• Rameau florifere MNHN © RMN Grand Palais photo bibliotheque MNHN
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  • Anonyme, plaque de voyante, Mucem © Mucem
    Anonyme, plaque de voyante, Mucem © Mucem
  • William Kentridge, universal archives, Twelve Coffee Pots, galerie Marian Goodman courtesy artiste Marian Goodman gallery © William Kentridge studio
    William Kentridge, universal archives, Twelve Coffee Pots, galerie Marian Goodman courtesy artiste Marian Goodman gallery © William Kentridge studio
  • Vendeur de café de par les rues, Fondation Malongo © Francois Fernandez
    Vendeur de café de par les rues, Fondation Malongo © Francois Fernandez
  • Gaston Bouzanquet, café en Egypte, musee de la Camargue © collection musee de la Camargue, PNR de Camargue, num David Huguenin
    Gaston Bouzanquet, café en Egypte, musee de la Camargue © collection musee de la Camargue, PNR de Camargue, num David Huguenin

Café In


J4 niveau 2 (800 m²) | Du mercredi 26 octobre 2016 au lundi 23 janvier 2017

 

«Le café est sans doute l’institution la plus solide de France»

Léon-Paul Fargue

Le Mucem présente, du 26 octobre 2016 au 23 janvier 2017, l’exposition Café in.

Plus de trois cents œuvres d’art, photographies, objets, gravures, dessins, ouvrages rares, correspondances, archives audiovisuelles et textes inédits illustreront sur plus de 1 000 m² l’histoire du café dans le monde.

L’imaginaire contemporain du café est tout entier enraciné, organisé autour du bien-être individuel et collectif des hommes. Les vertus de cette boisson, d’abord médicinale, puis dégustative et conviviale, l’ont finalement emporté sur toutes formes de procès, en particulier religieux. En quelques siècles, le café est certes devenu une gigantesque économie, mais il s’est surtout imposé comme un rituel anthropologique au sens le plus étymologique du terme.

Puisque Léon-Paul Fargue affirme que «Le café est sans doute l’institution la plus solide de France», comment expliquer que son objet soit si méconnu, son histoire si négligée, ses vertus si peu célébrées ? Il y a là un mystère que l’exposition Café in tente de lever, mais aussi la surprise de découvrir au sein de ladite «institution» un matériau scientifique, anthropologique, esthétique et économique que bien peu de rubiacées peuvent révéler.

De la baie à la tasse, c’est l’histoire, la géographie, l’économie, l’environnement, la consommation, la publicité et l’esthétique du café qui se mêlent et s’emmêlent dans un vaste et même univers. Il s’agit in fine de transformer le visiteur/consommateur de café en spectateur éclairé d’une histoire qu’il soupçonnait peu et dont il vient de comprendre qu’elle lui est familière.


— Commissaire général de l’exposition: Jean-Michel Djian, journaliste et écrivain
— Assistante commissariat: Manon Desplechin
— Scénographe: Jacques Sbriglio, architecte
— L’ensemble de la recherche scientifique de l’exposition est assuré par: Mireille Jacotin, commissaire adjointe au Mucem, assistée de Françoise d’Allemagne
— Exposition réalisée en coproduction avec la Fondation Malongo et en partenariat avec TechnicoFlor
— Comité scientifique: Ondine Bréaud-Holland, Alfred Conesa, Pierre Gagnaire, François Georgeon, Sylvette Larzul, Gérard-Georges Lemaire, Jean-Christophe Rufin, Michel Tuchscherer, Patrick Viveret

Cinq séquences permettront de restituer l’univers du café :

1

Une légende de l’humanité

2

Une histoire de cités

3

Une question de qualité

4

Une logique de marché

5

Une affaire de convivialité

L’ouverture de l’exposition sera célébrée par un grand week-end festif les 28, 29 et 30 octobre avec: une course de garçons de café, la visite portes ouvertes de l’exposition, la première «Université populaire du café», du cinéma au Mucem, et une création culinaire caféinée par un grand chef étoilé, une lecture et un débat à la Friche la Belle de Mai.

Pendant la durée de l’exposition, le public sera invité à découvrir «Café off», une programmation de nombreux événements culturels au Mucem et dans la ville: l’«université populaire du café» au musée et dans 12 lieux et cafés marseillais, un café chantant, une grande installation photographique sur le quai du Port et dans les cafés partenaires, des créations culinaires «Café & gourmandises» chez des commerçants de Marseille Centre et chez des restaurateurs de Tables 13, une exposition au palais de la Bourse (CCIMP), des activités pour les enfants et en famille au Mucem.

À l’occasion de l’exposition Café in, 5 livres, réunis en un coffret coédité avec Actes Sud, déclineront les principaux aspects du café.

Entretien avec le commissaire général 7 de l’exposition, Jean-Michel Djian

Mucem (M) Une exposition sur le café? La proposition est assez inattendue! Pourquoi avoir choisi d’aborder ce thème au Mucem?
 
Jean-Michel Dijan
(J-MD)
Lorsqu’on fait une exposition sur un grand artiste, comme Picasso par exemple, le public sait à peu près à quoi s’attendre. En revanche, pour le café, la situation est tout autre: ce n’est pas un objet artistique, mais patrimonial, dégustatif, médicinal. Une grande exposition sur le café n’avait encore jamais été faite en France. Ce sera donc une première: d’où vient le café? Pourquoi en boit-on? Nous tentons d’apporter des réponses en convoquant artistes, écrivains, scientifiques, fabricants… Notre ambition est un peu de provoquer le visiteur qui entre dans l’exposition en croyant y voir quelque chose de banal (il n’y a rien de plus banal que le café, n’est-ce pas?). En réalité il doit en ressortir stupéfait, avec l’idée que finalement, personne ne sait ce qu’est vraiment cette petite graine cultivée au 13e siècle en Éthiopie, là même où l’homme est né!

De plus, faire cette exposition au Mucem est légitime, car Marseille est la ville qui a accueilli au 13e siècle

la première «maison de café» en France, en face de la Bourse : sous une tente un «homme-verseur» débitait du café dans des tasses… Marseille, faut-il le rappeler, était alors un grand port de café où confluaient les importations, bien avant que Le Havre ou Bordeaux ne prennent le relais.
 
M Que montrez-vous dans cette exposition? Comment s’organise-t-elle?
 
J-MD Elle se déploie en 5 séquences, avec l’idée que pour comprendre le café, il faut commencer par en aborder les mythes et les croyances. Cette «légende de l’humanité» débute en Éthiopie et en «Arabie heureuse», où ont été découvertes les premières traces de consommation de café. Dans la première séquence, nous illustrons le culte éthiopien des «Zar» et révélons les vertus divinatoires de cette boisson: saviez-vous d’ailleurs que Victor Hugo a réalisé des peintures à partir de marc de café? Nous montrons aussi les grands hommes de l’histoire qui, de Bach à Bonaparte, étaient tous «addicts». Parmi eux, énormément d’écrivains ont nourri leur œuvre de caféine: Balzac buvait 50 tasses par jour.
 
M L’exposition fait intervenir nombre d’artistes…
 
J-MD Kentridge, Alechinsky, Arman, Daumier, Sempé… Nous avons voulu montrer la variété des supports que le café peut inspirer. Tous les domaines de l’art sont concernés, la photographie en particulier (Cartier-Bresson, Salgado, Brassaï, Reza…). Nous nous sommes aussi adressés à de grands écrivains d’aujourd’hui, à qui nous avons commandé des textes autour de leur passion pour le café: Bernardo Carvalho, Douglas Kennedy, Yves Simon, Zoé Valdès… À ma grande joie, ils ont tous accepté, et on se rend compte dans leurs écrits qu’ils sont absolument dingues de café!
 
M Dans l’exposition, ces textes sont placés en miroir à 12 «portraits de villes»…
 
J-MD Oui, c’est une idée originale du scénographe Jacques Sbriglio qui introduit cette deuxième séquence qui nous mène d’Aden à New York en passant par Marseille, Le Caire, Paris, Venise, Cuba… Douze villes qui fabriquent leur imaginaire à partir du café, transportées au Mucem à travers textes, photographies, peintures, gravures et objets. Le café a ceci de particulier qu’il est la seule boisson à déployer un imaginaire commun avec l’établissement qui lui sert de comptoir. Voilà l’ambiguïté du café: il est tout à la fois lieu et boisson. C’est sans équivalent.
 
M Il s’agit aussi de s’intéresser aux aspects scientifiques et économiques du breuvage…
 
J-MD Comment fabrique-t-on le café? Dans la troisième séquence de l’exposition, on apprend notamment que pour «accoucher» du café à partir de sa graine, il faut neuf mois, comme l’homme! La séquence suivante s’organise autour d’une mappemonde géante conçue comme un mur vidéo, pour comprendre, avec chiffres et statistiques, les enjeux économiques du café; 120 millions de personnes en vivent tout de même sur la planète! Nous illustrons également cette force de frappe publicitaire qui accompagne l’industrie du café: la collection d’affiches de la Fondation Malongo est à cet égard une mine d’informations sur la manière dont on perçoit le café au siècle dernier.
 
M Le café est aussi un espace de sociabilité et de convivialité. Comment est-ce mis en scène dans l’exposition?
 
J-MD Ce fut le plus difficile et c’est l’objet de la dernière séquence, où nous recréons un célèbre café des années 1930, L’Ami Butte. Il s’agit de restituer toute la complexité de cette pratique sociale, beaucoup plus subtile qu’on ne le croit: en effet, si Sartre allait au Flore pour se faire voir, Verlaine se rendait au Procope pour se sentir seul… Le café fait partie de la vie. Il est à l’image même de la vie. C’est l’idée force de l’exposition.
 

 


Parcours de l'exposition

Le café ... mais encore

Arman, As in the sink © RMN Grand Palais, Limoges cité de la ceramique © Adagp
Arman, As in the sink © RMN Grand Palais, Limoges cité de la ceramique © Adagp
1 Plus de 2 milliards de tasses de café sont bues chaque jour dans le monde.
2 Les premières maisons de café apparaissent en 1430 à La Mecque.
3 Au 18e siècle, les médecins anglais et allemands s’étaient emparés des qualités miraculeuses du café pour guérir la goutte ou les empoisonnements.
4 Il existe 25 millions d’exploitations de café dans le monde.
5 Tous les continents produisent du café à l’exception de l’Europe.
6 Seconde production en termes d’échanges commerciaux après le pétrole, le café représente un enjeu économique majeur pour 70 pays.
7 Une fibre textile a été créée à partir du marc de café. Ses propriétés sont stupéfiantes: contrôle des odeurs, protection contre les UV et séchage rapide.
8 Des ingénieurs australiens ont trouvé un moyen pour transformer le marc de café en matériau de construction routière.
9 Le Vietnam opère la meilleure percée sur le marché du café concernant la catégorie du robusta.
1990: 84 000 tonnes de café sont vendues.
2002: 850 000 tonnes.
10 120 millions de personnes vivent du café dans le monde.
11 La consommation mondiale de café augmente de 2,5% par an depuis 2011.
1998—2000: 6,7 millions de tonnes (111 millions de sacs).
2014: 9 millions de tonnes (150,2 millions de sacs).
2016: Elle se stabilise aujourd’hui au-dessus de 7 millions de tonnes.
12 1960: 600 000 bistrots débitent des boissons en France.
2015: 35 000 seulement sont encore en activité.

Une légende de l’humanité

Anonyme, plaque de voyante, Mucem © Mucem
Anonyme, plaque de voyante, Mucem © Mucem

Une légende enracinée dans la Corne de l’Afrique permet de découvrir les premières traces de la consommation de café en Éthiopie et en «Arabie heureuse», en illustrant le culte des Zar, et en révélant les vertus divinatoires et horticoles de cette boisson d’abord persécutée, puis sublimée par les grands hommes de l’histoire de Bach à Bonaparte.

«Je suis le roi du café (…). Le café pour attendre, le café pour se mettre hors de soi. Je dose comme un alchimiste. J’utilise les épices que le palais ne sent pas mais que le corps reconnaît.»

Laurent Gaudé, La Porte des Enfers, Actes Sud, 2008

Cette séquence accueille le visiteur par une macrophotographie en noir et blanc d’un plan de caféier et fait se confronter des références à caractère historique: textes, gravures, objets… avec l’intervention d’artistes contemporains comme Isabelle Vicherat et son installation vidéo Numen. Pour l’occasion, en complément des documents de terrain de Marcel Griaule et de Michel Leiris, la dessinatrice Emmanuelle Sainte Fare Garnot illustre avec

8 planches le culte des Zar. Pour cette séquence, le Mucem a également obtenu le prêt exceptionnel des dessins de Victor Hugo et du Traité des excitants modernes de Balzac illustré par Pierre Alechinsky.

Une histoire des cités

Izzet Keribar, Joueurs de dominos dans un café de plein air, Şanliurfa, Turquie, 1996—2003
Izzet Keribar, Joueurs de dominos dans un café de plein air, Şanliurfa, Turquie, 1996—2003

Cette séquence circulaire enveloppe en quelque sorte l’exposition en illustrant l’imaginaire anthropologique du café. D’Aden à New York en remontant par La Mecque, Le Caire, Constantinople, Venise, Marseille, Vienne, Paris, Londres, puis en s’en retournant à Sao Paulo ou à Cuba, le visiteur se laissera guider par les atmosphères des terrasses de café ou celles de ses intérieurs et enseignes, mais aussi par l’installation d’objets à proximité ou d’œuvres incrustées.

Ces 12 portraits de villes sont construits à partir de textes, de photographies, de peintures, de gravures et d’objets. Ils indiquent, d’une part, la diffusion planétaire de cette boisson et, d’autre part, les rapports que chacune de ces villes a entretenus et continue d’entretenir avec le café. Chaque tableau sera associé à un écrivain qui, en amateur de café, fera œuvre littéraire: Bernardo Carvalho, Douglas Kennedy, Claudio Magris, Yves Simon, Zoé Valdès, Abdourahman Waberi. Mais aussi à des photographes qui se sont saisis de moments de délectation: William Klein, Green Lionel, Ara Güler, Sarah Quill, Willy Ronis, Brassaï, Fernandino Scianna, Nick Price…

Dans cette séquence le visiteur se saisira de l’épopée du café en découvrant les documents laissés par les grands hommes du café: comme l’ouvrage de Prosper Alpin De plantis Aegypti liber qui rapporta du Caire la connaissance du caféier, ou le recueil de Jean de La Roque Voyage de l’Arabie heureuse par l’Océan oriental et le détroit de la mer Rouge (…) qui relate l’arrivée du café en France à Marseille.

Grâce à des prêts de documents historiques issus des fonds de la bibliothèque de l’Alcazar, de la BNF, ou par exemple de la British Library, il découvrira à travers les premiers usages du café les mœurs et les polémiques qu’il a suscitées du 15e siècle à nos jours.

Une question de qualité

Reza, Inde coorg district village de Poli Betta © Reza Webistan
Reza, Inde coorg district village de Poli Betta © Reza Webistan

— Où prennent racine les multiples variétés de café?
— Comment sont-elles traitées, sélectionnées, exploitées, distribuées?
— Qui sont les acteurs de cette chaîne mondialisée où cohabitent des planteurs, des agronomes, des torréfacteurs, des industriels et des artisans?

Cette séquence nous fera voyager, sur fond de photographies réalisées par les artistes Reza, Sebastiao Salgado et Erick Bonnier, dans l’univers de la botanique, de la génétique, de l’agronomie, mais aussi de la transformation industrielle et manuelle du café au gré de textes réalisés par les scientifiques les plus illustres comme Antoine de Jussieu, botaniste de Louis XIV, ou André Charrier, professeur émérite de Montpellier SupAgro et ancien directeur de recherche à l’IRD. Imagerie agronomique, herbier monumental réalisé à partir de feuilles de robusta ou d’arabica d’origines variées, bornes aromatiques confectionnées pour l’occasion par un parfumeur délivrant l’univers sensoriel du café de la fleur au percolateur, appareils de torréfaction, rien ne sera oublié dans cette chaîne de production qui commence par le fruit du caféier et se termine dans la tasse.

Des interviews du chef étoilé Pierre Gagnaire et de baristas confirmés nous plongeront dans l’univers contemporain du café où les vertus du grain sont sublimées.

Une logique de marché

Cafe le zanzi ccimp © collection cci marseille provence
Cafe le zanzi ccimp © collection cci marseille provence

Il s’agira, à travers une gigantesque mappemonde conçue comme un mur vidéo de plus de 180°, animé par le studio Gobi à Marseille, de comprendre les enjeux économiques du café comme seconde production mondiale après le pétrole.

Chiffres et statistiques révéleront simultanément la face méconnue du café: la concentration du marché de la torréfaction, les poids des multinationales, les conséquences des crises de surproduction, les cours parallèles du robusta et de l’arabica, l’émergence de modes nouveaux de production et de consommation plus équitables.

Grâce aux objets du café instrumentalisés par les plus grands designers tel Aldo Rossi avec La Conica, ou les artistes comme Jean Nouvel ou Louise Bourgeois, aux affiches et aux spots publicitaires les plus populaires qui ont fait la gloire des marques, sera saisi le ressort inventif du marché publicitaire.

Les pièces d’artistes contemporains qui se sont joués de cette folie économique, comme Bazile et Bustamante, amèneront une note différente.

Cette quatrième séquence replace la production du café dans le jeu d’une économie mondialisée. Sa scénographie investit l’espace de l’ellipse au sein de laquelle le visiteur est en complète immersion, entouré d’écrans sur lesquels sont présentées, en temps réel, les évolutions des cours du café à Londres et New York. En accompagnement de cette installation, des vitrines présentent les produits dérivés de cette matière première et utilisés aujourd’hui par les grands créateurs, qu’il s’agisse de vêtements ou de parfums, ainsi qu’un écran illustrant le marché publicitaire qui, depuis près d’un siècle, accompagne le café.

Une affaire de convivialité

Albert André, Les dames du café wepler, Orsay © RMN Grand Palais Adagp
Albert André, Les dames du café wepler, Orsay © RMN Grand Palais Adagp

Cette dernière séquence clôt l’exposition autour de la consommation du café comme pratique sociale ayant donné lieu à l’invention d’une typologie architecturale, le Café, en évolution constante au fil du temps, à l’image des fragments de mobilier du célèbre café de L’Ami Butte à Paris (1910—1930), désormais classé objet du patrimoine, conservé par le Mucem, et qui sera reconstitué ici pour la première fois.

Enfin, parce que le café est une source d’inspiration et de «vivre ensemble», cette séquence restitue autour de substantifs qui leur sont associés (se rencontrer, jouer, s’aimer, s’isoler, pérorer, converser, etc.) des chefs-d’œuvre et objets qui en caractérisent la réalité romanesque.

Le café est une source d’inspiration pour de nombreux artistes. Seront ainsi convoquées des pièces de Raoul Dufy qui s’amuse des scènes de jeu, d’Albert André qui peint l’émancipation des femmes, de Sophie Calle qui parlera de rencontres amoureuses l’instant d’un café, ou de Richard Baquié. Pour l’occasion Daumier, Sempé et Geluck ont été réunis avec 3 séries de dessins qui croquent les scènes qui peuvent avoir lieu dans ce théâtre de la société. Mais le café est aussi le berceau des idées politiques, ce que démontreront les photographies des congrès et des réunions politiques des grands partis. Enfin, l’exposition rendra hommage à la figure du garçon de café.

Jean-Michel Djian commissaire de l'exposition

Vendeur de café de par les rues, Fondation Malongo © Francois Fernandez
Vendeur de café de par les rues, Fondation Malongo © Francois Fernandez

Jean-Michel Djian est journaliste et producteur à France Culture. Ancien rédacteur en chef du Monde de l’éducation, il est aussi le fondateur de France Culture Papiers. Auteur d’une douzaine de documentaires et autant d’essais relatifs à la culture et à la politique, ce docteur en science politique fut, pendant vingt-cinq ans, directeur du master Coopération artistique internationale à l’université de Paris 8 et, à partir d’un ouvrage chez JC Lattès dont il est l’auteur, commissaire d’une exposition sur les manuscrits de Tombouctou pour le compte de l’Organisation internationale de la francophonie. Passionné par l’Éthiopie où il étudia Rimbaud mar- chand de café à Harar, c’est tout naturellement qu’il y découvrit l’origine de la plante du caféier.

Scénographie par Jacques Sbriglio

Jacques Sbriglio est architecte urbaniste. Il dirige l’agence Sbriglio architectes installée au cœur de la métropole Aix-Marseille. Parmi ses différents secteurs d’activité, comme l’urbanisme et l’architecture, cette agence compte également de nombreuses références en France et à l’étranger en matière de scénographie d’expositions. Parmi celles-ci on peut noter: l’Arteplage de Neuchâtel en Suisse (2002), mais également toute une série d’expositions réalisées autour de l’œuvre de Le Corbusier, que ce soit en Autriche (1998), à Taïwan (2002), en Inde (2007), au Brésil (2009), et enfin à Marseille (2013) dans le cadre de l’année Capitale de la culture. Il vient de réaliser la scénographie de l’exposition «Picasso, et les arts et traditions populaires» au Mucem (du 27 avril au 29 août 2016). Professeur des Écoles d’architecture, Jacques Sbriglio est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et conférences sur l’architecture moderne et contemporaine.

«Cette scénographie a pour objectif d’organiser un parcours historique, scientifique et ludique autour du café, devenu au fil des temps et selon la définition donnée par le commissaire de cette exposition: une légende de l’humanité.

Il s’agit donc de recréer ici une atmosphère propice à restituer l’univers du café depuis sa production jusqu’à sa consommation, et ce au fil d’un parcours montrant les enjeux historiques, poli- tiques, sociaux, culturels et économiques liés à ce breuvage. Trois cimaises longitudinales structurent la salle sur toute sa longueur évoquant les alignements de champs de caféiers. En plafond, un balisage lumineux, jouant sur les nuances de la couleur verte, rappelle que le café appartient dès son origine au règne végétal. De même que son fruit, «la cerise», dont on va retrouver la belle couleur rouge dans le graphisme qui sert de passeport à cette exposition intitulée: Café in.

Faisant contrepoint à cette composition tout en longueur, qui révèle l’échelle de cette grande salle, et traversant ces trois cimaises, une ellipse symbolise le grain de café tel qu’il est communément perçu dans l’imaginaire collectif. De la plante au grain, du grain à la tasse, de la tasse au lieu… cette scénographie souhaite en définitive rendre hommage au café comme boisson mythique mais également à cette chaîne d’acteurs qui fait vivre cette production. Il était donc normal qu’elle se termine avec humour sur le dernier maillon de cette chaîne avec la figure du «garçon de café», ouvrant ainsi les espaces de cette exposition au-delà des murs du Mucem… vers les entrailles de la ville.»

Jacques Sbriglio, architecte scénographe