Ils parlent du Mucem

Benjamin Stora © Mucem

Benjamin Stora

Historien spécialiste de l’histoire coloniale et de l’immigration

Lorsque je pense à Marseille arrivent les images de l’été 1940, de fuites des étrangers pourchassés par le régime nazi et venant s’entasser dans la ville, dans l’attente d’un visa pour un départ hypothétique ; viennent aussi d’autres images, celles des rapatriés français d’Algérie, dans l’été 1962, arrivés dans la ville, perdus, à la recherche d’un logement, d’un travail… Les images d’apatrides ou de réfugiés s’enchainent dans ma mémoire se réveillant dans une actualité toujours brulante.

Dans Marseille, ville-monde au carrefour de toutes les immigrations en France, italiennes ou algériennes, arméniennes ou comoriennes…. s’élève près du Fort Saint Jean, Le Mucem. Lieu capable de rassembler toutes ces histoires de migrations, de tracer des pistes narratives, de compréhension face à une Méditerranée porteuse de grandes civilisations. Le Mucem, véritable Palais connu désormais de tous, devenu lieu de promenades, de visites des savoirs.  Et qui semble avoir été là, depuis toujours.

Un colloque international « Benjamin Stora : l’engagement de l’homme, l’œuvre de l’historien » est organisé au Mucem le jeudi 31 mai 2018 en l’honneur de l’historien Benjamin Stora sous le haut patronage de Monsieur Emmanuel MACRON Président de la République.
Joann Sfar © Mucem

Joann Sfar

Auteur, illustrateur et réalisateur

« L’idée méditerranéenne aujourd’hui, dès qu’on l’évoque, est suspecte. Elle agace et tout le projet qui consiste à ré-enchanter l’héritage maghrébin, à ré-enchanter les liens qui existent entre les diverses rives du Maghreb, est un projet qui est devenu compliqué à défendre parce qu’à tous les coups, on va te dire « tu es naïf, tu ne te rends pas compte, mais ce n’est plus comme ça ».  Ce sont des terrains compliqués à arpenter de nos jours, mais je crois qu’il faut continuer malgré tout.
 

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Non pas pour dire qu’il y a eu un âge d’or et que les choses étaient formidables avant ; les problèmes ont toujours existé tout comme les gens qui y réfléchissaient, tout comme le dialogue et les gens de bonne volonté.

En ce qui concerne ce que l’on va tenter d’évoquer ce soir à savoir la présence juive dans le Maghreb, la venue de cette communauté en France et le mélange de toutes ces populations, on va essayer de ne pas être angélique, sans pour autant noircir le tableau.
J’arrive vers vous après trente ans d’intervention en milieu scolaire où j’ai vu trop de gamins identifier l’histoire maghrébine à l’histoire arabe, identifier l’histoire juive à l’histoire d’Israël, et pourtant, ils font tous l’impasse sur le Maghreb. Ils font tous l’impasse sur ce territoire où tout le monde s’est conquis, s’est mélangé, s’est disputé, mais a créé un maillage culturel sur lequel aujourd’hui on devrait pouvoir travailler.

Le projet du Mucem je le comprends comme ça : mettre autre chose en avant quand on parle de nos villes. A Nice on s’est réveillé un peu tard là-dessus, ça reste une ville formidable mais où il se vend peu de livres, je crois qu’à Marseille c’est le même problème. Remettre en avant ces territoires de la Méditerranée c’est défendre la culture, pour tout le monde, et même si c’est un projet dont tout le monde dit qu’il est voué à l’échec, il faut quand même continuer. »


Joann Sfar est intervenu au Mucem lundi 9 avril 2018 dans le cadre de la Table ronde « Les juifs d’Algérie, du décret Crémieux à l’exil » du Cycle Algérie-France la voix des objets.
el Seed-CCR © Christina Dimitrova

eL Seed

Artiste urbain alliant la calligraphie arabe et le graffiti

« Le Mucem représente les civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, je suis à l’intersection des deux donc ça me parlait, je ne pouvais pas refuser l’invitation. J’ai peint une fois à Marseille un petit mur à l’Estaque en 2013, j’avais écrit en arabe « trait d’union » (entre l’Europe et l’Afrique), c’est ce qui me venait comme inspiration en pensant à Marseille. Je souhaitais poser ma marque ici, j’avais déjà imaginé ce que je voulais faire. Je pensais depuis longtemps à la sculpture que l’on a placée au Mucem, je me demandais où est-ce que je pouvais faire une sculpture en savon à part à Marseille ? Et de fil en aiguille ça s’est fait. Faire ce projet au Mucem, c’est dans la logique des choses. Ce musée est l’intersection entre plusieurs mondes et je suis dedans.
 

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En général je fais de la peinture murale mais j’essaie aussi de faire autre chose. Je fais par exemple de la sculpture, l’une de mes sculptures est au Mucem, elle est en savon et a été grignotée. J’aime faire des travaux éphémères pour vraiment rester dans cette essence du street art et de l’art dans l’espace public où l’œuvre appartient au public et elle peut donc être détruite, vandalisée ou effacée.

Pour la sculpture en savon qui est au Mucem, j’ai trouvé une citation de Jean-Claude Izzo dans « Total Khéops » qui dit que « Marseille appartient à ceux qui y vivent ». Il disait aussi que l’on part tous de Marseille avec quelque chose et pour moi cette sculpture était une représentation symbolique de Marseille. Je voulais que les gens en prennent un morceau et repartent avec.

Pour la fresque, c’était beaucoup plus spontané, le choix de la couleur s’est fait au dernier moment, j’ai une phrase en tête et tout se fait sur l’instant au Centre de conservation et de ressources (CCR), sans esquisse. Je suis très lié à l’histoire et je conserve beaucoup de choses comme des lettres, des dessins… car ce sont des souvenirs auxquels j’attache beaucoup de valeur donc peindre le mur du CCR à un sens. Le mur n’est pas propre, il a une histoire et ça me plaît. »


Dans le cadre du temps fort « Graff, calligraphie et Méditerranée », eL Seed a eu carte blanche pour créer une fresque monumentale sur le mur d’enceinte du Centre de Conservation et de Ressources (CCR).
En parallèle, au fort Saint-Jean, à proximité de l’entrée de l’exposition « Graff en Méditerranée », il a installé une sculpture en (véritable) savon de Marseille.
Philippe Car, Co-fondateur de l'Agence de Voyages Imaginaires et metteur en scène et Valérie Bournet, Comédienne au Mucem © Mucem

Philippe Car

Co-fondateur de l'Agence de Voyages Imaginaires et metteur en scène

« Le Mucem, c’est vraiment le voyage, c’est-à-dire qu’il a quelque chose qui correspond beaucoup au chemin de la compagnie, de l’Agence de Voyages Imaginaires. C’est un peu comme un immense bateau qui est à quai, et quand on entre dans ce bateau on part en voyage.

Pour nous, jouer ici c’est accomplir le voyage intérieur d’un marseillais dans le monde et d’une équipe marseillaise dans le monde. C’est un grand plaisir de partager avec toute l’équipe du Mucem et d’accompagner les gens sur des voyages comme ça.

Donc on est très heureux de jouer ici, c’est très important pour nous. »

Philippe Car présentait son spectacle « Sur le sentier d’Antigone » les jeudi 20 et vendredi 21 juillet 2017 au Mucem.
Camille-Lacourt © Mucem

Camille Lacourt

Champion d’Europe de natation

« C’est l’un des plus beaux monuments marseillais. »

Jean-Pierre Darroussin © Mucem

Jean-Pierre Darroussin

Acteur, réalisateur et comédien

« C’est une réussite car cela réconcilie l’intérieur de la ville avec la rade qui est une des plus belles du monde. On sent que ça rend les Marseillais fiers d’avoir cet endroit, d’avoir un grand musée dans la ville. Et cette volonté de redonner de la vie par de l’architecture moderne, de relier ces vieux bâtiments de caserne à ce cube contemporain, c’est une belle aspiration. De nuit, quand on rentre dans le port, c’est très beau. »

Jean-Pierre Darroussin est intervenu au Mucem les 3, 4, 6, 7 et 8 juillet 2016 dans le cadre de ses « Lectures matinales » pour l’évènement Plan B.
Alexis Jenni © Mucem

Alexis Jenni

Agrégé de sciences naturelles et écrivain

« Ce que je pense du Mucem ? Je n'en pense que du bien !
Le bâtiment est une merveille, un endroit dont je ne me lasse pas. Cette résille, cette lumière intérieure comme une sorte de grotte sous-marine c'est extraordinaire.
 

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Vu de l'extérieur cette masse est également magnifique. J’aime la façon dont le Mucem a été intégré dans le quartier qui je me souviens il y a quelques années, était totalement à l'abandon. Étrangement à Marseille on n'accédait pas à la mer. Désormais le quartier est refait, avec un accès au panier, un accès au fort Saint-Jean, les gens s'y promènent. C'est une réussite architecturale, esthétique et urbanistique. L'architecte Rudy Ricciotti tient à intégrer ses bâtiments dans leur environnement, ça correspond à sa philosophie et ici c'est extrêmement réussi car non seulement il y a un bâtiment mais il y a un quartier. Ça rajoute un tout à ce quartier complètement composite avec des morceaux de Fernand Pouillon, d'ancienne architecture. C'est le côté à la fois hétéroclite et merveilleux de Marseille.

Sur le fond, le Mucem a été imaginé comme un musée actif, de culture méditerranéenne où il se passe des choses. Il y a besoin de ça. C'est une façon d'amarrer la France à la Méditerranée plutôt que de lui tourner le dos en en ayant très peur. Assumer la façade méditerranéenne de la France. J'ai écrit sur la racine méditerranéenne de la France et je me réjouis de savoir que c'est ce que ce musée essaie d'activer. Je suis peu venu au Mucem, même si Lyon n'est pas si loin, mais je garde un très beau souvenir de l'exposition d'ouverture « Le bleu et le noir ». J'y reviendrai, c'est sûr ! »


Alexis Jenni est intervenu au Mucem lundi 12 juin 2017 dans le cadre de la Table ronde « La place de la guerre dans les mémoires » du Cycle Algérie-France la voix des objets.
Simon Porte Jacquemus © Droits réservés

Simon Porte Jacquemus

Créateur, styliste

« Pour moi le Mucem, c'est un carré et un rond vus du ciel, donc ça me parle !
Ce musée représente pour moi le nouveau Marseille. Il y a eu un avant et un après Mucem, tout le monde le dit, du chauffeur de taxi à la boulangère, « Marseille ça a bien changé ». Et c’est vrai, on sent une belle énergie dans la ville et j’espère y contribuer à mon niveau.
Je rêvais de faire un défilé à Marseille, de montrer mes « santons » à Marseille. Pour moi c’était très lié aux terrasses du Mucem, avec cette passerelle, ce front de mer, ce bleu, ce blanc. Voir mes créations qui défilent avec le coucher de soleil en toile de fond, c’était une évidence pour moi d’être ici.
Pour mon exposition au Mucem, je ne voulais pas investir le musée d'une manière traditionnelle. Je voulais le faire d'une autre façon, via la vidéo : j'ai donné toutes les vidéos de mon portable depuis 6 ans à Marion, ma meilleure amie, qui m'a aidé pour l'exposition. »

Simon Porte Jacquemus présentait au Mucem son exposition « Jacquemus—Images, Marseille je t’aime » du 14 mai 2017 au lundi 31 juillet 2017.

Rudy Ricciotti © Mucem

Rudy Ricciotti

Architecte du Mucem

« Le Mucem est un territoire davantage qu’une architecture, un lieu qui développe un partage, une main tendue, une empathie avec celui qui le visite. Un voyage dans la lumière, dans les ombres portées, dans la résille, dans l’horizon de la Méditerranée. »