JACQUES SBRIGLIO

Jacques Sbriglio est architecte urbaniste. Il dirige l’agence Sbriglio architectes installée au cœur de la métropole Aix Marseille.

 

Parmi ses différents  secteurs d’activité, comme l’urbanisme et l’architecture, cette agence compte également de nombreuses références en France et à l’étranger en matière de scénographie d’expositions. Parmi celles-ci on peut noter : l’Arteplage de Neuchâtel en Suisse (2002), mais également toute une série d’expositions réalisées autour de l’œuvre de Le Corbusier, que ce soit en Autriche (1998), Taiwan (2002), Inde (2007), Brésil (2009) et enfin à Marseille (2013) dans le cadre de l’année Capitale de la Culture.

 

Professeur des Ecoles d’architecture, Jacques Sbriglio est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et conférences sur l’architecture moderne et contemporaine.

 

Site : www.sbriglio-architectes.fr

 


 

 

“ Picasso conduisait les spectateurs à examiner la cohérence interne de son art. Au lieu de placer son travail de façon à tracer une évolution d’une période à une autre distincte, il brouillait la trajectoire d’abord en contredisant toute progression simple et en attirant l’attention à la fois sur la consistance remarquable des sujets et sur la variété de ses interprétations… On peut dire que l’accrochage était en soi une œuvre d’art ”.

 

Michael Fitzgerald, à propos de la rétrospective Picasso organisée par lui-même à la Galerie Gorges Petit à Paris en 1932. Cité par Pierre Daix in Pablo Picasso, Editions Taillandier 2007.

 

Exposer Picasso à Marseille et qui plus est, dans le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, recouvre plus d’une signification. D’abord autour de la biographie de ce peintre qui, de Malaga en passant par Barcelone et la Côte d’azur, aura choisi cette terre d’élection, la Méditerranée et sa lumière, pour y développer une partie importante de son œuvre. Ensuite parce que, comme l’indique Pierre Daix, un lien particulier lie Picasso avec Marseille où en compagnie de Braque il vient au cours de l’année 1912, visiter les nombreuses boutiques coloniales présentes dans cette ville afin d’acheter des masques africains et autres objets d’art nègre, dont on va retrouver les influences dans la peinture qu’il va mettre en œuvre au cours des années qui vont suivre.

 

Mais au-delà de ce préambule, imaginer une scénographie autour de l’œuvre de Pablo Picasso réclame quelques exigences tant cette œuvre, célébrissime par-delà les années, requiert, pour être exposée, un cadre dans lequel aucune extravagance formelle n’est permise  de même que tout effet de matières  ou de couleurs. En effet, la force d’expression de ces œuvres est telle que celles-ci parlent d’elles-mêmes, obligeant ainsi le contenant à s’effacer derrière le contenu. Pour ce faire, la scénographie proposée ici autour du thème “Picasso et les arts et traditions populaires“ prend son sens autour de  trois idées clefs. La première construit un parcours en résonance avec l’architecture du Mucem  conçue sur le principe d’une ziggurat reliant le port à la ville. La deuxième séquence se déroule au  fil des différentes sections de cette exposition à partir de la mise en place d’une série d’icônes spatiales définissant le cadre de chacune de ces sections. La troisième organise une sorte de portrait croisé entre les œuvres de Pablo Picasso et les objets référents issus des collections du Mucem, sans que jamais le visiteur ne puisse les confondre.

 

Quant à l’ambiance lumineuse de cette scénographie, elle exalte le blanc en opposition avec les ambiances crépusculaires des espaces du Mucem mais également en référence à l’œuvre de Picasso qui a parcouru toutes les étapes et même au-delà, de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui : l’Art Moderne.

 

Quatre sections rythment  la visite de  cette exposition.

 

La première, qui correspond à la séquence d’entrée, intitulée : “Racines sacralisées”, rappelle les liens existant entre l’œuvre de Picasso et les rites et traditions  populaires. Elle est symbolisée ici par un espace pensé comme un petit oratoire.

 

La deuxième, “Objets et thèmes fétiches” en référence aux thèmes  de la musique,  du cirque ou de la tauromachie… si présents dans l’œuvre du peintre… est dominée par la figure circulaire de l’arène et/ou de la piste qui vient s’inscrire comme le centre de gravité de la composition d’ensemble de cette scénographie.

 

La troisième, nommée “Les techniques et leurs détournements”, enchaîne une suite d’espaces ordonnée autour de la céramique qui constitue, de par le nombre d’objets présents, un des espaces majeurs de cette exposition.

 

Enfin la quatrième et dernière section, “L’objet matériau” se présente sous la forme d’une grande galerie de sculptures, ouverte sur la Méditerranée visible depuis cette salle au travers de la résille de la façade du Mucem, comme un dernier clin d’œil à la mantilla, si chère à la mémoire de la culture hispanique.

 

Jacques Sbriglio - Architecte scénographe

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