Mucem, Mobilité, métissage et communication

Mobilité, métissage et communication

Les collections qui ont trait à la mobilité sont variées et recouvrent la diversité des raisons qui poussent l’homme à se mouvoir. Ces déplacements peuvent faire partie intégrante d’un mode de vie comme chez les nomades, dont la production matérielle s’adapte à cette caractéristique. Ils peuvent au contraire être très circonscrits, comme dans le tourisme. Dans ces fonds sont également inclus tous ces objets qui font voyager en pensée et structurent l’inconscient collectif.

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Plaque muletière

1888.27.6

Situés entre Rhône et Loire et entre Méditerranée et océan Atlantique, les pays du Vivarais et du Velay sont des régions de passage. Hommes et marchandises y circulaient à cheval ou à dos de mulet tant les chemins étaient peu carrossables. Si ce mode de transport a été progressivement abandonné avec le développement du réseau routier et l’essor du chemin de fer à partir du milieu du XIXe siècle, il est auparavant demeuré très actif et organisé en corporations de convoyeurs, notamment pour l’acheminement du vin. La plaque muletière est l’un des symboles de cette ancienne corporation. Elle joue un rôle à la fois fonctionnel et symbolique.

Allant souvent par paire, elles servaient d’œillères à l’équidé. Elles sont généralement en cuivre ou en laiton et mesurent entre 15 et 18 cm de diamètre. Elles sont ornées d’un décor gravé à la pointe ou au ciseau, ou selon la technique du repoussé. Les motifs sont variés mais comportent souvent des signes prophylactiques. Les muletiers attachaient une grande importance à leurs plaques et un mulet n’était jamais vendu avec son harnachement.

Ces plaques muletières sont à rattacher à l’ornementation des animaux que l’on retrouve dans la plupart des civilisations, de manière permanente ou temporaire, pour un moment particulier où le risque est grand, comme la transhumance par exemple. Bouquets de fleurs multicolores sur les plus belles vaches lors de la montée en estive en Aubrac, sonnailles des vaches ou des moutons, ornement frontal pour le cheval ou l’âne en Grèce... ces objets ou amulettes, colorés ou sonores, assurent la protection de l’animal.
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Danse des gitans

1961.51.25.60

Charles Stanislas l’Eveillé (1772-1833) était ingénieur en chef aux Ponts et Chaussées. Il participa aux travaux du canal de l’Ourcq et fournit plusieurs études sur les ponts suspendus. Néanmoins, sa curiosité et son habileté au dessin dépassaient largement le cadre de sa profession. Il réalisa un voyage dans le sud de la France, dans le Languedoc Roussillon et dans les Basses Alpes (aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence). Cette région était peu étudiée et, au cours de ses pérégrinations, il prit soin de dessiner ce qui lui semblait remarquable ou spécifique. Les thèmes étaient variés allant de relevés d’architecture à des études de costumes traditionnels en passant par des reproductions d’éléments botaniques. L’ensemble de son travail est compilé dans un album Souvenir de voyage, conservé au Mucem. Il est intéressant de noter que dans ses centres d’intérêt, il consacre plusieurs aquarelles à la vie quotidienne, aux coutumes et aux vêtements des gitans. Ce sont d’ailleurs les dessins les plus sophistiqués de l’album, réalisés à l’aquarelle. Même s’il ne se départit d’une certaine vision romantique dans le style, Charles-Stanislas l’Eveillé œuvre ici comme un ethnologue-folkloriste soucieux d’immortaliser des thèmes peu connus jusqu’ici.
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Champ de conduite du compagnon charpentier Labrie Île d’amour

1961.66.64

Le Tour de France, composé d’étapes dans différentes villes, est le moment ultime de la formation d’un jeune compagnon, tant pour parfaire son savoir-faire et que comme rite initiatique d’incorporation. Ce dessin est le « champ de conduite » remis au compagnon charpentier Labrie Île d’amour lors de son départ de Bordeaux vers Paris en 1826. Il est à la fois la preuve de son passage au sein de la cité mais également un rappel de la cérémonie de départ qui permet au charpentier de prendre congé de ses pairs et de se protéger des dangers de la route à venir. Le rite de départ réunissait tous les compagnons à l’extérieur de la ville, dans un « champ », souvent près d’un pont, symbole du franchissement mais aussi du lien unissant tous les compagnons de France. Le compagnon en partance trinque alors avec le Rouleur ou Premier compagnon de la ville qui est aussi le premier à qui il s’est adressé au moment de son arrivée. C’est cette cérémonie que l’on voit représentée sur le dessin : la ville de Bordeaux, reconnaissable à ses monuments (cathédrale Saint-André, basilique Saint-Michel, porte de Bourgogne) se trouve à l’arrière-plan. Le cortège de compagnons est sur le quai, aujourd’hui quai Richelieu, au bord de la Garonne, à proximité du pont de pierre. Au premier plan, les nombreux bateaux rappellent la vivacité économique du port bordelais au début du XIXe siècle ; y figure même le premier bateau à vapeur, arrivé à Bordeaux en 1821.
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Disque Nomades du Niger

MUS1966.39.5-13

La dissolution de l’Afrique Occidentale Française en 1958, puis l’indépendance des sept états qui en sont issus (Côte-d’Ivoire, Sénégal, Guinée, Mauritanie, Haute-Volta, Dahomey, Mali) entre 1958 et 1960, met fin officiellement à la période coloniale française en Afrique subsaharienne. Durant cette dernière, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle, s’est développé un certain intérêt pour les peuples et les civilisations d’Afrique occidentale, allant des enquêtes ethnographiques aux expositions coloniales, mêlant étude scientifique et culturelle. Ce disque, acquis en 1966, ayant été enregistré par l’Office français de Coopération Radiophonique, fondé en 1959, illustre un nouveau volet des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. Les relations politiques et économiques entre états indépendants et France restent étroites, et l’Office de coopération radiophonique représente le versant visible de la coopération, en particulier grâce à des projets de valorisation culturelle des pays indépendants, dont nous avons ici un bel exemple. Ce disque vinyle 33 tours a été enregistré à Agadez au Niger et est consacré à la musique des Touareg et des Bororo. La pochette porte une photographie de nomades Touareg voilés, en costume traditionnel ; le nom des musiciens est cité, et un livret illustré de photographies explique chacune des chansons. Ce disque est à destination d’auditeurs francophones et se veut comme une découverte à la musique.
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Skuna ou brick-goélette
Cette maquette a été réalisée pour le révérend père Charles du couvent du Tanaïl, dans la Békaa libanaise. Durant la seconde guerre mondiale, il était officier de marine en charge de la défense des côtes syro-libanaises. Passionné de navire et d’histoire maritime, il commanda à l’artiste Soleyman Abd el-Majyd deux modèles réduits : une barque de pêche traditionnelle et la skuna (ou brick-goélette) présentée ici et qui porte le nom Kawssar peint sur la coque. Un brick-goélette est un voilier à deux mâts, le mât de misaine et le grand mât situé à l’arrière. Conformément au principe de la goélette, le mat arrière est plus haut que le mat avant. Le mât de beaupré qui s’étend longuement à la proue du navire lui confère un aspect profilé. Embarcations rapides et relativement maniables, ces navires ont été très utilisés dans le commerce et pour la piraterie en Méditerranée. Leur âge d’or se situe entre la fin du XVIIIe et la fin du XIXe siècle.
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Carte-réclame

1996.40.771.8

Cette carte chromolithographique, imprimée à Paris en 1900 pour le « Chocolat-Louit », représente deux scènes superposées ; sur la première, des « bohémiens », comme nous l’indique la légende, sont représentés en chemin, avec leurs caravanes. Sur la scène du registre inférieur, les mêmes, à pied, sont chassés par les gendarmes, sous le regard d’une femme, témoin de la scène. Ici, c’est une vision répandue des bohémiens et du traitement qui leur est réservé. Ce sont des nomades, ils ne s’intègrent pas dans les cadres de la société française ; leur mobilité, le fait qu’ils ne se fixent longtemps nulle part les rend suspects tant aux yeux de la population que des autorités. Dans les campagnes, on les accuse de vol et de sorcellerie ; le fait qu’ils se déplacent les rend par ailleurs difficiles à contrôler pour l’Etat. Cette carte reflète bien les représentations d’une société sédentaire sur ses nomades minoritaires, sur un mode de vie qui n’en partage pas les valeurs, et le rejet qui en est la conséquence. Le jugement est ainsi socialement accepté, et largement diffusé par le biais de la réclame. Celle-ci non seulement reflète, mais aussi diffuse le jugement du groupe majoritaire sur une minorité ne partageant pas ses codes sociaux. Ces préjugés font preuve de longévité : portés il y a plus de cent ans, ils sont toujours présents aujourd’hui, se renouvelant en prenant pour cible de nouvelles communautés, en particulier les Roms.