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Vies d’ordures

De l’économie des déchets

Du 22 mars au 14 août 2017
Mucem J4 – Niveau 2 (1 200 m²)

 

Notre empreinte écologique est exponentielle : plus de 80 % de la surface émergée de la planète est sous influence humaine directe. Cette surexploitation de l’écosystème engendre des bouleversements naturels : hausse de la température du globe, appauvrissement de la couche d’ozone, acidification des océans, épuisement des sols et des sous-sols. Nos sociétés sont transformées en sociétés du déchet.
Exposer les manières dont nos sociétés produisent, traitent, s’approprient et transforment les restes, apparait comme un enjeu central pour le musée de société qu’est le Mucem.
L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets invite à un voyage autour de la Méditerranée, à la découverte des paysages, des technologies, des objets recyclés ou de deuxième vie, et surtout à la rencontre des hommes et des femmes qui gèrent nos déchets, en vivent et souvent les subissent. Il s’agit d’interroger leurs savoir-faire, leurs conditions de vie, les rapports sociaux et les conflits dans lesquels ils sont pris.
Basée sur des enquêtes ethnographiques réalisées en Turquie, en Albanie, en Egypte, en Italie, en Tunisie, au Maroc ou dans le Sud-est de la France (Marseille et sa métropole), cette exposition a pour but de sensibiliser le public à la gestion individuelle et collective des déchets en montrant les façons dont nous les collectons, les trions, les réparons, les transformons, avec l’inventivité de la nécessité. Par les détournements ou par les traitements de
haute-technologie dont ils font l’objet, les déchets donnent forme à nos paysages et à nos relations sociales.

 

Le parcours permet de s’interroger sur nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production grâce à plus de 450 objets, documents, installations, films, cartes et schémas issus des collections du Mucem et des
musées d’ethnographie comme le musée du Quai Branly ou le musée de Guatelli dans la région de Parme et surtout en s’appuyant sur les documents issus des campagnes d’enquêtes collectes 1 initiées par le Mucem depuis
2014. Des dispositifs pédagogiques ont également été spécialement conçus pour les besoins de l’exposition : cartes, tableaux de classification des déchets, maquettes.

 


Entretien avec Denis Chevallier, commissaire général de l’exposition

« Cette documentation originale constitue le cœur de l’exposition : près de 50 % des objets et documents présentés sont issus d’enquêtes-collectes.  »

 

Pourquoi le Mucem a-t-il choisi d’aborder la question de l’économie des déchets pour cette nouvelle exposition  ?
A travers les déchets, il s’agit de questionner nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production. Un musée de société comme le Mucem peut, à sa manière et à son niveau, jouer un rôle dans la cité. Avec cette exposition nous aimerions que le visiteur ressorte un peu plus conscient que des actes aussi quotidiens et banals que consommer et jeter ont des conséquences sur la planète et donc pour nous tous.

 

L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets a la particularité de présenter un grand nombre d’objets acquis récemment par le Mucem dans le cadre de campagnes d’enquêtes-collectes…
Pendant trois ans, grâce à un travail d’équipe, nous avons constitué une documentation de première main sur les manières dont, autour de la Méditerranée, les déchets sont collectés, transformés, traités. Des équipes associant chercheurs et vidéastes/photographes ont effectué des enquêtes à Casablanca, Naples, Marseille, Tirana, Istanbul, Le Caire et Tunis, d’où nous avons pu rapporter objets, témoignages, images et enregistrements. Cette documentation originale constitue le cœur de l’exposition : près de 50 % des objets et documents présentés sont issus d’enquêtes-collectes.
Un musée n’est pas seulement un lieu de restitution. C’est aussi un lieu de fabrication d’un savoir. Aller chercher un objet là où il a été produit et utilisé permet de recueillir des informations sur son contexte de fabrication, de circulation ou d’usage. C’est à cette seule condition que cet objet pourra nous aider à comprendre les sociétés, les cultures ; ce qui est bien la mission principale d’un musée de société.

 

Que montrez-vous dans cette exposition ? Comment s’organise t-elle ?
Le visiteur constatera d’abord que les déchets sont partout. L’autopsie de la poubelle-monde à laquelle nous nous livrons en introduction dévoilera la part cachée, maudite peut-être, de nos modes de vie. Ce que l’on ne veut pas voir et qui pourtant est bien là et s’impose à nous.
Dans la partie suivante on se demandera comment on en est arrivé là : en effet, une telle quantité de déchets avec de tels impacts sur l’environnement, c’est une affaire récente. Disons que nos grands-parents, nos arrières grands-parents, n’avaient sûrement pas la même appréhension du déchet que nous, car il y en avait beaucoup moins. Pour montrer cela, nous effectuerons un petit retour en arrière, grâce aux collections d’ethnographie, dans le monde qui précède la société de consommation ; cette période qui commence avec la diffusion massive du plastique et qui correspond à la multiplication des emballages et au règne du « tout jetable ». On montrera ici des objets assez insolites, parce qu’ils arborent cicatrices et réparations, pour dire qu’avant le « tout jetable », on réparait beaucoup. A coté, on exposera des emballages plastiques pour évoquer la société de consommation.

 

La troisième section de l’exposition s’organise à partir de gestes simples : « ramasser, collecter, transporter, stocker, trier »…
Des gestes que nous illustrons à travers quelques objets et vidéos révélant les différents mode de traitement des déchets dans les villes étudiées : c’est dans cette section, par exemple, qu’est présenté le fameux triporteur du Caire, ou encore une spectaculaire machine de tri optique prêtée par l’entreprise Pellenc ST 3. L’acte du tri est central car c’est lui qui va donner de la valeur à ces déchets : à partir du moment où ceux-ci sont triés, ils deviennent des matières premières secondaires. Balles de carton, de plastique ou d’aluminium ont une valeur fixée par des cours mondiaux. Ils sont l’objet d’un commerce relativement important et lucratif, compte tenu des quantités énormes que tout cela représente.
Dans la section suivante, nous donnons des exemples de réemploi et de recyclage. Nous verrons par exemple, comment un pneu usagé peut devenir un seau, ou comment des cannettes sont transformées en lingots d’aluminium. Dans certaines régions de Méditerranée, le réemploi a pris une ampleur considérable ; c’est le cas du secteur de la fripe en Tunisie, qui sera présenté dans une sorte de tente conçue avec des fripes qui nous sont fournies par l’un des nombreux partenaires de cette exposition : la communauté d’Emmaüs de la Pointe Rouge.

 

La part des déchets réemployés ou recyclés reste toutefois encore relativement faible…
En effet, cela concerne au maximum 20 % de ce qu’on jette. Le reste, qu’est ce qu’on en fait ? On le transporte vers un lieu où il sera soit enfoui, une décharge, soit brulé, un incinérateur. Nous présenterons par exemple une maquette de l’usine de traitement des déchets du territoire de Marseille-Provence qui se trouve à Fos sur Mer. L’exposition va aussi mettre le doigt sur les controverses, les conséquences de mauvaises gestions qui ont parfois des origines criminelles. Autour de la Méditerranée, les scandales associés aux déchets ne manquent pas : on parlera de Naples, de Beyrouth, des calanques… Mais l’idée que nous voudrions surtout faire passer, c’est que le meilleur déchet c’est celui que l’on ne produit pas. Et qu’il nous faut donc changer nos modes de vie… Moins gaspiller (plus du tiers de la nourriture finit dans une poubelle !), transformer nos restes en compost, inciter les fabricants à faire des objets réparables, etc.
Nous aurons à la fin de l’exposition un dispositif qui permettra à chaque visiteur de faire des propositions : car nous pensons en effet que chacun peut contribuer à son niveau à faire en sorte que notre planète ne devienne pas totalement inhabitable.

 

 


Entretien avec Yann Philippe Tastevin, commissaire associé

 

« Les enquêtes-collectes, c’est la marque de fabrique du Mucem. L’idée, c’est d’aller chercher des objets en usage, et qui nous renseignent donc de façon précise sur les sociétés contemporaines… »

 

 
Le triporteur du Caire
Il y a encore quelques mois, ce triporteur sillonnait les rues du Caire. Acquis par le Mucem dans le cadre d’une campagne d’enquête-collecte, il a aujourd’hui rejoint les collections du musée et sera présenté au sein de l’exposition Vie d’ordures, de l’économie des déchets.

 

Tricycle motorisé de récupérateur de rue, Le Caire, Egypte, 2016, photo Denis Chevallier. Mucem © Mucem / Denis Chevallier

D’où vient ce triporteur  ?
Nous l’avons découvert au Caire en Egypte, lors d’une enquête sur le système de collecte des déchets. Lorsqu’on parle de collecte des déchets au Caire, on pense généralement à la communauté des zaballin, qui est très connue. Mais on sait moins qu’il existe un second réseau de récupérateurs : les bikia (de l’italien roba vecchia, « vieilles choses »), ferrailleurs itinérants qui sillonnent la ville en annonçant leur passage de leur célèbre cri « bikia, bikia, ruba’ bikia », un des sons caractéristiques de la richesse de l’ambiance sonore du Caire,—on l’entendra dans l’exposition. A la différence des zaballin, qui ramassent des ordures ménagères, les bikia, eux, rachètent les objets dont on ne veut plus ou qui ne fonctionnent plus. Lorsque vous entendez leur cri, il suffit de les appeler, ils montent chez vous et là, vous négociez un prix. Cela vaut aussi bien pour un vieux frigo, des vieux meubles, des déchets de chantier (portes, fenêtres, lampes, ferraille)… Tout ce qui, chez nous en France, finirait dans une déchetterie ou dans une brocante.
Pendant très longtemps, les bikia parcouraient les rues du Caire avec une charrette tirée par un âne. Depuis 2010, ils s’équipent de triporteurs à moteur importés de Chine : de petits véhicules « utilitaires », composés d’un train avant de moto et d’une benne à l’arrière. Ils peuvent ainsi transporter jusqu’à une demie tonne. Au Caire, ces triporteurs sont aussi appelés « touk touk », un terme argotique issu de Thaïlande, construit sur une onomatopée rappelant le bruit d’un moteur.

 

Pourquoi avoir choisi de présenter cet objet au sein de l’exposition Vie d’ordures  ?
L’un des enjeux de l’exposition est de montrer la pluralité des filières de récupération en Méditerranée. Nous nous sommes donc intéressés à cet objet car il est emblématique d’un groupe professionnel encore mal connu, celui des bikia. De plus, ce triporteur est tout-à-fait unique : en effet, les jeunes ferrailleurs, aujourd’hui, customisent leur outil de travail ; ils « s’affichent » littéralement sur leur machine. Sur ce triporteur, nous pouvons donc voir le portrait d’un jeune homme de 22 ans : Ramadan. Comme la plupart des bikia, il est originaire du Fayoum, une oasis située à deux heures du Caire. Nous l’avons rencontré par hasard, alors qu’il venait rendre visite à ses cousins, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne passait pas inaperçu : il paradait avec son « touk touk » neuf, musique à fond, et tous ses amis dans la benne !

Ce véhicule a la particularité d’être sonorisé : caisson de basse, haut-parleur, lecteur CD/USB, ampli… Avec cet équipement, il diffuse de la pop égyptienne : Ramadan, on l’entend avant de le voir ! Mais ce triporteur est aussi visuellement très intéressant : chaque espace est investi de messages et inscriptions. Le dialecte égyptien a son expression pour désigner l’ornementation : dandasha. Customiser, c’est se raconter ! Il arbore ainsi de nombreuses calligraphies qui reprennent des proverbes, des chansons populaires, des sourates du Coran. Les citations font l’éloge de la beauté, content les épreuves de la vie, de la trahison des amis, les affres de l’amour. Elles expriment la peur du mauvais œil, qui cohabite avec la foi en un Dieu tout puissant et protecteur. Ce triporteur, pour Ramadan, est à la fois un outil de travail et un outil de drague.
A travers cet objet, nous avons donc la possibilité de raconter l’histoire d’une profession mais aussi celle de son propriétaire.

 

Cet objet a été acquis dans le cadre d’une campagne « d’enquête-collecte ».  En quoi ce procédé d’acquisition—original dans le monde des musées—est-il pertinent pour le Mucem ?
Les enquêtes-collectes, c’est la marque de fabrique du Mucem. Comment un musée de société peut-il acquérir des objets ? Il y a certes les catalogues de ventes aux enchères, il y a les donations… Mais l’idée, avec les enquêtes-collectes, c’est d’aller chercher des objets en usage, et qui nous renseignent donc de façon précise sur les sociétés contemporaines. Partir sur le terrain, cela nous permet d’être en prise directe avec la réalité : par exemple, alors que nous avions à l’esprit l’image des ferrailleurs du Caire trainant une charrette, nous avons pu constater sur place que les choses étaient très différentes, et nous avons découvert ce « touk touk ».
Il est donc nécessaire d’aller sur le terrain, d’y passer du temps, et de documenter ces objets. La phase d’acquisition est à ce titre très importante : il s’agit de rencontrer le propriétaire, de discuter, négocier, contractualiser… Ce qui permet de recueillir tout un tas d’informations de première main sur l’objet ainsi que sur son propriétaire. C’est ainsi que ce véhicule, que nous sommes allés chercher au fin fond du Caire, est devenu un objet de musée.

 


 

Commissaire général Denis Chevallier : Ethnologue, conservateur général au Mucem
Commissaire associé : Yann Philippe Tastevin Ethnologue au CNRS
Scénographie et direction artistique : Encore Heureux, bkCLUB Architectes, Urbain, trop urbain
Graphisme de l’exposition : Patrick Lindsay
Artistes associés : David Degner, Stephanos Mangriotis, Lucy et Jorge Orta, Frank Pourcel, Lionel Sabatté et Nils Völker
Chercheurs associés : Bénédicte Florin, Jamie Furniss, Pascal Garret et Lucile Gruntz
Comité scientifique : Sabine Barles, Tatiana Benfoughal, Gerard Bertolini, Sylvie Bredeloup, Delphine Corteel, Octave Debary, Jean-Baptiste Fressoz, François Galgani, Emmanuel Grimaud, Frédéric Joulian, Serge Latouche, Baptiste Monsaingeon et Yoann Moreau
Avec le soutien de SUEZ, de l'ADEME et de Pellenc ST

 

Cette exposition donne lieu à une collaboration avec le National Folk Museum de Séoul.

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Lugar: J4 | J4

Tipo de público:

Todos los públicos

Días y horarios:

Du 22 mars au 14 août 2017
En écho à l’exposition « Vies d’ordures », le Mucem propose un cycle de grandesconférences...
Encuentro y debate
Les jeudis 23 mars et 20 avril 2017 à 19h
Vous n’avez pas encore vu l’exposition « Vies d’ordures » ?Lors de cette nocturne, les...
Conciertos
Vendredi 31 mars 2017 de 19h à 1h
Un après-midi exceptionnel consacré au court métrage à travers une programmation en lien avec l’exposition «...
Court-métrage
Dimanche 2 avril 2017 de 15h à 20h
Les poubelles magiques n’existent pas. Derrière chaque déchet, il y a des femmes et des hommes qui travaillent, qui...
Activités
Les 10, 13 et 20 avril 2017 à 15h
Afin de poursuivre le propos de l’exposition Vie d’ordures, le Mucem propose un grand week-end nous invitant à...
Cita puntual
Du vendredi 7 au dimanche 9 avril 2017
Une exploration artistique des deltas du Rhône et du Mississippi… Au croisement de plusieurs disciplines—...
Representaciones
Vendredi 28 avril 2017 à 18h
Avec Xavier Daumalin (historien, Telemme), Isabelle Laffont-Schwob (écologue, IMBE), Daniel Faget (historien, Telemme) et...
Encuentro debate
Vendredi 28 avril 2017 à 19h
L’usine d’alumine de Gardanne fait couler beaucoup d’encre, divise le gouvernement, oppose les écologistes...
Cine
Vendredi 28 avril 2017 à 20h
Du 21 mars au 30 mai prochain, un nouveau concept-store intitulée « Lou’Bess au Mucem » ouvrira...
"De l’épluchure aux déchets nucléaires, les « vies d’ordures » mettent au jour des...
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[DOSSIER PEDAGOGIQUE] Vies d'ordures

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De l’économie des déchets

Du 22 mars au 14 août 2017
Mucem J4 – Niveau 2 (1 200 m²)

 

Notre empreinte écologique est exponentielle : plus de 80 % de la surface émergée de la planète est sous influence humaine directe. Cette surexploitation de l’écosystème engendre des bouleversements naturels : hausse de la température du globe, appauvrissement de la couche d’ozone, acidification des océans, épuisement des sols et des sous-sols. Nos sociétés sont transformées en sociétés du déchet.
Exposer les manières dont nos sociétés produisent, traitent, s’approprient et transforment les restes, apparait comme un enjeu central pour le musée de société qu’est le Mucem.
L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets invite à un voyage autour de la Méditerranée, à la découverte des paysages, des technologies, des objets recyclés ou de deuxième vie, et surtout à la rencontre des hommes et des femmes qui gèrent nos déchets, en vivent et souvent les subissent. Il s’agit d’interroger leurs savoir-faire, leurs conditions de vie, les rapports sociaux et les conflits dans lesquels ils sont pris.
Basée sur des enquêtes ethnographiques réalisées en Turquie, en Albanie, en Egypte, en Italie, en Tunisie, au Maroc ou dans le Sud-est de la France (Marseille et sa métropole), cette exposition a pour but de sensibiliser le public à la gestion individuelle et collective des déchets en montrant les façons dont nous les collectons, les trions, les réparons, les transformons, avec l’inventivité de la nécessité. Par les détournements ou par les traitements de
haute-technologie dont ils font l’objet, les déchets donnent forme à nos paysages et à nos relations sociales.

 

Le parcours permet de s’interroger sur nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production grâce à plus de 450 objets, documents, installations, films, cartes et schémas issus des collections du Mucem et des
musées d’ethnographie comme le musée du Quai Branly ou le musée de Guatelli dans la région de Parme et surtout en s’appuyant sur les documents issus des campagnes d’enquêtes collectes 1 initiées par le Mucem depuis
2014. Des dispositifs pédagogiques ont également été spécialement conçus pour les besoins de l’exposition : cartes, tableaux de classification des déchets, maquettes.

 


Entretien avec Denis Chevallier, commissaire général de l’exposition

« Cette documentation originale constitue le cœur de l’exposition : près de 50 % des objets et documents présentés sont issus d’enquêtes-collectes.  »

 

Pourquoi le Mucem a-t-il choisi d’aborder la question de l’économie des déchets pour cette nouvelle exposition  ?
A travers les déchets, il s’agit de questionner nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production. Un musée de société comme le Mucem peut, à sa manière et à son niveau, jouer un rôle dans la cité. Avec cette exposition nous aimerions que le visiteur ressorte un peu plus conscient que des actes aussi quotidiens et banals que consommer et jeter ont des conséquences sur la planète et donc pour nous tous.

 

L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets a la particularité de présenter un grand nombre d’objets acquis récemment par le Mucem dans le cadre de campagnes d’enquêtes-collectes…
Pendant trois ans, grâce à un travail d’équipe, nous avons constitué une documentation de première main sur les manières dont, autour de la Méditerranée, les déchets sont collectés, transformés, traités. Des équipes associant chercheurs et vidéastes/photographes ont effectué des enquêtes à Casablanca, Naples, Marseille, Tirana, Istanbul, Le Caire et Tunis, d’où nous avons pu rapporter objets, témoignages, images et enregistrements. Cette documentation originale constitue le cœur de l’exposition : près de 50 % des objets et documents présentés sont issus d’enquêtes-collectes.
Un musée n’est pas seulement un lieu de restitution. C’est aussi un lieu de fabrication d’un savoir. Aller chercher un objet là où il a été produit et utilisé permet de recueillir des informations sur son contexte de fabrication, de circulation ou d’usage. C’est à cette seule condition que cet objet pourra nous aider à comprendre les sociétés, les cultures ; ce qui est bien la mission principale d’un musée de société.

 

Que montrez-vous dans cette exposition ? Comment s’organise t-elle ?
Le visiteur constatera d’abord que les déchets sont partout. L’autopsie de la poubelle-monde à laquelle nous nous livrons en introduction dévoilera la part cachée, maudite peut-être, de nos modes de vie. Ce que l’on ne veut pas voir et qui pourtant est bien là et s’impose à nous.
Dans la partie suivante on se demandera comment on en est arrivé là : en effet, une telle quantité de déchets avec de tels impacts sur l’environnement, c’est une affaire récente. Disons que nos grands-parents, nos arrières grands-parents, n’avaient sûrement pas la même appréhension du déchet que nous, car il y en avait beaucoup moins. Pour montrer cela, nous effectuerons un petit retour en arrière, grâce aux collections d’ethnographie, dans le monde qui précède la société de consommation ; cette période qui commence avec la diffusion massive du plastique et qui correspond à la multiplication des emballages et au règne du « tout jetable ». On montrera ici des objets assez insolites, parce qu’ils arborent cicatrices et réparations, pour dire qu’avant le « tout jetable », on réparait beaucoup. A coté, on exposera des emballages plastiques pour évoquer la société de consommation.

 

La troisième section de l’exposition s’organise à partir de gestes simples : « ramasser, collecter, transporter, stocker, trier »…
Des gestes que nous illustrons à travers quelques objets et vidéos révélant les différents mode de traitement des déchets dans les villes étudiées : c’est dans cette section, par exemple, qu’est présenté le fameux triporteur du Caire, ou encore une spectaculaire machine de tri optique prêtée par l’entreprise Pellenc ST 3. L’acte du tri est central car c’est lui qui va donner de la valeur à ces déchets : à partir du moment où ceux-ci sont triés, ils deviennent des matières premières secondaires. Balles de carton, de plastique ou d’aluminium ont une valeur fixée par des cours mondiaux. Ils sont l’objet d’un commerce relativement important et lucratif, compte tenu des quantités énormes que tout cela représente.
Dans la section suivante, nous donnons des exemples de réemploi et de recyclage. Nous verrons par exemple, comment un pneu usagé peut devenir un seau, ou comment des cannettes sont transformées en lingots d’aluminium. Dans certaines régions de Méditerranée, le réemploi a pris une ampleur considérable ; c’est le cas du secteur de la fripe en Tunisie, qui sera présenté dans une sorte de tente conçue avec des fripes qui nous sont fournies par l’un des nombreux partenaires de cette exposition : la communauté d’Emmaüs de la Pointe Rouge.

 

La part des déchets réemployés ou recyclés reste toutefois encore relativement faible…
En effet, cela concerne au maximum 20 % de ce qu’on jette. Le reste, qu’est ce qu’on en fait ? On le transporte vers un lieu où il sera soit enfoui, une décharge, soit brulé, un incinérateur. Nous présenterons par exemple une maquette de l’usine de traitement des déchets du territoire de Marseille-Provence qui se trouve à Fos sur Mer. L’exposition va aussi mettre le doigt sur les controverses, les conséquences de mauvaises gestions qui ont parfois des origines criminelles. Autour de la Méditerranée, les scandales associés aux déchets ne manquent pas : on parlera de Naples, de Beyrouth, des calanques… Mais l’idée que nous voudrions surtout faire passer, c’est que le meilleur déchet c’est celui que l’on ne produit pas. Et qu’il nous faut donc changer nos modes de vie… Moins gaspiller (plus du tiers de la nourriture finit dans une poubelle !), transformer nos restes en compost, inciter les fabricants à faire des objets réparables, etc.
Nous aurons à la fin de l’exposition un dispositif qui permettra à chaque visiteur de faire des propositions : car nous pensons en effet que chacun peut contribuer à son niveau à faire en sorte que notre planète ne devienne pas totalement inhabitable.

 

 


Entretien avec Yann Philippe Tastevin, commissaire associé

 

« Les enquêtes-collectes, c’est la marque de fabrique du Mucem. L’idée, c’est d’aller chercher des objets en usage, et qui nous renseignent donc de façon précise sur les sociétés contemporaines… »

 

 
Le triporteur du Caire
Il y a encore quelques mois, ce triporteur sillonnait les rues du Caire. Acquis par le Mucem dans le cadre d’une campagne d’enquête-collecte, il a aujourd’hui rejoint les collections du musée et sera présenté au sein de l’exposition Vie d’ordures, de l’économie des déchets.

 

Tricycle motorisé de récupérateur de rue, Le Caire, Egypte, 2016, photo Denis Chevallier. Mucem © Mucem / Denis Chevallier

D’où vient ce triporteur  ?
Nous l’avons découvert au Caire en Egypte, lors d’une enquête sur le système de collecte des déchets. Lorsqu’on parle de collecte des déchets au Caire, on pense généralement à la communauté des zaballin, qui est très connue. Mais on sait moins qu’il existe un second réseau de récupérateurs : les bikia (de l’italien roba vecchia, « vieilles choses »), ferrailleurs itinérants qui sillonnent la ville en annonçant leur passage de leur célèbre cri « bikia, bikia, ruba’ bikia », un des sons caractéristiques de la richesse de l’ambiance sonore du Caire,—on l’entendra dans l’exposition. A la différence des zaballin, qui ramassent des ordures ménagères, les bikia, eux, rachètent les objets dont on ne veut plus ou qui ne fonctionnent plus. Lorsque vous entendez leur cri, il suffit de les appeler, ils montent chez vous et là, vous négociez un prix. Cela vaut aussi bien pour un vieux frigo, des vieux meubles, des déchets de chantier (portes, fenêtres, lampes, ferraille)… Tout ce qui, chez nous en France, finirait dans une déchetterie ou dans une brocante.
Pendant très longtemps, les bikia parcouraient les rues du Caire avec une charrette tirée par un âne. Depuis 2010, ils s’équipent de triporteurs à moteur importés de Chine : de petits véhicules « utilitaires », composés d’un train avant de moto et d’une benne à l’arrière. Ils peuvent ainsi transporter jusqu’à une demie tonne. Au Caire, ces triporteurs sont aussi appelés « touk touk », un terme argotique issu de Thaïlande, construit sur une onomatopée rappelant le bruit d’un moteur.

 

Pourquoi avoir choisi de présenter cet objet au sein de l’exposition Vie d’ordures  ?
L’un des enjeux de l’exposition est de montrer la pluralité des filières de récupération en Méditerranée. Nous nous sommes donc intéressés à cet objet car il est emblématique d’un groupe professionnel encore mal connu, celui des bikia. De plus, ce triporteur est tout-à-fait unique : en effet, les jeunes ferrailleurs, aujourd’hui, customisent leur outil de travail ; ils « s’affichent » littéralement sur leur machine. Sur ce triporteur, nous pouvons donc voir le portrait d’un jeune homme de 22 ans : Ramadan. Comme la plupart des bikia, il est originaire du Fayoum, une oasis située à deux heures du Caire. Nous l’avons rencontré par hasard, alors qu’il venait rendre visite à ses cousins, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne passait pas inaperçu : il paradait avec son « touk touk » neuf, musique à fond, et tous ses amis dans la benne !

Ce véhicule a la particularité d’être sonorisé : caisson de basse, haut-parleur, lecteur CD/USB, ampli… Avec cet équipement, il diffuse de la pop égyptienne : Ramadan, on l’entend avant de le voir ! Mais ce triporteur est aussi visuellement très intéressant : chaque espace est investi de messages et inscriptions. Le dialecte égyptien a son expression pour désigner l’ornementation : dandasha. Customiser, c’est se raconter ! Il arbore ainsi de nombreuses calligraphies qui reprennent des proverbes, des chansons populaires, des sourates du Coran. Les citations font l’éloge de la beauté, content les épreuves de la vie, de la trahison des amis, les affres de l’amour. Elles expriment la peur du mauvais œil, qui cohabite avec la foi en un Dieu tout puissant et protecteur. Ce triporteur, pour Ramadan, est à la fois un outil de travail et un outil de drague.
A travers cet objet, nous avons donc la possibilité de raconter l’histoire d’une profession mais aussi celle de son propriétaire.

 

Cet objet a été acquis dans le cadre d’une campagne « d’enquête-collecte ».  En quoi ce procédé d’acquisition—original dans le monde des musées—est-il pertinent pour le Mucem ?
Les enquêtes-collectes, c’est la marque de fabrique du Mucem. Comment un musée de société peut-il acquérir des objets ? Il y a certes les catalogues de ventes aux enchères, il y a les donations… Mais l’idée, avec les enquêtes-collectes, c’est d’aller chercher des objets en usage, et qui nous renseignent donc de façon précise sur les sociétés contemporaines. Partir sur le terrain, cela nous permet d’être en prise directe avec la réalité : par exemple, alors que nous avions à l’esprit l’image des ferrailleurs du Caire trainant une charrette, nous avons pu constater sur place que les choses étaient très différentes, et nous avons découvert ce « touk touk ».
Il est donc nécessaire d’aller sur le terrain, d’y passer du temps, et de documenter ces objets. La phase d’acquisition est à ce titre très importante : il s’agit de rencontrer le propriétaire, de discuter, négocier, contractualiser… Ce qui permet de recueillir tout un tas d’informations de première main sur l’objet ainsi que sur son propriétaire. C’est ainsi que ce véhicule, que nous sommes allés chercher au fin fond du Caire, est devenu un objet de musée.

 


 

Commissaire général Denis Chevallier : Ethnologue, conservateur général au Mucem
Commissaire associé : Yann Philippe Tastevin Ethnologue au CNRS
Scénographie et direction artistique : Encore Heureux, bkCLUB Architectes, Urbain, trop urbain
Graphisme de l’exposition : Patrick Lindsay
Artistes associés : David Degner, Stephanos Mangriotis, Lucy et Jorge Orta, Frank Pourcel, Lionel Sabatté et Nils Völker
Chercheurs associés : Bénédicte Florin, Jamie Furniss, Pascal Garret et Lucile Gruntz
Comité scientifique : Sabine Barles, Tatiana Benfoughal, Gerard Bertolini, Sylvie Bredeloup, Delphine Corteel, Octave Debary, Jean-Baptiste Fressoz, François Galgani, Emmanuel Grimaud, Frédéric Joulian, Serge Latouche, Baptiste Monsaingeon et Yoann Moreau
Avec le soutien de SUEZ, de l'ADEME et de Pellenc ST

 

Cette exposition donne lieu à une collaboration avec le National Folk Museum de Séoul.

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Located overlooking the sea, on the former J4 pier in the port, the building designed by Rudy Ricciotti (in association with...
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Encuentro y debate
Les jeudis 23 mars et 20 avril 2017 à 19h
Vous n’avez pas encore vu l’exposition « Vies d’ordures » ?Lors de cette nocturne, les...
Conciertos
Vendredi 31 mars 2017 de 19h à 1h
Un après-midi exceptionnel consacré au court métrage à travers une programmation en lien avec l’exposition «...
Court-métrage
Dimanche 2 avril 2017 de 15h à 20h
Les poubelles magiques n’existent pas. Derrière chaque déchet, il y a des femmes et des hommes qui travaillent, qui...
Activités
Les 10, 13 et 20 avril 2017 à 15h
Afin de poursuivre le propos de l’exposition Vie d’ordures, le Mucem propose un grand week-end nous invitant à...
Cita puntual
Du vendredi 7 au dimanche 9 avril 2017
Une exploration artistique des deltas du Rhône et du Mississippi… Au croisement de plusieurs disciplines—...
Representaciones
Vendredi 28 avril 2017 à 18h
Avec Xavier Daumalin (historien, Telemme), Isabelle Laffont-Schwob (écologue, IMBE), Daniel Faget (historien, Telemme) et...
Encuentro debate
Vendredi 28 avril 2017 à 19h
L’usine d’alumine de Gardanne fait couler beaucoup d’encre, divise le gouvernement, oppose les écologistes...
Cine
Vendredi 28 avril 2017 à 20h
Du 21 mars au 30 mai prochain, un nouveau concept-store intitulée « Lou’Bess au Mucem » ouvrira...
"De l’épluchure aux déchets nucléaires, les « vies d’ordures » mettent au jour des...
Catálogos de exposiciones

Vies d’ordures

Du 22 mars au 14 août 2017
Mucem J4 – Niveau 2 (1 200 m²)

 

Notre empreinte écologique est exponentielle : plus de 80 % de la surface émergée de la planète est sous influence humaine directe. Cette surexploitation de l’écosystème engendre des bouleversements naturels : hausse de la température du globe, appauvrissement de la couche d’ozone, acidification des océans, épuisement des sols et des sous-sols. Nos sociétés sont transformées en sociétés du déchet.
Exposer les manières dont nos sociétés produisent, traitent, s’approprient et transforment les restes, apparait comme un enjeu central pour le musée de société qu’est le Mucem.
L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets invite à un voyage autour de la Méditerranée, à la découverte des paysages, des technologies, des objets recyclés ou de deuxième vie, et surtout à la rencontre des hommes et des femmes qui gèrent nos déchets, en vivent et souvent les subissent. Il s’agit d’interroger leurs savoir-faire, leurs conditions de vie, les rapports sociaux et les conflits dans lesquels ils sont pris.
Basée sur des enquêtes ethnographiques réalisées en Turquie, en Albanie, en Egypte, en Italie, en Tunisie, au Maroc ou dans le Sud-est de la France (Marseille et sa métropole), cette exposition a pour but de sensibiliser le public à la gestion individuelle et collective des déchets en montrant les façons dont nous les collectons, les trions, les réparons, les transformons, avec l’inventivité de la nécessité. Par les détournements ou par les traitements de
haute-technologie dont ils font l’objet, les déchets donnent forme à nos paysages et à nos relations sociales.

 

Le parcours permet de s’interroger sur nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production grâce à plus de 450 objets, documents, installations, films, cartes et schémas issus des collections du Mucem et des
musées d’ethnographie comme le musée du Quai Branly ou le musée de Guatelli dans la région de Parme et surtout en s’appuyant sur les documents issus des campagnes d’enquêtes collectes 1 initiées par le Mucem depuis
2014. Des dispositifs pédagogiques ont également été spécialement conçus pour les besoins de l’exposition : cartes, tableaux de classification des déchets, maquettes.

 


Entretien avec Denis Chevallier, commissaire général de l’exposition

« Cette documentation originale constitue le cœur de l’exposition : près de 50 % des objets et documents présentés sont issus d’enquêtes-collectes.  »

 

Pourquoi le Mucem a-t-il choisi d’aborder la question de l’économie des déchets pour cette nouvelle exposition  ?
A travers les déchets, il s’agit de questionner nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production. Un musée de société comme le Mucem peut, à sa manière et à son niveau, jouer un rôle dans la cité. Avec cette exposition nous aimerions que le visiteur ressorte un peu plus conscient que des actes aussi quotidiens et banals que consommer et jeter ont des conséquences sur la planète et donc pour nous tous.

 

L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets a la particularité de présenter un grand nombre d’objets acquis récemment par le Mucem dans le cadre de campagnes d’enquêtes-collectes…
Pendant trois ans, grâce à un travail d’équipe, nous avons constitué une documentation de première main sur les manières dont, autour de la Méditerranée, les déchets sont collectés, transformés, traités. Des équipes associant chercheurs et vidéastes/photographes ont effectué des enquêtes à Casablanca, Naples, Marseille, Tirana, Istanbul, Le Caire et Tunis, d’où nous avons pu rapporter objets, témoignages, images et enregistrements. Cette documentation originale constitue le cœur de l’exposition : près de 50 % des objets et documents présentés sont issus d’enquêtes-collectes.
Un musée n’est pas seulement un lieu de restitution. C’est aussi un lieu de fabrication d’un savoir. Aller chercher un objet là où il a été produit et utilisé permet de recueillir des informations sur son contexte de fabrication, de circulation ou d’usage. C’est à cette seule condition que cet objet pourra nous aider à comprendre les sociétés, les cultures ; ce qui est bien la mission principale d’un musée de société.

 

Que montrez-vous dans cette exposition ? Comment s’organise t-elle ?
Le visiteur constatera d’abord que les déchets sont partout. L’autopsie de la poubelle-monde à laquelle nous nous livrons en introduction dévoilera la part cachée, maudite peut-être, de nos modes de vie. Ce que l’on ne veut pas voir et qui pourtant est bien là et s’impose à nous.
Dans la partie suivante on se demandera comment on en est arrivé là : en effet, une telle quantité de déchets avec de tels impacts sur l’environnement, c’est une affaire récente. Disons que nos grands-parents, nos arrières grands-parents, n’avaient sûrement pas la même appréhension du déchet que nous, car il y en avait beaucoup moins. Pour montrer cela, nous effectuerons un petit retour en arrière, grâce aux collections d’ethnographie, dans le monde qui précède la société de consommation ; cette période qui commence avec la diffusion massive du plastique et qui correspond à la multiplication des emballages et au règne du « tout jetable ». On montrera ici des objets assez insolites, parce qu’ils arborent cicatrices et réparations, pour dire qu’avant le « tout jetable », on réparait beaucoup. A coté, on exposera des emballages plastiques pour évoquer la société de consommation.

 

La troisième section de l’exposition s’organise à partir de gestes simples : « ramasser, collecter, transporter, stocker, trier »…
Des gestes que nous illustrons à travers quelques objets et vidéos révélant les différents mode de traitement des déchets dans les villes étudiées : c’est dans cette section, par exemple, qu’est présenté le fameux triporteur du Caire, ou encore une spectaculaire machine de tri optique prêtée par l’entreprise Pellenc ST 3. L’acte du tri est central car c’est lui qui va donner de la valeur à ces déchets : à partir du moment où ceux-ci sont triés, ils deviennent des matières premières secondaires. Balles de carton, de plastique ou d’aluminium ont une valeur fixée par des cours mondiaux. Ils sont l’objet d’un commerce relativement important et lucratif, compte tenu des quantités énormes que tout cela représente.
Dans la section suivante, nous donnons des exemples de réemploi et de recyclage. Nous verrons par exemple, comment un pneu usagé peut devenir un seau, ou comment des cannettes sont transformées en lingots d’aluminium. Dans certaines régions de Méditerranée, le réemploi a pris une ampleur considérable ; c’est le cas du secteur de la fripe en Tunisie, qui sera présenté dans une sorte de tente conçue avec des fripes qui nous sont fournies par l’un des nombreux partenaires de cette exposition : la communauté d’Emmaüs de la Pointe Rouge.

 

La part des déchets réemployés ou recyclés reste toutefois encore relativement faible…
En effet, cela concerne au maximum 20 % de ce qu’on jette. Le reste, qu’est ce qu’on en fait ? On le transporte vers un lieu où il sera soit enfoui, une décharge, soit brulé, un incinérateur. Nous présenterons par exemple une maquette de l’usine de traitement des déchets du territoire de Marseille-Provence qui se trouve à Fos sur Mer. L’exposition va aussi mettre le doigt sur les controverses, les conséquences de mauvaises gestions qui ont parfois des origines criminelles. Autour de la Méditerranée, les scandales associés aux déchets ne manquent pas : on parlera de Naples, de Beyrouth, des calanques… Mais l’idée que nous voudrions surtout faire passer, c’est que le meilleur déchet c’est celui que l’on ne produit pas. Et qu’il nous faut donc changer nos modes de vie… Moins gaspiller (plus du tiers de la nourriture finit dans une poubelle !), transformer nos restes en compost, inciter les fabricants à faire des objets réparables, etc.
Nous aurons à la fin de l’exposition un dispositif qui permettra à chaque visiteur de faire des propositions : car nous pensons en effet que chacun peut contribuer à son niveau à faire en sorte que notre planète ne devienne pas totalement inhabitable.

 

 


Entretien avec Yann Philippe Tastevin, commissaire associé

 

« Les enquêtes-collectes, c’est la marque de fabrique du Mucem. L’idée, c’est d’aller chercher des objets en usage, et qui nous renseignent donc de façon précise sur les sociétés contemporaines… »

 

 
Le triporteur du Caire
Il y a encore quelques mois, ce triporteur sillonnait les rues du Caire. Acquis par le Mucem dans le cadre d’une campagne d’enquête-collecte, il a aujourd’hui rejoint les collections du musée et sera présenté au sein de l’exposition Vie d’ordures, de l’économie des déchets.

 

Tricycle motorisé de récupérateur de rue, Le Caire, Egypte, 2016, photo Denis Chevallier. Mucem © Mucem / Denis Chevallier

D’où vient ce triporteur  ?
Nous l’avons découvert au Caire en Egypte, lors d’une enquête sur le système de collecte des déchets. Lorsqu’on parle de collecte des déchets au Caire, on pense généralement à la communauté des zaballin, qui est très connue. Mais on sait moins qu’il existe un second réseau de récupérateurs : les bikia (de l’italien roba vecchia, « vieilles choses »), ferrailleurs itinérants qui sillonnent la ville en annonçant leur passage de leur célèbre cri « bikia, bikia, ruba’ bikia », un des sons caractéristiques de la richesse de l’ambiance sonore du Caire,—on l’entendra dans l’exposition. A la différence des zaballin, qui ramassent des ordures ménagères, les bikia, eux, rachètent les objets dont on ne veut plus ou qui ne fonctionnent plus. Lorsque vous entendez leur cri, il suffit de les appeler, ils montent chez vous et là, vous négociez un prix. Cela vaut aussi bien pour un vieux frigo, des vieux meubles, des déchets de chantier (portes, fenêtres, lampes, ferraille)… Tout ce qui, chez nous en France, finirait dans une déchetterie ou dans une brocante.
Pendant très longtemps, les bikia parcouraient les rues du Caire avec une charrette tirée par un âne. Depuis 2010, ils s’équipent de triporteurs à moteur importés de Chine : de petits véhicules « utilitaires », composés d’un train avant de moto et d’une benne à l’arrière. Ils peuvent ainsi transporter jusqu’à une demie tonne. Au Caire, ces triporteurs sont aussi appelés « touk touk », un terme argotique issu de Thaïlande, construit sur une onomatopée rappelant le bruit d’un moteur.

 

Pourquoi avoir choisi de présenter cet objet au sein de l’exposition Vie d’ordures  ?
L’un des enjeux de l’exposition est de montrer la pluralité des filières de récupération en Méditerranée. Nous nous sommes donc intéressés à cet objet car il est emblématique d’un groupe professionnel encore mal connu, celui des bikia. De plus, ce triporteur est tout-à-fait unique : en effet, les jeunes ferrailleurs, aujourd’hui, customisent leur outil de travail ; ils « s’affichent » littéralement sur leur machine. Sur ce triporteur, nous pouvons donc voir le portrait d’un jeune homme de 22 ans : Ramadan. Comme la plupart des bikia, il est originaire du Fayoum, une oasis située à deux heures du Caire. Nous l’avons rencontré par hasard, alors qu’il venait rendre visite à ses cousins, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne passait pas inaperçu : il paradait avec son « touk touk » neuf, musique à fond, et tous ses amis dans la benne !

Ce véhicule a la particularité d’être sonorisé : caisson de basse, haut-parleur, lecteur CD/USB, ampli… Avec cet équipement, il diffuse de la pop égyptienne : Ramadan, on l’entend avant de le voir ! Mais ce triporteur est aussi visuellement très intéressant : chaque espace est investi de messages et inscriptions. Le dialecte égyptien a son expression pour désigner l’ornementation : dandasha. Customiser, c’est se raconter ! Il arbore ainsi de nombreuses calligraphies qui reprennent des proverbes, des chansons populaires, des sourates du Coran. Les citations font l’éloge de la beauté, content les épreuves de la vie, de la trahison des amis, les affres de l’amour. Elles expriment la peur du mauvais œil, qui cohabite avec la foi en un Dieu tout puissant et protecteur. Ce triporteur, pour Ramadan, est à la fois un outil de travail et un outil de drague.
A travers cet objet, nous avons donc la possibilité de raconter l’histoire d’une profession mais aussi celle de son propriétaire.

 

Cet objet a été acquis dans le cadre d’une campagne « d’enquête-collecte ».  En quoi ce procédé d’acquisition—original dans le monde des musées—est-il pertinent pour le Mucem ?
Les enquêtes-collectes, c’est la marque de fabrique du Mucem. Comment un musée de société peut-il acquérir des objets ? Il y a certes les catalogues de ventes aux enchères, il y a les donations… Mais l’idée, avec les enquêtes-collectes, c’est d’aller chercher des objets en usage, et qui nous renseignent donc de façon précise sur les sociétés contemporaines. Partir sur le terrain, cela nous permet d’être en prise directe avec la réalité : par exemple, alors que nous avions à l’esprit l’image des ferrailleurs du Caire trainant une charrette, nous avons pu constater sur place que les choses étaient très différentes, et nous avons découvert ce « touk touk ».
Il est donc nécessaire d’aller sur le terrain, d’y passer du temps, et de documenter ces objets. La phase d’acquisition est à ce titre très importante : il s’agit de rencontrer le propriétaire, de discuter, négocier, contractualiser… Ce qui permet de recueillir tout un tas d’informations de première main sur l’objet ainsi que sur son propriétaire. C’est ainsi que ce véhicule, que nous sommes allés chercher au fin fond du Caire, est devenu un objet de musée.

 


 

Commissaire général Denis Chevallier : Ethnologue, conservateur général au Mucem
Commissaire associé : Yann Philippe Tastevin Ethnologue au CNRS
Scénographie et direction artistique : Encore Heureux, bkCLUB Architectes, Urbain, trop urbain
Graphisme de l’exposition : Patrick Lindsay
Artistes associés : David Degner, Stephanos Mangriotis, Lucy et Jorge Orta, Frank Pourcel, Lionel Sabatté et Nils Völker
Chercheurs associés : Bénédicte Florin, Jamie Furniss, Pascal Garret et Lucile Gruntz
Comité scientifique : Sabine Barles, Tatiana Benfoughal, Gerard Bertolini, Sylvie Bredeloup, Delphine Corteel, Octave Debary, Jean-Baptiste Fressoz, François Galgani, Emmanuel Grimaud, Frédéric Joulian, Serge Latouche, Baptiste Monsaingeon et Yoann Moreau
Avec le soutien de SUEZ, de l'ADEME et de Pellenc ST

 

Cette exposition donne lieu à une collaboration avec le National Folk Museum de Séoul.

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