Patrick Chamoiseau © DR

Les archipels de Patrick Chamoiseau


Événement annulé et reporté à une date ultérieure qui sera prochainement communiquée.


Temps fort autour de l’exposition « Ai Weiwei, Fan-Tan »

En écho au finissage de l’exposition « Ai Weiwei, Fan-Tan », le Mucem invite l’écrivain et penseur Patrick Chamoiseau (prix Goncourt en 1992 pour Texaco) pour deux journées de rencontres, lectures, performances et projections. Il s’agit de revenir sur le parcours, l’œuvre et les thématiques chères à l’auteur : l’esclavage et la créolité, l’héritage d’Édouard Glissant et le « Tout-Monde », ainsi que la question migratoire, qu’il évoque avec force dans l’ouvrage Frères migrants (Seuil, 2017). Durant ces deux journées, une installation « archipélique » mêlant textes, photographies et vidéos nous plongera dans les récits et les imaginaires de Patrick Chamoiseau.

« La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service. Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas. Elle ne résiste pas, elle existe – c’est ainsi qu’elle s’oppose, ou mieux : qu’elle s’appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence. À tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant. Quand un inacceptable surgissait quelque part, Édouard Glissant m’appelait pour me dire : ‘‘On ne peut pas laisser passer cela !’’ Il appuyait sur le ‘‘on ne peut pas’’. C’était pour moi toujours étrange. Nous ne disposions d’aucun pouvoir. Nous n’étions reliés à aucune puissance. Nous n’avions que la ferveur de nos indignations. C’est pourtant sur cette fragilité, pour le moins tremblante, qu’il fondait son droit et son devoir d’intervention. Il se réclamait de cette instance où se tiennent les poètes et les beaux êtres humains. Je ne suis pas poète, mais, face à la situation faite aux migrants sur toutes les rives du monde, j’ai imaginé qu’Édouard Glissant m’avait appelé, comme m’ont appelé quelques amies très vigilantes. Cette déclaration ne saurait agir sur la barbarie des frontières et sur les crimes qui s’y commettent. Elle ne sert qu’à esquisser en nous la voie d’un autre imaginaire du monde. Ce n’est pas grand-chose. C’est juste une lueur destinée aux hygiènes de l’esprit. Peut-être, une de ces lucioles pour la moindre desquelles Pier Paolo Pasolini aurait donné sa vie. »
 
Patrick Chamoiseau, Frères migrants (Le Seuil, 2017)


Patrick Chamoiseau est né en 1953 à Fort-de-France en Martinique. Il est l’auteur d’une œuvre considérable (Texaco, Solibo magnifique, Éloge de la créolité, Écrire en pays dominé, Antan d’enfance, Biblique des derniers gestes, Les neuf consciences du Malfini…) constituée de romans, de contes, d’essais et de textes inclassables, traduits en plusieurs langues, et qui lui ont valu de nombreuses distinctions, dont le prix Carbet de la Caraïbe et le prix Goncourt. Ses dernières parutions aux éditions du Seuil en 2017 sont : La Matière de l’absence, salué par une critique unanime, et un flamboyant appel humaniste et poétique intitulé Frères migrants. Il est aujourd’hui une des voix les plus influentes de la Caraïbe et un des écrivains majeurs du monde contemporain.