13 Or © Mucem

13Or

Jeu dans la ville

Cet été, le Mucem et les artistes gethan&myles vous invitent à parcourir Marseille pour en (re)découvrir les trésors, en jouant !

D’étranges soleils d’or sont disséminés dans treize lieux de la ville. Ces œuvres d’art dissimulent chacune une énigme liée au site qui les accueille… Ouvrez l’œil : la réponse est peut-être sous vos yeux ! Résolvez les énigmes pour gagner, à la fin de l’été, un bijou en or et une œuvre signée par gethan&myles.

Pour participer à «13 Or », procurez-vous la carte signée gethan&myles (disponible au Mucem et dans plusieurs lieux du centre-ville et sur 13or.mucem.org). Elle vous sera indispensable pour vous guider d’un site à l’autre et d’une énigme à l’autre… À la fin de l’été, pendant Art-O-Rama, trois gagnants recevront chacun un bijou en or ainsi qu’une œuvre unique créée par gethan&myles.

À vous de jouer !

13or.mucem.org

Entretien avec gethan&myles, duo d’artistes irlandais basé à Marseille, et participant à l’exposition « Or »

Mucem

Pour l’exposition « Or », vous présentez l’installation Lazare / The Space Between How Things Are And How We Want Them To Be. Il s’agit là d’une forme d’hommage à une institution française dont on parle peu…

gethan&myles
(g&m)

Nous avons découvert le Crédit Municipal de Marseille, et cet endroit nous a fascinés. Il s’agit d’un mont-de-piété, un établissement qui propose des prêts sur gage : on y vient pour déposer un objet – comme par exemple un bijou –, contre de l’argent, avec l’espoir de pouvoir le récupérer, une fois le prêt et les intérêts remboursés. Dans le cas contraire, l’objet sera vendu aux enchères. C’est un organisme public, qui n’a pas pour objectif de faire des bénéfices, et qui a une vraie dimension sociale à Marseille. Dans le monde anglo-saxon, le mot pawnbroker (prêteur sur gages) évoque plutôt l’image d’un usurier, d’un vautour qui profite du malheur des autres. Chez nous, ce sont des structures privées dont le seul but est de faire du profit, en rachetant à des prix très bas et en imposant des taux d’intérêt élevés. C’est pourquoi nous avons été impressionnés – et émus – par l’intelligence et l’humanisme de ce modèle français.

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Au cœur de votre projet, il y a des bijoux, rachetés aux enchères au Crédit Municipal, et aujourd’hui exposés au Mucem. Qu’avez-vous vu de si particulier dans ces objets supposés sans qualité ?

g&m

Les objets déposés au mont-de-piété sont vendus aux enchères lorsque leurs propriétaires ne remboursent pas leur prêt ou cessent de payer leurs intérêts. Ces ventes réunissent peu de monde, – cinq ou six personnes, toujours les mêmes, des marchands d’or qui rachètent ces bijoux pour les fondre. Tout ce qui compte à leurs yeux, c’est le poids de l’objet, la quantité d’or qu’il contient. Lors des ventes, la description des objets est ainsi très succinte : « breloque; or; 38,3 g ». Que ce soit une gourmette finement façonnée, qu’elle porte un prénom gravé, une date de naissance, tout cela n’a plus aucune importance parce qu’au final, l’objet sera fondu. Ces objets ont pourtant une valeur immense pour les personnes qui les ont gagées, et ils recèlent quantités d’histoires. Voir toutes ces histoires disparaître, fondues en même temps que leurs bijoux, c’est un peu comme une petite mort. Notre idée fut donc de racheter ces bijoux dans un geste solidaire, celui de les restituer à leurs propriétaires et ainsi, de retrouver chaque histoire perdue. Nous avons écumé les ventes aux enchères du Crédit Municipal pendant près d’un an : sauver des objets revenait à sauver des histoires.

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À travers ces objets, se dessine aussi le portrait d’une ville…

g&m

En effet ! Ces bijoux racontent Marseille, l’histoire des migrations dans cette ville : le mont-de-piété, c’est en quelque sorte la première banque des nouveaux arrivants. Les gens voyagent avec de l’or sur eux, avec des bijoux qu’ils peuvent échanger contre un peu d’argent. Quand on vient de l’étranger, sans carte bleue, c’est le seul recours. Dans les archives du Crédit Municipal, on distingue bien les différentes vagues de migration à travers les noms de famille des gens qui y ont gagé leurs objets : Corses, Pieds-noirs, Algériens, Comoriens… Et au-delà des seuls migrants, énormément de personnes à Marseille ont recours au mont-de-piété, même dans les classes moyennes. C’est toujours un peu gênant, on n’en parle pas, d’où la fameuse expression aller « chez ma tante ». Finalement, le mont-de-piété, c’est la vraie banque populaire !

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Dans l’exposition, les bijoux sont associés à des cartels racontant leur histoire et celle de leur propriétaire. Comment avez-vous mené l’enquête ?

g&m

Nous nous sommes retrouvés avec des tas de bijoux posés sur la table de notre cuisine en nous demandant : « Comment nous débarrasser de tout cet or ? » Il nous fallait absolument retrouver leurs propriétaires. Pour nous, c’est au moment où l’on rend le bijou que celui-ci prend de la valeur. C’est l’inverse absolu du système de consommation ! Notre projet artistique ne fonctionnait que si l’on pouvait associer, à chaque objet, l’histoire qui lui est liée.
Le recours au mont-de-piété est anonyme. C’est donc le Crédit Municipal qui a contacté les propriétaires pour nous. Quand ils leur ont dit que deux artistes étrangers souhaitaient leur rendre leurs bijoux, beaucoup ont pensé à une blague ou à une arnaque ! Et puis nous les avons rencontrés, chacun, autour d’un café… On leur a demandé de nous « prêter » leur bijou le temps de l’exposition, et de nous parler de son histoire : « Il appartenait à ma grand-mère…, à mon père qui était en Algérie… » Ces bijoux ont traversé les générations, ils sont vecteurs d’histoires passionnantes, dont on a parfois du mal à distinguer la part de vérité. Connaît-on vraiment l’histoire de nos familles ? Celles-ci contiennent toujours une part de mythe… Ces récits nous font aussi voyager dans le passé de la ville de Marseille, avec les tuileries de l’Estaque, les joailliers d’Endoume, les ouvriers de la Belle de Mai… Tout cela constitue un ensemble d’une valeur incroyable. Si visuellement, les œuvres sont très fortes, elles ne prennent leur sens qu’à partir du moment où l’on prend le temps de lire ces histoires.

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Êtes-vous parvenus à entrer en contact avec tous les propriétaires des bijoux que vous avez acheté ?

g&m

Nous avions trente et un bijoux, mais n’avons pu contacter que quinze personnes. Certains propriétaires sont décédés, d’autres si précaires qu’impossible à retrouver… Nous avons donc travaillé sur quinze bijoux. Dans l’exposition, ils disposent chacun d’une vitrine dédiée, et sont mis en valeur comme s’ils étaient des chefs-d’œuvre de grande valeur : la petite gourmette est traitée comme la couronne d’une reine. À la fin du parcours d’exposition, une dernière vitrine présente les bijoux dont nous n’avons pu retrouver les propriétaires. Le visiteur qui reconnaîtra un objet lui ayant appartenu pourra contacter le Crédit Municipal et le récupérer.

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Dans chaque vitrine, les bijoux sont exposés sur un fond bleu, réalisé avec un procédé photographique original, le « cyanotype ». De quoi s’agit-il ?

g&m

Le cyanotype est une image créée par le soleil et fixée par l’eau. C’est un procédé ancien, inventé au XIXe siècle, par John Frederick William. Il permet d’obtenir un photogramme : pour cela, il suffit de poser un objet sur une feuille de papier, et c’est le soleil – et surtout l’ombre – qui crée l’image. L’ombre dévoile l’absence de l’objet. Une façon pour nous d’exposer le vide, l’immatériel, ce qu’il restera de l’objet une fois que celui-ci aura été restitué à son propriétaire. Nous avons créé ces cyanotypes juste en face du Mucem. Ce sont des images réalisées sans appareil photo, simplement avec le soleil marseillais et l’eau de la Méditerranée !

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Parallèlement à l’exposition, vous avez imaginé le dispositif « 13 Or », mêlant installations artistiques et… chasse au trésor dans la ville. Jouer, c’est de l’art ?

g&m

On croit tous bien connaître notre ville, mais il y a toujours des secrets, des trésors à y découvrir. Cette installation est donc une invitation à redécouvrir la ville de Marseille à travers treize disques dorés – des feuilles d’or posées dans l’espace public –, qu’il s’agit de retrouver dans treize lieux du centre-ville. Ces disques dorés sont selon nous treize œuvres d’art à part entière. Elles instaurent un peu d’insolite – et de beauté – dans la ville. Elles servent aussi de points de repère à notre art game « 13 Or ».
En France, lorsqu’un artiste explore les champs du ludique ou du social, on a l’impression que son art n’est pas vraiment pris au sérieux. Pour nous, c’est tout le contraire. L’art plastique tel qu’on le conçoit aujourd’hui touche finalement peu de gens en comparaison d’autres formes comme la musique ou le cinéma. L’art, ce n’est pas un uniquement objet qu’on possède ; cette approche-là est très élitiste. Soyons créatifs dans la création et dans notre définition de l’art !
Le jeu et l’art, ça coexiste. Comme dans un spectacle. Avec « 13 Or », on espère pouvoir créer de nouvelles interactions qui seront comme autant de mini-spectacles qui animent la ville. Dans ce jeu, il s’agit en effet de répondre à des énigmes en lien avec l’espace public : on va donc voir des gens dévisager un mur, compter le nombre de fenêtres d’un bâtiment… Ce qui va forcément questionner les autres passants qui, au bout d’un moment, vont leur demander : « Mais vous faites quoi exactement ? ». Pour nous, l’important, c’est de créer des prétextes à la rencontre. Voilà une définition de l’art qui commence à nous intéresser.

 

 

 


13Or—Réponses aux énigmes


Vous étiez nombreux à avoir participé au jeu 13Or. Voici le détail des réponses aux énigmes. Les gagnants ont été contactés par e-mail.

—Énigme 1

Dans l'exposition « Or » : 72

—Énigme 2

Les bouches de la sirène, place des Moulins : 8

—Énigme 3

Les estacades du Vieux-Port : 9

—Énigme 4

Les épaves de Bernar Venet

—Énigme 5

L'immeuble Art Déco des Catalans : 1931

—Énigme 6

Les Flots Bleus : 82

—Énigme 7

La mosaïque de Notre-Dame de la Garde : 1891

—Énigme 8

Les carreaux de l'enseigne Primaflor : 946

—Énigme 9

La billetterie des deux théâtres : 14

—Énigme 10

Le monument de la place Jean Jaurès : 44

—Énigme 11

L'ancien atelier de dorure : 43

—Énigme 12

Le CCR du Mucem : 2013

—Énigme 13

La tour de la Friche la Belle de Mai : 80

Le nombre 13Or à trouver (total des réponses) était : 7145

Les scores des trois gagnants sont : 7152 et 7153 (ex æquo)

A la question subsidiaire, votre définition de l'or en trois mots, vous avez répondu majoritairement : beauté, intemporel, soleil, chic, éternel, précieux, toison et inaltérable.