• Musa (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Musa (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Musa train graffe (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Musa train graffe (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Jaye (c) Photo Mucem, Yves Inchierma
    Jaye (c) Photo Mucem, Yves Inchierma
  • Sos (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Sos (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Dems collection Mucem © Dems Jean Guy Solnon.
    Dems collection Mucem © Dems Jean Guy Solnon.
  • Sixe (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Sixe (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Xupet negre (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Xupet negre (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Oumena Bouassida (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Oumena Bouassida (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Ed One (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Ed One (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
  • Glub (c) Photo Mucem, Yves Inchierman
    Glub (c) Photo Mucem, Yves Inchierman

Graff en Méditerranée


Fort Saint-Jean – salle des collections | Du samedi 13 mai 2017 au lundi 8 janvier 2018

  • La collection graffiti du Mucem s'expose à Marseille

Le Mucem a constitué l’une des plus importantes collections aujourd’hui répertoriées en Europe sur les thèmes du graff et du hip-hop. Cet ensemble de près de 1 500 objets compose un étonnant assortiment de panneaux graffés, d’affiches, d’autocollants, de marqueurs, de bombes, de magazines, d’esquisses, de photographies, de vidéos… Ceux-ci ont été acquis dans le cadre de campagnes d’enquêtes-collectes réalisées en France, en Europe et au Maghreb, au plus près des lieux et des acteurs ayant accompagné la naissance et le développement du graffiti.

Découvrir l'enquête-collecte Tag et graff

L’exposition « Graff en Méditerranée », présentée au Mucem dans la salle des collections du fort Saint-Jean, confronte des pièces récemment acquises sur plusieurs scènes très actives des deux rives de la Méditerranée : Marseille, Espagne, Italie, Maroc et Tunisie. Du dessin préparatoire à la fresque urbaine grandeur nature, elle mêle les œuvres des graffeurs et les objets leur ayant appartenu, reconstituant ainsi tout le contexte de création. À travers le graffiti, elle propose une réflexion sur les pratiques culturelles urbaines en Méditerranée.

La collections de graff du Mucem est également présentées au Musée d’art contemporain (Mac) de Marseille avec l’exposition « Hip-hop : un âge d’or (1970-1995) ».


Commissariat : Claire Calogirou, chercheur associée à l’IDEMEC et commissaire d’exposition—Jean-Roch Bouiller, conservateur, chargé de l’art contemporain, Mucem
Enquêteurs ayant réalisé les enquêtes-collectes : Sophie Valiergue, Valériane Mondot, Claire Calogirou, Chaïma Ben Haj Ali, Jean-Guy Solnon, Christian Omodéo.

Entretien avec Claire Calogirou, chercheur associée à l’IDEMEC et commissaire de l’exposition

Mucem (M)

En quoi la collection graff du Mucem est-elle unique ?

Claire Calogirou (CC)

Parce qu’il s’agit d’une collection anthropologique. C’est-à-dire qu’elle ne se contente pas d’accumuler des œuvres, elle s’intéresse à l’ensemble des dimensions de ce mouvement : les outils, les techniques, les sociabilités, les questions de genres, le vêtement, les voyages, l’aspect légal/illégal… La plupart des œuvres et objets de la collection graff du Mucem ont été acquis dans le cadre d’enquêtes-collectes : nous sommes allés rencontrer des graffeurs, et chaque objet a été discuté, réfléchi, contextualisé auprès d’eux. Ces objets racontent l’histoire individuelle de leurs propriétaires - les graffeurs -, mais aussi l’histoire du graff.

M
Comment, en tant qu'ethnologue, avez-vous commencé à travailler sur le graff
 
CC

Mes travaux de recherches s’intéressent à la ville, aux pratiques culturelles et sportives dans l’espace urbain. Comment les citadins se réapproprient-ils la ville ? Comment partage-t-on la ville ? Comment la rêve-t-on ? C’est à travers ces thématiques que, à la fin des années 1990, j’ai commencé à m’intéresser à la danse hip-hop. A partir de là, j’ai vite compris qu’il fallait aller vers le DJing, le rap et le graffiti. Alors que je menais ces travaux de recherche, le Mucem m’a proposé de constituer une collection liée au graff...

M

Vous vous êtes donc immergée dans le monde du graff et du hip-hop, dont vous avez rencontré les acteurs durant plusieurs années… Pourquoi une telle démarche ?

CC

C’est la démarche de l’ethnologue ! Il s’agit d’aller sur le terrain, de mener des entretiens, et de proposer une analyse à partir de toute cette matière directement recueillie. J’ai d’abord rencontré des journalistes spécialisés qui m’ont initiée à la culture hip-hop et au graff. Puis j’ai pénétré le réseau, participé à de nombreux festivals et vernissages… J’ai ainsi rencontré de nombreux graffeurs et, progressivement, j’ai pu être « acceptée » par le milieu. Il y avait certes une forme de méfiance de leur part au début. Un certain étonnement que la « dame du musée », comme ils m’appelaient, s’intéresse à ce qu’ils faisaient : ils ont plutôt l’habitude d’être « interdits » ! Certains ont bien compris mon travail, et je me suis appuyée sur eux pour le choix des œuvres et objets à acquérir pour la collection du Mucem. Entre 2000 et 2006, nous avons ainsi mené des enquêtes-collectes dans plusieurs villes européennes, sur le thème du hip-hop, de la danse, du tag et du graff.

M

Les collections de graff du Mucem sont présentées à Marseille au sein de deux expositions, l’une au Mac et l’autre au fort Saint-Jean. Quels sont leurs propos respectifs ?

CC

Au Mac, l’exposition « Hip-hop : un âge d’or » est centrée sur l’histoire du mouvement. A travers les collections européennes du Mucem, elle raconte la naissance et le développement des différentes disciplines du hip-hop, en lien avec le contexte social et culturel de cette période.

L’exposition « Graff en Méditerranée », au fort Saint-Jean, est quant à elle consacrée aux dernières acquisitions réalisées par le Mucem en Espagne, en Italie, au Maroc et en Tunisie. On verra notamment que le graffiti est un phénomène très récent dans les pays du Maghreb, parfois en lien avec les séjours de graffeurs français d’origine maghrébine. Le graff a émergé en même temps que les Printemps arabes. Il est considéré là-bas comme une forme de contestation, ce qui est beaucoup moins le cas en Europe.

M

Vous parlez beaucoup de « graff », mais jamais de « tag ».

CC

On a tendance, en France, à faire la différence entre « tag » et « graff » : le tag serait une sorte de signature simpliste, associée à une forme de vandalisme ; alors que le graff serait le fruit d’une recherche esthétique plus élaborée. Le tag est pourtant un véritable art de la calligraphie, au même titre que le graff. La plupart des graffeurs rejettent donc cette distinction ; et dans les pays anglo-saxons, elle n’existe pas, on parle tout simplement de writing. Dans les galeries, dans le marché de l’art, il est souvent question d’« art urbain » ou de « street art »… mais ces termes ne sont jamais utilisés dans la rue !


Œuvres clés