carte des environs de Philippeville, terrain proposé pour réserve aux indigènes, vers 1840-1842, Bibliothèque nationale de France © BnF
Carte des environs de Philippeville, terrain proposé pour réserve aux indigènes, vers 1840-1842, Bibliothèque nationale de France © BnF

Salle 4 : Tracer le territoire, La prise d'Alger

Les Français se mettent à tracer, explorer, cartographier, représenter le territoire envahi dès qu’ils débarquent sur les plages de la presqu’île de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830. Cela donne lieu à de nombreuses productions : vues et plans d’Alger, cartes des environs de la ville, croquis des surfaces par les colonnes de l’Armée d’Afrique. Ce que les soldats ignorent n’est pas relevé et ce qui est détruit disparaît du relevé. Les contours blancs des cartes suggèrent des espaces vierges, des étendues illimitées.

Par sa puissance subjective, la pratique cartographique en Algérie participe dès son inauguration sur le sol algérien de l’idéologie de la conquête. L’armée compte dans ses rangs des ingénieurs topographes et de précieux dessinateurs, artistes-militaires. Le modèle de l’expédition militaire et scientifique d’Egypte (1798-1800) est encore vif. Les motivations s’entrecroisent dès les premières semaines de l’occupation d’Alger et de ses faubourgs : conquête militaire limitée à une « zone utile » et connaissances scientifiques tous azimuts iront de pair durant les premières décennies de la conquête.

 

Huile sur toile, Théodore Gudin, Attaque d’Alger par terre et par mer, 29 juin 1830, 1831 :

Gudin a peint d’après les souvenirs des assaillants et résumé en une unique image les deux faits majeurs de la capitulation d’Alger : le bombardement de la ville par les canons des vaisseaux français positionnés dans la baie dès le 1er juillet ; l’assaut terrestre des fantassins et artilleurs pour la prise du fort l’Empereur, dernier rempart protégeant la cité, le 3 juillet. Au réalisme des costumes, des armes et des tentes français, le peintre associe un décor essentiellement composé de végétaux et de quelques « villas mauresques », suivant déjà les codes de la peinture orientaliste.

 

Salle 5 : Tracer le territoire, Avancer dans le territoire

En France, les artistes et éditeurs prennent le relais des militaires et popularisent les nouvelles images de l’Algérie. Sur place, en Algérie, les ingénieurs topographes, sous la protection de la cavalerie, effectuent des levés du relief qui servent à établir les feuilles de la carte de l’Algérie au 1:200 000e et au 1:400 000e. La représentation millimétrée du territoire est née instantanément alors qu’aucun schéma de domination n’était arrêté ou ne faisait consensus.

Cartographier, conquérir, dominer, telles ont été les motivations des officiers du corps expéditionnaire français mué en Armée d’Afrique. Les blancs de la carte disparaissent au gré des reconnaissances et des relevés d'informations nécessaires à la fois au développement de la carte et à la poursuite de la conquête. Trois zones littorales seront d'abord exploitées. Au centre, Alger et ses environs. A l'Ouest, Oran et Mostaganem et à l'Est, Bougie et Constantine.

 

Salle 6 : Tracer le territoire, Occuper le territoire

Dès la conquête, les partisans d'une colonisation de peuplement européen travaille au développement de centres de colonisation. Les premiers Européens sont installés dans des camps précaires. Mais il faut attendre 1842 pour voir s’instaurer une colonisation planifiée des terres « pacifiées » sous le gouvernement de Louis-Philippe : un peuplement à grande échelle d'Européens, citoyens français en majorité.

Après les révoltes ouvrières de la révolution de 1848 et l'avènement de la Seconde République, le déplacement de populations s'accélère. La colonisation suppose un transfert de propriété des biens fonciers, ce que le gouverneur général militaire entreprend selon trois modalités : la vente des terres incorporées au domaine public ; la mise sous séquestre des biens des individus et des familles qui se sont soulevés contre l’occupation ; l’achat par expropriation des autochtones détenteurs des biens.

 

Série de six aquarelles et gouaches sur papier, Adrien Dauzats, Le passage des Portes de fer, 1841 :

Adrien Dauzats, peintre attaché à l’expédition militaire conduite par le duc d’Orléans (fils du roi Louis-Philippe) et le maréchal Valée - qui avec l’aide d’informateurs locaux, établit en octobre 1839 la liaison terrestre entre Alger et Constantine  a réalisé six aquarelles du défilé dit des Portes de Fer. Il rend compte par l'entassement monumental de murailles calcaires ciselées, de rochers superposés et de pentes abruptes, de l'héroïsme des soldats du 17e régiment d’infanterie. L’expédition, traversant le territoire des Bibans administré par Abd el-Kader, mit fin au traité de la Tafna de 1837 et raviva les hostilités avec ce dernier jusqu’à sa reddition en 1847.

 

Carte des environs de Philippeville, terrain proposé pour réserve aux indigènes, vers 1840-1842 :

Après une décennie de présence, la France décide d’organiser la colonisation des territoires par le déplacement des populations locales et de réserver les terres fécondes aux colons amenés d’Europe. Ce processus de « mise en réserve » des Algériens, sur des terres ingrates, déstructura profondément le mode de vie des populations et leurs pratiques du territoire.

 

 

3 : Capter l’Algérie - De l'excès de l'imagerie à la fin de l'Algérie Française

Vigouroux et Ph. Caillat, Alger. Projet d’une nouvelle ville dressé et présenté le 20 janvier 1858 à Son Excellence monsieur le maréchal Randon, Alger, 1858, Bibliothèque nationale de France © BnF
Vigouroux et Ph. Caillat, Alger. Projet d’une nouvelle ville dressé et présenté le 20 janvier 1858 à Son Excellence monsieur le maréchal Randon, Alger, 1858, Bibliothèque nationale de France © BnF
Jacques-Louis Randon, Carnet militaire. Voyage de Guelma à Tebessa, 1846, Institut national d'histoire de l'art - Département de la bibliothèque et de la documentation © INHA, photo Nicolas
Jacques-Louis Randon, Carnet militaire. Voyage de Guelma à Tebessa, 1846, Institut national d'histoire de l'art - Département de la bibliothèque et de la documentation © INHA, photo Nicolas

Salle 7 : Capter l'Algérie, Effacer pour contrôler

Pour construire une société nouvelle dont l'Européen devient le pilier, il faut détruire et transformer : supprimer les structures existantes, détruire les lieux d’implantation originels, remodeler l’Alger ottomane et établir une nouvelle ville portuaire. Sitôt la capitale conquise, les Français transforment immédiatement le tissu urbain sur le modèle des villes du Nouveau Monde. L’urbanisme s’inspire du damier : angle droit, rues larges, places, édifices publics, culturels et cultuels.

L’arrivée massive des colons à partir de 1842 bouleverse le mode de vie et l'économie agricole des autochtones et transforme leurs paysages. L’Algérie conquise, le gouvernement général crée en 1844 une administration destinée à encadrer les populations locales par ce qui a été improprement baptisé les « bureaux arabes ». En 1848, l'Algérie est annexée à la France et divisée en trois départements : Oran, Alger et Constantine.
 

Vigouroux et Ph. Caillat, Alger. Projet d’une nouvelle ville dressé et présenté le 20 janvier 1858 à Son Excellence monsieur le maréchal Randon, Alger, 1858 :

Le projet d’extension d’Alger perçue comme une « nouvelle ville » européenne juxtaposée à la vieille cité blanche musulmane est daté du 20 janvier 1858 et s’appuie sur la mise en service de la ligne de chemin de fer créée par le décret du 8 mars 1857. Artères larges dessinant un tissu urbain en damier, édifices publics et cultuels, nouveaux quais repoussant le rivage et deuxième extension du port, organisation de l’espace suivant des activités, lien fonctionnel entre les axes de transport et les activités économiques, espaces verts sont autant d’éléments qui illustrent ce que doit être une ville moderne desservie par le plus important port d’Afrique du Nord.

 

Salle 8 : Capter l'Algérie, La science au service de la colonisation

L’analyse scientifique du territoire commence avec le rapport de la Commission d'Afrique instaurée en 1833, qui avait pour mission de remédier aux erreurs de la conquête. La Commission d’exploration scientifique héritée des Lumières et copiée sur le modèle de l’expédition d’Egypte par Bonaparte, est fondée en 1839. Elle a pour objectif de traiter de manière dite encyclopédique de « tout » ce qui compose le territoire algérien : connaissance des reliefs, géographie, sols, sous-sols, faune, flore, peuples, langues, « confréries religieuses », présence ancienne des Romains, étendue ancienne de la christianisation. Les tenants de la colonisation en recouvrent les résultats afin de soutenir les seules origines chrétiennes de l’Algérie. S’opèrent alors une écriture et une appropriation de l’histoire, une cartographie et un quadrillage de l’espace. Une connaissance dite savante et millimétrée du territoire qui va de pair avec la dévalorisation des savoirs autochtones.

 

Carnet militaire. Voyage de Guelma à Tebessa, Jacques-Louis Randon,1846 :

Le carnet autographe du général Randon rédigé à Batna en septembre 1850 retrace le voyage qu’il effectua en mai 1846 de Guelma, qu’il quittait après trois années de résidence, à Tebessa. Il est truffé de croquis des ruines archéologiques ou des inscriptions épigraphiques observées de sites en sites ainsi que de beaux portraits d’habitants des lieux. Il écrit notamment que les sites romains sont pour certains en excellent état et qu’ils pourront servir à la construction de garnisons et du port.

 

Salle 9 : Capter l'Algérie, Traverser le Sahara

La délimitation plus ou moins précise du territoire conquis, colonisé puis administré, n’a jamais été une démarche rationnelle et continue dans le cas de l’Algérie.

La frontière avec la Régence de Fez (Maroc), donne lieu dès 1845 à un traité sous la forme d’une carte contenant les résultats de la commission de délimitation. Ce n’est pas le cas à l’Est avec la Régence de Tunis, même lorsque le protectorat français est instauré sur ce territoire en 1881. De même, le grand territoire saharien est perçu comme une étendue sans limite sur le principe de la « Frontier strip » américaine de l’avancée vers l’Ouest, un territoire difficile à délimiter. Les populations du Sud sans cesse repoussent les militaires français.

En 1899, une mission scientifique facilite la prise militaire d’In Salah. Située dans le Sahara central, à plus de 1000 km d'Alger, cette annexion ouvre la possibilité de capter les zones désertiques et l'exploration par l'administration française des territoires sahariens du Sud jusqu'au territoire du Congo. La motorisation des circulations dans le dernier tiers du XIXe siècle sera accélérée (chemin de fer, camion, avion…).

 
Salle 10 : Capter l'Algérie, La fabrique de l'Algérie

La prise de possession de l’Algérie s’est faite notamment par la cartographie de son espace. Certains géographes sont favorables à une intégration respectueuse des conditions de vie des populations originaires du territoire ; d’autres défendent le maintien de deux statuts.

Les populations dites « musulmanes » d’Algérie, ne bénéficient pas des mêmes droits civiques que les européens et sont souvent ouvriers agricoles. Très tôt, la géographie sert la propagande des gouvernements français. En 1842, le territoire algérien fait son entrée dans un atlas national puis sert l’imagerie coloniale porteuse d’un message univoque : un pays agricole, rayonnant et intemporel chargé de stéréotypes orientaux propices au tourisme.

Dans l’entre-deux-guerres les produits issus de l'Algérie française ainsi que le tourisme contribuent à la richesse nationale. Alors que la misère des populations locales s'accentue, 75 % de la production agricole et manufacturière est exportée vers l'Europe.

 
Salle 11 : Capter l’Algérie,  La fin de l’Algérie française

Les supports de diffusion véhiculent une vision schématique des Algériens qui sert le commerce et le tourisme. Mais ces représentations masquent la réalité de la vie des populations autochtones qui ont toujours été écartées de la gouvernance du territoire alors qu’elles représentent 90 % de la population.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la volonté des Algériens de s’extraire du colonialisme va les conduire à mener un combat pour leur autonomie. En 1954 commence la guerre de libération des Algériens. Un long conflit va s’engager qui mettra à mal la vie de milliers de femmes et d’hommes. Cette guerre prend fin avec le référendum qui donne l’indépendance à l’Algérie le 5 juillet 1962.

Durant toute cette période, la France tente de nouvelles politiques sociales et économiques mais elles ne pourront mettre un terme au mouvement de l’histoire qui donne accès à l’indépendance à de nombreux pays notamment en Afrique. Commence alors le long exode des populations dites européennes d’Algérie.

4 : Au plus près - Aperçus de l'Algérie après 1962

Jason Oddy, concrete spring, 2013, serie © courtesy jason oddy gallery vassie, amsterdam
Jason Oddy, concrete spring, 2013, serie © courtesy jason oddy gallery vassie, amsterdam

Salle 12 : Au plus près

L’indépendance de l’Algérie fait naître un immense mouvement de solidarité à travers le monde. Le territoire algérien est maintenu dans son intégrité, tel qu’il avait été délimité par les autorités françaises. Le pays connaît dans les années 1960 une effervescence politique rare faisant d’Alger la capitale culturelle des mouvements « tiers-mondistes » et marxistes issus des combats révolutionnaires postcoloniaux. Les grandes figures combatives du socialisme de l’époque convergent vers ce territoire. Artistes, cinéastes, architectes et écrivains affluent de tous les continents.

Dès 1962, l’Algérie s’engage dans la voie de la réforme. De grands projets autour de l’éducation, l’habitat, la santé, l’agriculture et le développement d’infrastructures sont réalisés. Le socialisme sera durant tout ce temps son vecteur politique majeur. Après différentes crises, l’économie du pays tend à se libéraliser. Selon la constitution, seuls les Algériens peuvent accéder à la propriété terrienne en Algérie.

 

Série de 14 photographies couleur, Jason Oddy :

Cette série participe d’un ensemble plus vaste de photographies, produites par Jason Oddy, des œuvres de l'architecte brésilien Oscar Niemeyer, qu'il réalisa en Algérie durant son exil en Europe  (entre 1969 et 1975). Sont montrées ici des images de l'Université Bab Ezzouar et le Complexe Olympique d'Alger,  ainsi que l'Université Mentouri de Constantine. Sans présence humaine, les sites sont comme doucement rongés et figés par le temps, alors que les éléments vernaculaires gagnent les surfaces et font petit à petit disparaître l'architecture d'origine.


Activités et événements associés

  • Enjeux et pratiques de la cartographie aux frontières des disciplines (Géographie, Histoire, Histoire de l'art et pratiques artistiques)

    Jeudi 28 janvier 2016 à 10h30

    Journée d'étude

    Journée d’études « La recherche et la cité »

     

    En partenariat avec l’INHA et le laboratoire Telemme

     

    Lieu de rencontr…

  • Carte administrative territoires 1927 © BnF

    Algérie, entre la carte et le territoire

    Du 26 février au 13 mars 2016

    Autour de l'exposition Made in Algeria, généalogie d'un territoire

    Ce temps fort propose un espace de dialogue et de réflexion autour des moments d’histoire qu’ont été la conquête puis la colonisation de l’Algérie.

    Du 26 au 28 février, a lieu un hommage…